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Un cabinet peuplé d’étranges créatures

Publié le , par Philippe Dufour

Pour ce meuble à l’ornementation des plus singulières, on peut véritablement parler d’une redécouverte… De là, en toute logique, son très beau score de 132 000 € (soit dix fois son estimation moyenne) lors d’une vacation chartraine, un prix qui se situe en tête (source Artnet) de la côte de son génial auteur : Charles-Guillaume...

Un cabinet peuplé d’étranges créatures
Charles-Guillaume Diehl (1811-1885), ébéniste ; Emmanuel Frémiet (1824-1910), sculpteur ; Jean Brandely (actif entre 1867 et 1873) ornemaniste et dessinateur, «meuble aux lézards», vers 1867, cabinet à cigares en cèdre, placage de cèdre, placage de noyer, bronze, 145 x 95 x 55 cm.
Adjugé : 132 000 €

Pour ce meuble à l’ornementation des plus singulières, on peut véritablement parler d’une redécouverte… De là, en toute logique, son très beau score de 132 000 € (soit dix fois son estimation moyenne) lors d’une vacation chartraine, un prix qui se situe en tête (source Artnet) de la côte de son génial auteur : Charles-Guillaume Diehl. D’origine hessoise, cet ébéniste inventif participe à l’éclosion du style très particulier de la fin du second Empire, mêlant le néogrec à un néomédiéval aux limites du fantastique. Le cabinet à cigares s’apparente au fabuleux médaillier décoré sur le thème du Triomphe de Mérovée, présenté à l’Exposition universelle de 1867  premier (et dernier) exemple d’un style néomérovingien  et aujourd’hui conservé au musée d’Orsay. Réalisé en placage de noyer et surtout d’un bois alors peu utilisé, le cèdre, la pièce évoque une architecture mais plus encore un tabernacle, conférant un caractère quasi mystique à son contenu, bien rangé dans les dix tiroirs à l’anglaise. D’autant plus qu’elle se pare d’une étrange ornementation de bronzes «aux lézards» (des sauriens que l’on retrouve sur le fameux cabinet de Mérovée), assortis d’un bizarre batracien griffu et ailé au centre de la porte ; tout comme les panthères aux ailes aiguës qui bondissent sur les angles du sommet… Une grammaire décorative qui peut s’expliquer aussi par l’identité du sculpteur ayant imaginé les étranges créatures, qui n’est autre qu’Emmanuel Frémiet, sans oublier celle de son complice Jean Brandely, ornemaniste et dessinateur. D’ailleurs, la photographie d’un meuble du même modèle que le nôtre est conservée (sous le numéro 170382-781) dans le dossier d’artiste «Emmanuel Frémiet - Arts décoratifs», consultable au Service de documentation du musée d’Orsay. Signalons encore, pour cette vente très mobilière, un autre curieux cabinet, fabriqué lui en Allemagne du Sud à la fin du XVIIe siècle, présentant des formes architecturales ciselées de faux appareils en bois noirci ; on l’adjugeait à 16 560 €. 

tableaux, mobilier et objets d'art, arts décoratifs des XIXe et XXe
dimanche 28 octobre 2018 - 14:00 (CET)
7, rue Collin-d'Harleville - 28000 Chartres
Ivoire - Galerie de Chartres (Gody-Baubau - Maiche - Paris - Rivière)
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