Shanghai : l’année du bond en avant

Le 22 novembre 2018, par Caroline Boudehen

Cette année, les foires West Bund Art & Design et Art 021 rassemblaient plus de 200 galeries internationales. Une semaine de l’art contemporain sans précédent dans la mégapole chinoise.

Le stand ShangArt à Art 021, 2018.
© COURTESY SHANGART


Réunissant 115 galeries issues de 43 pays différents, West Bund Art & Design, la foire d’art contemporain dirigée par l’artiste Zhou Tiehai, a doublé non seulement le nombre de ses exposants, mais aussi sa surface, qui atteint désormais 20 000 mètres carrés. Implantée dans un quartier en vue de Shanghai, le West Bund surnommé le «corridor culturel» de la ville , la manifestation s’est dotée, en plus de son monumental hall d’exposition initial, de trois structures complémentaires afin d’accueillir une quarantaine de nouvelles galeries participantes (dont les françaises Daniel Templon, Kamel Mennour, Chantal Crousel). Comme l’année précédente, le hall principal fut réservé aux grandes enseignes, telles que Thaddaeus Ropac, Perrotin, Hauser & Wirth, David Zwirner, Pace Gallery ou encore Pearl Lam Galleries, avec des stands réunissant des œuvres d’artistes dont la réputation n’est plus à faire, mais aussi des prises de position plus conceptuelles, comme le solo show de Leslie Hewitt chez Perrotin. Les trois nouveaux halls, tout aussi internationaux, ont été dédiés à des galeries établies comme Templon et Marlborough (pour la première fois), Galleria Continua, Simon Lee ou ShanghArt. Un secteur était réservé aux adresses plus locales et/ou présentant des artistes émergents, et d’une qualité tout aussi remarquable : HdM Gallery, avec des pièces de Lu Chao, Aike, avec le prometteur Tao Hui, Don Gallery, avec son artiste phare Zhang Ruyi, et la jeune Capsule Gallery avec le duo téméraire Wang Haiyang/Douglas Rieger.
Musée coréen
Cette édition se démarquait nettement de la précédente, d’une part, en préférant cette fois-ci positionner galeries et artistes émergents dans une perspective globale, et d’autre part, en se professionnalisant en termes de structure et d’accueil. Cela lui a permis de drainer un public de professionnels plus important qu’à l’accoutumée. Ce que confirme Thaddaeus Ropac : « C’est très excitant de voir comment le West Bund s’est développé par rapport à l’année dernière, attirant un public croissant, venu de toute l’Asie. Cela s’est avéré un succès pour nous, en termes de ventes et de contacts avec des collectionneurs et des institutions privées de Chine continentale, d’Indonésie, de Corée, du Japon et de Hong Kong. » Selon la plupart des exposants, les ventes ont été plus lentes à se concrétiser par rapport aux années précédentes, mais ont néanmoins été satisfaisantes. Majoritairement à six chiffres, elles ont flirté avec le septième chez les plus grands : une toile d’Adrian Ghenie, entre autres, a été cédée à un musée coréen pour 1,1 M€ par Thaddaeus Ropac. Un Giacometti et plusieurs Frank Auerbach ont également été vendus, à la satisfaction de Marlborough. Par ailleurs, une part importante des galeries exposaient parallèlement à la foire Art 021, dans le centre de Shanghai, ce qui leur a permis d’être présentes sur deux fronts et, pour beaucoup, jouer la carte du solo show dans l’une et celle du group show dans l’autre…
Des organisateurs venus de la mode
Car l’année 2018 marque aussi le sixième anniversaire de cette manifestation dirigée par un trio shanghaïen avant-gardiste : Kelly Ying, David Chau et Bao Yifeng. Forte d’un nombre d’exposants comparable à celui de l’année passée  103 galeries contre 29 à ses débuts en 2013 , elle se tenait dans le prestigieux Shanghai Exhibition Center. Art 021 confirme le succès de sa précédente édition, en attirant cette année 80 000 visiteurs, soit 10 000 de plus qu’en 2017. L’événement a conservé ses habitués de renom : Perrotin, Gagosian avec un stand dédié à Murakami Pace, Hauser & Wirth, Thaddaeus Ropac, Shanghai Gallery of Art, ShanghArt, Tang Contemporary, Chantal Crousel ou encore Dumonteil. Marlborough a, pour sa seconde participation, préféré jouer la carte du contemporain  en exposant avec succès des œuvres d’Ahmed Alsoudani, Allen Jones ou Tony Matelli. La scène locale s’est affirmée, avec une présence plus remarquée des galeries de la zone Asie  Art 021 se veut toujours un ardent défenseur de la région, et principalement de la Chine tout en accueillant de nouveaux participants tels que Magda Danysz (France et Chine), Kamel Mennour (France) ou Kurimanzutto (Mexique). Bénéficiant des réseaux de ses organisateurs, issus du monde du luxe et de la mode, Art 021 attire ainsi, depuis 2013, un public majoritairement chinois et résolument séduit par le monde de l’art. Cette année ne faisait pas exception et, ajouté au «phénomène West Bund», a suscité un métissage plus important des deux audiences, moins visible en 2017. Un point positif, incarné entre autres par la présence d’institutions internationales et de collectionneurs de renom sur les deux foires. À l’instar de West Bund Art & Design, les ventes, si elles ont été plus calmes que l’année précédente, ont eu lieu majoritairement le premier jour de preview  même si, pour la première fois, deux journées consécutives étaient dédiées aux professionnels. Moins considérables en termes de prix, les transactions n’ont cependant pas été en reste. Quelques stands ont été entièrement vendus, comme celui de Pilar Corrias, venue pour la première fois, ou le solo de A. Gormley, qui a connu un franc succès chez Galleria Continua. Pace a pour sa part cédé une dizaine de pièces importantes, et Tina Keng Gallery (Taïwan), judicieusement placée en face de Gagosian, a vendu près de 80 % de son stand, dont des œuvres de l’artiste Su Xiaobai (122 000 € pièce). La jeune et téméraire Made In gallery (Shanghai), portée par le célèbre Xu Zhen, a quant à elle été très satisfaite de cette édition : «C’est notre meilleure année !», nous confiait Alexia Dehaene, sa directrice.

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