Tal Coat, peintre de la réalité fondamentale

Le 18 février 2021, par Agathe Albi-Gervy

Cette toile du peintre breton Tal Coat de la pleine maturité se fait le support de toute sa philosophie développée au sujet du monde visible et invisible. Son objectif : révéler l’univers.

Pierre Tal Coat (1905-1985), Couchant, huile sur toile, 130 130 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €.
 © Adagp, Paris, 2021

C’est la surface qui révèle le fond », déclare un jour Pierre Tal Coat. Celui qui s’est donné le surnom de « Front de bois » en breton a, sa carrière durant, cherché à faire éclater l’espace-support de la toile
en la déployant vers un espace mouvant qui n’est autre que l’univers lui-même. Toujours avec discrétion, il offre à l’espace une liberté d’expression en deux dimensions. En silence, il laisse apparaître la forme contenue 
: il ne la crée pas, mais aide simplement à la faire naître. Ainsi seulement, l’œuvre peut exister. « C’était dans l’atelier de Tal Coat. Le soir tombait. Mais de l’une à l’autre des toiles dispersées, la lumière enfouie se pressait à la surface. Dehors ? Dedans ? La profondeur montait des profondeurs. […] La forme habite l’espace et l’espace la forme. Dehors, dedans, n’existent que l’un à l’autre ; la forme est, au sens strict, le lieu de leur rencontre », se souvient son grand ami, le phénoménologue Henri Maldiney, dans Regard, parole, espace, en 1973. Dans la présente œuvre intitulée Couchant, nous sommes en 1978, d’après l’expert de Tal Coat, Xavier Demolon. La couleur, tout autant que la touche employée, ne sont ni homogènes ni plates, mais au contraire donnent vie à la toile. Une forme presque organique semble surgir, elle apparaît et disparaît tout à la fois. Pour Tal Coat et Maldiney, l’apparition des choses et le mouvement de la lumière en peinture se nomment phénomènes. Ainsi, ce que l’on peut prendre au premier regard pour une peinture abstraite est loin de l’être. « C’est le vivant seul qui importe », insistait d’ailleurs Tal Coat lui-même, lequel entendait tout bonnement « mettre fin à l’antithèse aveugle du figuratif et du non-figuratif ». Selon lui, chaque élément du vivant abrite la vie dans son infinitude. Ses œuvres ne sont pas des aplats de couleurs pures, mais le théâtre d’un dialogue profond entre l’art et la nature, d’une méditation sur le monde. Seulement, sa réflexion sur son environnement passe par des représentations universelles et primitives, et non par le système élaboré à la Renaissance, centré sur la perspective et le visible. Fils d’un marin-pêcheur du Finistère, Tal Coat entretient une relation à la nature d’une immense sensibilité. Attentif aux ombres dans la lumière, aux mouvements des feuilles et de l’eau, aux aspérités des troncs d’arbre, il enregistre cette multitude de détails à l’occasion de ses longues marches à Dormont, près de Vernon, où il s’installe en 1961 pour s’y éteindre en 1985. Dans son atelier, le peintre les transpose en couleurs à travers des pigments éclatants qu’il finit par fabriquer lui-même, influencé par sa passion pour l’art pariétal et la géologie. La nature la plus fondamentale.

mardi 16 mars 2021 - 11:00 - Live
Salle 5 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Jean-Marc Delvaux
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