Trophées de chasse en lumière

Le 13 décembre 2018, par Philippe Dufour

Les raffinements du style rocaille donnent leur pleine nature à ces appliques à thème cynégétique, bientôt à Lyon. Délicatement ciselées, elles présentent avec panache les caractéristiques du maître bronzier parisien Jean-Joseph de Saint-Germain.

Époque Louis XV, attribuée à Jean-Joseph de Saint-Germain (1719-1791), paire d’appliques à deux bras de lumière en bronze doré et ciselé, marquées au «C» couronné, h. 48 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Des figures animalières frémissantes de vie  une tête de cerf pour l’une et une hure de sanglier pour l’autre  semblent jaillir de cette paire d’appliques, en bronze doré et ciselé dans le plus pur style rocaille ; au-dessus, les deux bras de lumière aux formes mouvementées s’habillent de feuilles d’acanthe et de chêne, s’entremêlant jusqu’aux bobèches, elles-mêmes figurant des acanthes… À l’examen, ces pièces d’exception  qui appartiennent à une série de quatre, vendues en deux lots et à une même estimation  intriguent par leur grande qualité plastique, qui pourrait bien indiquer la main d’un maître en la matière. Premier indice : la présence du poinçon au «C» couronné, permettant une datation assez précise ; il évoque cette fameuse taxe sur les métaux imposée aux bronziers, afin de financer les guerres de succession d’Autriche. En vigueur entre 1745 et 1749, la marque s’appliquait aussi bien aux objets qu’aux bronzes d’ornement mobilier. Quant au virtuose auteur de ces luminaires, tout porte à penser qu’il s’agirait de Jean-Joseph de Saint-Germain, auquel on vient de les attribuer. Né en 1719, le célèbre fondeur-ciseleur parisien est fils de l’ébéniste Joseph de Saint-Germain. Après des débuts d’ouvrier libre à la tête d’un atelier sis rue de Charenton, au faubourg Saint-Antoine, l’homme est reçu, le 15 juillet 1748, en qualité de «maître fondeur en terre et sable». Il sera aussi désigné juré de la guilde des fondeurs-ciseleurs en 1765.

Des pendules aux appliques, un bestiaire varié
En ce milieu du XVIIIe siècle, Saint-Germain s’affirme comme l’un des fournisseurs les plus recherchés d’accessoires décoratifs et utilitaires, tels chenêts, candélabres et bien sûr appliques, usant de plusieurs motifs en vogue  et particulièrement ceux dits «chinois», qui envahissent les intérieurs de l’époque rococo. On sait aussi qu’il livra des garnitures de meubles pour les grands ébénistes français d’alors ; mais sa maestria s’est surtout déployée dans l’exécution de boîtes d’horloge en bronze, révélant une inventivité étonnante. Pleines de fantaisie, elles font souvent appel au règne animal exotique ; la plus renommée demeure la pendule «au rhinocéros», formant boîte à musique, aujourd’hui conservée au musée du Louvre. L’éléphant a également beaucoup inspiré le maître : on en avait un bel exemple avec celle adjugée 106 250 € à Paris, le 18 décembre 2015 (Ader), dont le cadran, dû à Pierre Philippe Barat, est supporté par un pachyderme d’une patine rougeoyante. La renommée du bronzier ornemaniste dépassait les limites du royaume, comme l’atteste, à la Nouvelle Résidence de Bamberg en Bavière, la présence d’une horloge surmontée d’un singe. Nos trophées cynégétiques, quant à eux, relèvent d’une autre veine, plus musclée, mais tout aussi appréciée dans une société où la chasse occupe une place centrale. Un loisir royal que tous, princes et aristocrates, se doivent de pratiquer. Et d’en garder les symboles à portée des yeux, grâce aux meilleurs artistes de leur temps…

lundi 17 décembre 2018 - 16:30 - Live
Lyon - 13 bis place Jules-Ferry - 69006
Aguttes
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