Une plaque émaillée, vers 1525-1530, du Maître de l’Énéide

Le 15 avril 2021, par Anne Doridou-Heim

Cette œuvre émaillée du Maître de l’Énéide livre un nouvel épisode de la formidable épopée de Limoges, maîtresse absolue de l’émail peint.

Maître de l’Énéide, Limoges, vers 1525-1530, Les Bocages fortunés, plaque en émail peint polychrome sur cuivre et sur paillons d’argent avec rehauts d’or, 22,5 19,8 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €, adjugé 
1 184 960 €

Énée est l’autre héros à avoir vécu une véritable épopée après la destruction de Troyes, avec cette différence de taille qu’il était du côté des vaincus et non des vainqueurs. Virgile (70-19 av. J.-C.) lui a consacré un long poème, l’Énéide, qui se fait le récit de sa longue errance et des épreuves traversées jusqu’à son installation dans le Latium, où il devient le fondateur du peuple romain. À ce thème légendaire, le maître limousin de l’Énéide, actif vers 1530-1535, consacre un long et ambitieux travail, une série de plaques dont la redécouverte fut rendue possible par la présentation de quelques-unes d’entre elles lors de l’Exposition universelle de 1867. Le début d’un travail de recherche qui aboutit en 1912 à la parution de l’article de Jean-Joseph Marquet de Vasselot dans le Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, référençant 63 plaques. Aujourd’hui, elles sont 82 à être répertoriées, la majorité appartenant à des collections muséales (voir l'article Le Maître de l’Énéide : plongée les ateliers d’émailleurs ateliers limougeauds de la Renaissance). Celle-ci raconte l’épisode intitulé « Les Bocages fortunés », scène extraite du Livre VI, lorsqu’enfin Énée, après un séjour aux enfers, rejoint un lieu de félicité. Cet ensemble tout à fait exceptionnel, par son ampleur iconographique, illustre la belle et longue histoire de l’émail peint de Limoges. La cité ne souffre au XVIe siècle d’aucune concurrence en cette technique particulière, qu’elle n’a pas inventée, mais qu’elle a portée à un niveau d’excellence. La lisibilité des compositions est remarquable et appartient à ce moment de transition entre le Gothique rayonnant et la Renaissance de la modernité. Les paillons d’or et d’argent rehaussant les scènes, associés à l’émail blanc qui démarque les personnages, le traitement en contre-plongée pour donner l’illusion de la perspective, le foisonnement des détails, les informations sur les architectures, les métiers, les constructions navales, les costumes, la richesse et l’harmonie des coloris, tout concourt à leur préciosité et à leur intérêt historique. Son commanditaire demeure inconnu, pourtant, il devait s’agir d’un personnage d’importance, représentant de la culture humaniste française en plein essor. À l’image de la reine Catherine de Médicis qui, dans le cadre de l’Hôtel parisien de Soissons, avait fait aménager un cabinet de boiseries habillé de 32 petits portraits en émail peint de héros et héroïnes de l’Antiquité. Cette plaque demeurera-t-elle en mains privées ou rejoindra-t-elle une institution muséale ? Telle est la question principale qui se pose car nul doute que la Fortune sera au rendez-vous de sa présentation.

vendredi 28 mai 2021 - 11:00 - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Coutau-Bégarie
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