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Vichy, retour aux sources

Le 25 novembre 2021, par Marie-Laure Castelnau

La cité thermale est désormais inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco avec dix autres grandes villes d’eaux d’Europe. Un classement qui récompense un véritable musée d’architecture en plein air.

Vichy, retour aux sources
Le Pavillon de la source.
© Xavier Thomas

Sur les bords de l’Allier, non loin de la chaîne des volcans d’Auvergne, la cité thermale de Vichy, au cœur du Bourbonnais, est devenue le 46e site français inscrit au patrimoine de l’Unesco. Le comité a reconnu la valeur universelle exceptionnelle d’un réseau de onze grandes villes d’eaux d’Europe, réparties dans sept pays, comme Baden-Baden en Allemagne ou Bath au Royaume-Uni. Plusieurs d’entre elles se sont développées depuis l’Antiquité autour de sources d’eau minérale naturelle aux vertus curatives, et ont contribué à l’essor de la culture thermale européenne, du début du XVIIIe siècle aux années 1930. Toutes ces villes présentent une organisation urbaine composée de bâtiments dédiés aux soins thermaux avec, à leurs côtés, des hôtels, théâtres, villas, casinos, golfs, parcs et jardins. « Car pendant que l’on se soigne, il faut aussi avoir des loisirs, précise Yves-Jean Bignon, adjoint au maire de Vichy. Le divertissement fait partie de la cure. Tout est fait pour soigner les malades, mais aussi pour leur faire oublier leur maladie. » À Vichy, trois sources avaient déjà attisé la curiosité des Romains. L’origine du thermalisme remonte quant à elle au XVIIe siècle, avec la création en 1630 de « la Maison du Roy », premier établissement thermal vichyssois. Les femmes de l’aristocratie y accouraient de toutes parts pour y « prendre les eaux ». La marquise de Sévigné participe tout particulièrement à la réputation de la ville. Ses douleurs à la main freinant sa passion épistolaire, elle décide de venir se faire soigner à Vichy en 1676. De retour à Paris, soulagée grâce à son séjour, elle reprend de plus belle sa plume et vante dans sa correspondance les bienfaits de sa cure thermale. En 1799, les filles de Louis XV et Letizia Bonaparte y viennent à leur tour. Cette dernière encourage Napoléon Ier à signer en 1812 le décret qui prévoit la rénovation et l’agrandissement de l’établissement thermal, et entérine la création du parc des Sources. Ce lieu de promenade s’étend sur six hectares en plein cœur de la ville. Entouré de beaux hôtels et de grandes enseignes, il deviendra rapidement le lieu où les dames venaient se montrer dans leurs plus belles toilettes. Portraitistes et caricaturistes y croquaient sur demande les physionomies des curistes en promenade. En 1821, la duchesse d’Angoulême, habituée de la station, posera la première pierre du nouvel établissement thermal, accueillant les boissons et les bains.
 

Le hall des Sources. © Xavier Thomas
Le hall des Sources.
© Xavier Thomas


Joyaux du patrimoine vichyssois
Dès la fin du XVIII
e, et plus encore au XIXe siècle, les villes d’eaux deviennent une destination prisée des têtes couronnées et des artistes : l’empereur François-Joseph Ier se rend à Baden bei Wien, tout comme Mozart et Beethoven. Napoléon III, lui, vient en cure à Vichy à cinq reprises jusqu’en 1866 : lors de ses premiers séjours, il est hébergé par le chef d’orchestre Isaac Strauss. Puis l’empereur fera construire deux chalets le long du boulevard des États-Unis, joyaux du patrimoine vichyssois et témoignages uniques de son passé impérial. C’est encore lui qui décide d’accélérer l’essor de la ville pour la transformer en « reine des villes d’eaux » et attirer la bourgeoisie triomphante. En 1861, il donne son accord pour financer le plan d’agrandissement et de structuration de la station thermale, et lance de grands travaux d’aménagement avec de larges avenues, des parcs et une gare ferroviaire. Déplorant l’absence d’un lieu de divertissement, il commande à l’architecte parisien Charles Badger un bâtiment dans le style Beaux-Arts, dont la construction démarre en 1863. Inauguré en juillet 1865, le Casino abritait une salle de bal, un théâtre de mille places et bien sûr des salons de jeu. Sa façade est toujours ornée de quatre cariatides sculptées par Carrier-Belleuse, mais l’ancienne véranda a été remplacée par une marquise art nouveau formant une couronne, symbole de la reine des villes d’eaux. À la fin du siècle, Vichy est parée d’hôtels, de commerces, et d’activités saisonnières culturelles et sportives comme nulle part ailleurs. Vers 1900, les bains sont finalement séparés des eaux administrées sous forme de boissons. Construit autour du jaillissement naturel des sources de Chomel et de Grande Grille en 1903, à l’emplacement de l’ancienne « Maison du Roy », le hall des Sources moderne est l’œuvre de l’architecte Charles Le Cœur et du ferronnier d’art Émile Robert. Inspiré du « Trinkalle » des stations thermales allemandes ou austro-hongroises, ce vaisseau de verre et de fonte est conçu en harmonie avec le parc des Sources. Depuis 1971, cinq sources sont regroupées sous le hall et des buvettes en libre-service ont remplacé les « donneuses d’eau ». Construit entre 1899 et 1903, le grand établissement thermal, agrandi dans les années 1930 par l’architecte Charles Le Cœur et Lucien Woog, surprend par son style néomauresque. L’entrée mène sous un magnifique dôme en mosaïque bleu azur – évocation de l’eau –, or – la richesse matérielle et immatérielle – et ivoire – la purification du corps et de l’esprit. Sur la façade extérieure, le céramiste Alexandre Bigot a ajouté des sculptures aquatiques avec une frise de naïades. À l’intérieur, le peintre symboliste Alphonse Osbert a composé des décors avec des personnages au visage bleu, rappelant que l’eau est le principal constituant du corps humain.
 

Le Palais des congrès et opéra.© Christian Parisey
Le Palais des congrès et opéra.
© Christian Parisey


Un foisonnement de styles architecturaux
En 1900, une galerie promenoir en fer forgé construite autour du parc permet aux curistes de déambuler à l’abri de la pluie. La même année, les architectes Charles Le Cœur et Lucien Woog sont chargés d’agrandir le bâtiment du casino vers l’ouest. Un opéra doté de 1 486 places est créé : c’est le deuxième plus grand de France, après celui de Paris édifié par Charles Garnier, inauguré le 2 juin 1901 avec la représentation d’Aida de Verdi. Dans un style art nouveau, unique au monde, cette salle ne comporte aucun pilier grâce à une ossature métallique qui supporte la couverture et les parois. Son décor jaune d’or – ou jaune de Prague –, couleur de la joie et d’Apollon, composé de fleurs, de courbes et d’insectes, réalisé en 1903, émerveille encore. Désormais capitale d’été de la musique, Vichy accueillera tous les grands noms de la scène internationale de la Belle Époque. Entre la fin du XIXe et la Première Guerre mondiale, la « reine des eaux » reçoit chaque année, entre mai et septembre, plus de 150 000 baigneurs, touristes ou vacanciers. Cet engouement pour Vichy entraîne une véritable frénésie de constructions de palaces et de villas, avec un foisonnement de styles architecturaux typiques de la Belle Époque. En quelques années, leur nombre triplera. Les architectes rivalisent d’imagination, avec des inspirations de style art nouveau, Renaissance, vénitien, mauresque, flamand, alpestre, ou anglo-normand, dans une diversité architecturale unique. Nombre de ces villas ont été inscrites à l’inventaire des Monuments historiques, notamment celles de la rue Hubert-Colombier, véritable concentré d’art nouveau. Aujourd’hui, l’inscription au patrimoine de l’Unesco devrait « donner une forte impulsion à Vichy », se réjouit le maire Frédéric Aguilera. L’institution aidera la ville à moderniser certaines de ses installations thermales : un grand programme de restauration du parc des Sources a déjà été lancé tandis qu’une politique de réhabilitation des façades est prévue. Un musée municipal, racontant deux mille ans d’histoire de la ville, devrait aussi ouvrir ses portes en 2026 dans l’établissement thermal historique.

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