Évaporation dans un blanc céleste

Le 03 décembre 2020, par Caroline Legrand

Acquise directement auprès de l’artiste en 1973 et restée dans la même collection privée depuis, cette composition de Chu Teh-chun devrait provoquer une nouvelle effervescence.

Chu Teh-chun (1920-2014), Composition n° 467, 1972, huile sur toile, signée, contresignée, titrée et datée, 81 65 cm.
Estimation : 160 000/200 000 

Très présent en ce moment dans les salles de ventes, le peintre franco-chinois Chu Teh-chun fait le bonheur des collectionneurs. La cote de l’artiste s’est envolée en Asie comme en Europe ces derniers années, consacrant son travail et sa vision picturale. Il surprendra à nouveau avec cette composition peinte en 1972, au moment même où sa carrière commence à prendre son envol avec des expositions internationales, comme la XBiennale de São Paulo, en 1969, où il représente la Chine. Cette œuvre se distingue de son époque plutôt acquise aux couleurs sombres et violentes, aux rouges et aux noirs. Chu Teh-chun avait appris à les apprécier et les utiliser après son émouvante découverte, en 1969 à Amsterdam, de l’œuvre de Rembrandt à l’occasion de la rétrospective des 300 ans de la naissance du maître hollandais. Mais ici, nous sommes loin du clair-obscur, c’est le blanc qui domine. Comme une prémonition de sa célèbre série des « Neige », réalisée à la fin des années 1980 suite au spectacle d’une tempête à laquelle assiste le peintre alors en voyage en Suisse. Le blanc s’accompagne de coloris clairs et acidulés, mais toujours utilisés de manière brossée ou délavée pour accentuer l’effet d’évanescence, comme le bleu, le vert et le jaune animant cette composition verticale au mouvement ascensionnel manifeste. Le bas et le centre du tableau sont chargés, tandis qu’en partie supérieure et sur les côtés les couleurs semblent s’évaporer dans un fond uniforme et infini : c’est là une pratique similaire à celle des paysagistes traditionnels chinois. Mais Chu est également et avant tout un peintre d’une grande modernité, profondément marqué par l’art occidental. Il se rapproche en effet du mouvement de l’abstraction lyrique, qui dominait la France au moment de son arrivée en 1955, par sa gestuelle et son parti pris abstrait, tout en conservant une certaine distance par sa quête constante de l’esthétisme et de l’élégance calligraphique.

 

Agenda
En tête d'affiche de cette vente du 13 décembre s'impose le peintre franco-chinois Chu Teh-chun avec une Composition n° 467 de 1972, jamais passée sur le marché puisque acquise auprès de l'artiste lui-même en 1973 (voir Gazette n° 43 page 176). 160 000/200 000 € seront à envisager pour son acquisition. Parmi les autres tableaux modernes et contemporains, nous mettrons en avant une Paysanne dans un sous-bois dépeinte vers 1906-1907 par le nabi Georges Lacombe (10 000/15 000 €), et La Meule rouge de 1965 d'un autre adepte de l'école de Pont-Aven, Henri Hayden, qui pousse là à son extrême le pouvoir expressif et poétique de la couleur (8 000/12 000 €). Signalons encore parmi les artistes lyonnais une Scène de fête sur une place de Jacques Truphémus, prisée 6 000/8 000 €, et le Retour d'un voyage en 1890 dans le détroit de Torrès avec mon ami Pierre Robin d'Armand Avril, une technique mixte à disputer à 5 000/8 000 €.
dimanche 13 décembre 2020 - 14:30 - Live
Lyon - 8, rue de Castries - 69002
Conan Hôtel d’Ainay - Cécile Conan Fillatre Commissaire-Priseur Judiciaire
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