Vladimir Velickovic, l’art de sortir du schéma

Le 05 mars 2020, par Sophie Reyssat

Limitée dans le temps et dans l’espace, l’humanité peinte par Vladimir Velickovic ne cesse pourtant de courir, comme pour échapper à son destin.

Vladimir Velickovic (1935-2019), Trois états du saut, 1975, huiles sur toile, triptyque signé, daté et titré au dos de chaque élément, 198 438 cm (l’ensemble), 198 146 cm (chaque toile).
Estimation : 80 000/100 000 

L’homme court, mais Vladimir Velickovic a arrêté le chronomètre pour mieux observer le mouvement de son corps acéphale, présenté comme un sujet d’étude : sur fond de tableau noir aux lignes graduées, la position indiquée par l’abscisse numérotée du sol et les ordonnées tracées au mur. «The human figure in motion», comme il est écrit en haut de la première composition, poursuit son déplacement sur deux autres toiles représentant le saut, puis la chute. Ce dernier instant, par ailleurs décliné dans une série de dessins, pourrait être celui de l’humanité tout entière… L’artiste d’origine yougoslave, confronté très jeune aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale, en exorcise le souvenir dès ses débuts dans les années 1960, avec des œuvres montrant des êtres durement malmenés ou en fuite. Ses couleurs sont celles du deuil et de la violence : le noir, les camaïeux de gris et le blanc, ponctués d’un rouge sang. À partir des années 1970, ses corps animés d’une vie désespérée l’amènent à s’intéresser à la décomposition du mouvement des chevaux, obtenue par l’inventeur de la chronophotographie Étienne-Jules Marey, et par Eadweard Muybridge, grâce à son zoopraxiscope.
Les travaux du second, publiés en 1887 dans le recueil
Animal Locomotion, ont marqué un tournant dans la représentation du déplacement. Dès lors, il est devenu impossible de montrer un cheval en lévitation pour évoquer sa course effrénée, comme l’avait fait Géricault en 1821 dans son tableau controversé du Derby d’Epsom. Si la science a rattrapé les peintres, l’art demeure cependant une interprétation du réel, destinée à en recréer les sensations. Ainsi Velickovic précise-t-il, dans un entretien accordé à Lerner De Vecchi en 1986 : «La photographie m’a apporté beaucoup d’informations sur le corps, j’ai regardé des livres de médecine. Pourtant, ce n’est pas l’exactitude de l’anatomie que je recherche, c’est son aspect plastique et graphique». Peintre de la figuration narrative, il est allé bien au-delà de la simple évocation des planches photographiques de Muybridge avec ce triptyque. L’œuvre soulève en effet des questions existentielles que l’on retrouve dans une production similaire au titre éloquent, Poursuite, datant de 1977 et conservée au musée Cantini de Marseille. Si le peintre a définitivement rendu ses pinceaux en 2019, l’énergie vitale qui a toujours imprégné son œuvre demeure, et s’expose au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, à Landerneau, jusqu’au 26 avril.

vendredi 26 juin 2020 - 14:30 - Live
Salle 1 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Millon