Raoul Dufy, Le Havre pour toujours

On 20 May 2020, by Caroline Legrand

Parfaitement référencée, cette toile peinte en 1910 par Raoul Dufy illustre un pan rarement présent sur le marché de la carrière de l’artiste : son art quelques années après le fauvisme.

Raoul Dufy (1877-1953), Le casino Marie-Christine du Havre, 1910, huile sur toile signée, 46 x 55 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

Figurant sous le n° 319 du tome I du catalogue raisonné de l’artiste par Maurice Laffaille, et présentée lors de plusieurs expositions – de Honfleur en 1954 au Havre en 2019 –, cette toile est un jalon particulièrement intéressant dans l’œuvre de Raoul Dufy. En effet, sont plus fréquentes sur le marché les toiles tardives de l’artiste, réalisées à partir des années 1930 de ce style reconnaissable entre tous, au dessin fourmillant et aux couleurs légères envahissant toute la composition. Mais cette vue du Casino Marie-Christine du Havre, illustrant un lieu de sa ville natale, date de 1910. Comme l’a démontré l’exposition «Dufy au Havre» en 2019 au Muma, cette ville demeura durant toute la carrière de l’artiste son point d’ancrage, où il revint sans cesse afin d’élaborer de nouvelles compositions. C’est là qu’il débuta, abandonnant tout d’abord ses études en 1891 afin de participer aux dépenses familiales, travaillant dans une maison d’importation de café brésilien, tout en se rendant le soir, à partir de 1893, aux cours de Charles Lhuillier à l’école municipale des beaux-arts. Jusqu’en 1899 et l’obtention d’une bourse de la ville pour les Beaux-Arts de Paris, Dufy peint des paysages encore très inspirés par la manière impressionniste. À Paris, la manière fauve le séduit durant quelques années, avant que le mouvement ne s’épuise et laisse place à un imaginaire créatif aux formes géométrisées rappelant celles d’un Paul Cézanne. Dufy voyage en effet beaucoup dans le sud de la France, et le travail du Provençal l’interpelle, comme en témoigne cette composition très construite, aux couleurs franches et aux architectures réduites à des formes coniques, rectangulaires et triangulaires. Une composition tel un hommage à sa ville natale, avec la représentation de ce casino construit en 1882 sur le boulevard maritime et baptisé du nom de la princesse royale des Deux-Siciles, Marie-Christine de Bourbon-Siciles, qui fut régente d’Espagne de 1833 à 1840 ; réfugiée au havre en 1857, elle y meurt le 22 août 1878.
 

Sunday 24 May 2020 - 14:00 - Live
Rouen - 20, rue Croix-de-Fer - 76000
Guéry Maison de Ventes
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