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SP-Arte : enthousiasme à Sao Paulo

Publié le , par Mikael Zikos

La 14e édition de l’incontournable foire d’art contemporain du Brésil se rêvait en paradis des collectionneurs, locaux et étrangers, alors que le pays était plongé dans une tourmente institutionnelle.

SP-Arte :  enthousiasme  à Sao Paulo
Brasilia (2018), de Bruno Faria, sur le stand de la galerie Periscopio, SP-Arte.
 
COURTESY OF PERISCOPIO, BELO HORIZONTE

Directrice de SP-Arte depuis sa création en 2005, Fernanda Feitosa est consciente que son rendez-vous est entaché par le «moment politique confus» que traverse le Brésil. Le conservatisme prôné par l’actuel président, Michel Temer, qui avait dissous momentanément le ministère de la Culture en 2016 afin de résorber le déficit, a aussi engendré de nombreuses protestations. Avocate d’affaires et collectionneuse, Fernanda Feitosa a soutenu à deux reprises l’ancien président actuellement emprisonné pour corruption Lula da Silva, comme la plupart des Brésiliens du monde de la culture et les participants au mouvement #CensuraNuncaMais («Censure plus jamais»), auquel des artistes comme Ai Weiwei se sont ralliés. D’autres, natifs du Brésil, ont été contraints de fuir le pays. «Par ses décisions, notre État consolide le lobby des évangélistes, tout aussi puissant que celui de l’agrobusiness et des armes à feu. Mais si cela perturbe les artistes, le marché de l’art brésilien reste en forme», explique-t-elle. «Même si ce marché est jeune, et que les taxes d’importation sont élevées, SP-Arte vise l’excellence, l’ouverture d’esprit et l’attractivité.» Ainsi, un accord conclu entre l’organisation de la foire et les autorités gouvernementales permet une réduction des taxes à l’importation de près de la moitié durant le temps de la manifestation, ce qui ramène le total appliqué pour les ventes de 20 à 25 %, contre 42 à 48 %. À Rio de Janeiro, Art Rio dont la prochaine édition aura lieu du 27 au 30 septembre profite également de cette «promotion» à laquelle s’ajoutent trois taxes nationales et fédérales.
Des valeurs sûres
«Il reste souvent difficile d’expliquer aux collectionneurs étrangers ce qu’ils vont payer au bout du compte», explique l’une des directrices de Fortes d’Aloia & Gabriel. Participante historique à SP-Arte, la galerie dispose de deux espaces à São Paulo, d’une adresse à Rio et représente les plus grandes figures de l’art contemporain brésilien (Beatriz Milhazes, Ernesto Neto…). «Beaucoup de galeries travaillant avec des artistes basés à l’étranger ont dû également faire face à la grève des contrôleurs aériens au Brésil avant l’ouverture de la foire. En outre, les droits de douane, habituellement calculés à partir du poids des œuvres, furent cette fois-ci calculés à partir de leur valeur, ce qui a créé une grande tension.» Dans ce climat, où l’instabilité économique du pays est également un frein pour de nombreux collectionneurs, la majorité des achats effectués à SP-Arte (de 25 000 à 75 000 réaux en moyenne, selon Fernanda Feitosa, soit environ 6 000 à 18 000 € hors taxes) se concentre sur les valeurs sûres. Sur le stand de Bergamin & Gomide seule galerie du marché secondaire brésilien à exposer à Art Basel , les œuvres des membres importants du néo-concrétisme et de l’avant-garde locale étaient à l’honneur, comme celles de Mira Schendel (1919-1988). Pour la galerie de Vilma Eid (Estação), qui dévoilait sa collection personnelle d’art afro-brésilien et naïf à l’occasion du parcours VIP de la foire, SP-Arte reste un événement essentiel. Dès l’ouverture, elle avait ainsi vendu un ensemble d’ex-voto provenant du nord du Brésil à 250 000 réaux et des sculptures de Véio (né en 1948), à 35 000 réaux pièce. En ville, une rétrospective de cet autodidacte se tenait à l’Itaú Cultural, le centre culturel de la première banque privée du pays, l’un des sponsors majeurs de SP-Arte.
Un état des lieux avant la biennale
En dehors du vivier des collectionneurs nationaux et de quelques Nord-Américains fidèles, les galeries exposantes à SP-Arte séduisaient une poignée de collectionneurs européens téméraires (les Belges, souvent cités) et les institutions, avec des productions évoquant le Brésil d’hier et d’aujourd’hui. Mendes Wood DM vendait une peinture de Patricia Leite (né en 1955) à la Pinacothèque de l’État de São Paulo, où la directrice de SP-Arte officie au comité d’acquisition. L’influente et jeune galerie paulistienne fut récemment au cœur de l’actualité des censures de l’art au Brésil. L’un de ses artistes, Antonio Oba, fut contraint de s’exiler en Europe, suite à de violentes contestations et menaces après la diffusion d’une vidéo de l’une de ses performances, touchant à l’iconographie religieuse. Venue de Belo Horizonte, la galerie émergente Periscopio cédait pour 120 000 réaux une installation de Bruno Faria (né en 1981) à un collectionneur belge, sans doute intéressé par la portée ironique de l’œuvre. Celle-ci comprenait une Volskwagen « Brasilia » originale de 1973 et détériorée avec le temps ; un modèle intitulé en hommage à la cité-capitale utopique construite par Oscar Niemeyer. Implantée dans le pavillon Ciccillo Matarazzo 30 000 mètres carrés conçus par l’architecte brésilien en 1954, comme tous les édifices publics du parc Ibirapuera , SP-Arte a cette année accueilli 134 galeries, dont 97 locales et 29 nouvelles venues, essentiellement d’Amérique latine. «Les galeries brésiliennes représentent encore 85 % des ventes au Brésil depuis le pic du marché de l’art en 2015», selon Rita Wirtti, qui dirige Latitude. Cette association clé de la promotion de l’art contemporain brésilien à l’étranger publiera prochainement son dernier bilan chiffré du marché de l’art national, avant la très attendue 33e Biennale de São Paulo (du 7 septembre au 9 décembre). Le thème de cette dernière ? La notion de subjectivité en matière de politique, de sexualité et de genre.

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