Un portrait et des révélations

Le 24 novembre 2016, par Caroline Legrand

La redécouverte d’un dessin d’Andrea del Sarto devrait provoquer une grande effervescence du côté de Pau, le 17 décembre prochain… et quelques débats sur l’identification de son modèle.

Andrea del Sarto (1486-1530), Étude de tête d’homme et Étude d’œil, dessin recto verso, pierre noire et sanguine, 23 x 18 cm.
Estimation : 500 000/600 000 €

Le dessin est un révélateur de l’âme d’un artiste. Chaque coup de crayon et chaque repentir sont visibles, mettant à nu la volonté même de son auteur, son esprit. À la vue de cette étude, on ne peut qu’être touché par le regard si vivant de cet homme, vibrant grâce aux quelques touches de sanguine, aux traits si réalistes qu’ils en sont troublants. Mais qui se cache derrière ce visage ? Une question à plusieurs centaines de milliers d’euros probablement, et une réponse en suspens : peut-être l’auteur lui-même.
Moins de deux cents dessins
Dans le catalogue bilingue entièrement consacré à ce dessin recto verso, le Cabinet de Bayser livre une étude méticuleuse de l’œuvre et tente quelques rapprochements. Mais, commençons par les certitudes… Cette feuille est de la main du maître de la Renaissance florentine Andrea del Sarto (1486-1530). Elle est connue et référencée, puisqu’elle provient de la collection Goll van Franckenstein, mais on en avait perdu la trace à la dispersion aux enchères de cette dernière, en juillet 1833 ; elle porte encore le numéro à la plume correspondant (381). En soi, la redécouverte de ce dessin fait à elle seule figure d’événement. Moins de deux cents dessins autographes d’Andrea del Sarto sont connus, dont la plupart déjà conservés dans des musées (quatre-vingts au musée des Offices à Florence, et quarante au musée du Louvre) et une demi-douzaine dans des collections privées, alors que les artistes de la Renaissance italienne accordaient une part très importante à cet art. Chaque nouvelle découverte enflamme ainsi tous les collectionneurs et spécialistes…
Un visage cher à l’artiste
Andrea del Sarto est considéré comme l’un des plus grands peintres du début du XVIe siècle. Élève de Piero di Cosimo, il travaille tout d’abord sous l’influence du Pérugin, avant de se rapprocher des styles de Michel-Ange, Léonard de Vinci ou de Fra Bartolomeo. Il restera comme l’un des plus grands représentants du classicisme florentin grâce à ses compositions monumentales, vivantes et parfaitement équilibrées, comme la célèbre Madone des harpies de la galerie des Offices. Son talent de portraitiste est également reconnu, et l’on sait qu’il réalisa à plusieurs reprises son autoportrait. Dans ses fameuses Vies, Giorgio Vasari décrit le retable de Panciatichi (L’Assomption de la Vierge) : «À une extrémité, parmi les apôtres, Andrea a fait son autoportrait, si naturel qu’il paraît vivant.» Dans ce panneau du palais Pitti, on retrouve, derrière le bassin, le même visage que sur notre dessin. Une figure visiblement reprise sur deux autres œuvres de l’artiste : sa Sainte Famille Borgherini, conservée au Metropolitan Museum de New York, et l’Assunta Passerini, également à la galerie Palatine du palais Pitti. L’étude de ces trois compositions a d’ailleurs permis de dater notre dessin des années 1522-1525. Mais voilà, si la paternité de notre portrait, confirmée par le spécialiste John Shearman dans le catalogue raisonné de l’artiste en 1965, ne fait aucun doute, la comparaison avec le célèbre autoportrait du musée des Offices, représentant le peintre bien plus jeune et daté selon toute vraisemblance de 1528, jette le trouble sur l’identification du bon apôtre de l’Assunta Panciatichi et de notre modèle. Un visage qui en tout cas lui était cher, au point de le reprendre dans plusieurs de ses œuvres.

Samedi 17 décembre 2016, Pau. Gestas & Carrère OVV. Cabinet de Bayser.
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