Record de fréquentation à la Brafa

Le 11 février 2020, par Hugues Cayrade and Pierre Naquin

Public nombreux et connaisseur, niveau de ventes satisfaisant, voire «exceptionnel» pour certains exposants, la foire belge tient bon la barre, entre antiquités et créations contemporaines.

Vente de charité de cinq fragments du mur de Berlin réalisée en clôture de la Brafa 2020.

La 65e édition de la Brafa se déroulait du 26 janvier au 2 février à Bruxelles. L’illustre salon des antiquaires belges, ouvert aujourd’hui très largement à l’art contemporain, a battu un nouveau record de fréquentation : 68 000 visiteurs, contre 66 000 en 2019, avec pourtant un jour de moins. Les «mille tentations» promises par les organisateurs étaient au rendez-vous avec plus de 130 galeries belges et internationales présentes. L’événement s’est achevé par une vente aux enchères caritative de cinq fragments originaux du mur de Berlin, qui a permis de recueillir la coquette somme de 326 000 € à l’intention d’associations œuvrant dans la lutte contre le cancer, pour l’intégration du public handicapé ou la défense du patrimoine culturel. Effectué le 27 janvier sur plusieurs stands de marchands d’antiquités et de peinture flamande, un contrôle inopiné et peu discret du SPF Économie – service fédéral belge chargé du contrôle du marché intérieur –, des douanes et d’Interpol suscitait un certain émoi, mais les organisateurs, tout en déplorant la mauvaise publicité faite à la profession, se sont fendus d’un communiqué officiel pour rassurer exposants et collectionneurs : «Il s’agit d’une procédure habituelle qui, par ailleurs, a lieu régulièrement sur les différents salons en Belgique et à l’étranger. La Brafa a toujours collaboré avec les divers services administratifs et entretient avec eux une relation tout à fait transparente. Certaines pièces ont effectivement fait l’objet d’une simple saisie conservatoire en attente d’informations complémentaires.» Pour le reste, l’édition 2020 semble avoir largement donné satisfaction à ses participants, et le niveau d’affaires réalisées confirme le salon dans son rang parmi les foires d’art incontournables. «Ce fut une des meilleures années», reconnaît Xavier Eeckhout, dont c’était la onzième Brafa. Le galeriste parisien, spécialisé en sculptures, annonce avoir vendu un grand bronze de Collin pour près de 120 000 €, une panthère d’Auguste Trémont pour 40 000 €, un fennec de De Meester pour 25 000 € et un pingouin en porcelaine de Petersen pour 8 000 €. «C’est à coup sûr une édition exceptionnelle», enchérit Christian Vrouyr, galeriste d’Anvers spécialisé dans les tapis anciens et par ailleurs secrétaire général de la manifestation. Ce fidèle parmi les fidèles a relevé la présence accrue d’un public de jeunes collectionneurs, comme si, pour eux aussi, la foire bruxelloise était «devenue the place to be ». «L’organisation était cette année encore excellente, notamment par rapport à d’autres salons qui cherchent à faire des bénéfices sur le dos des concessionnaires, alors que la Brafa est à but non lucratif. Les ventes ont été conformes à nos attentes et ont même dépassé celles de l’année dernière», indique Adrian Mibus, de Whitford Fine Art (Londres), tandis que le Genevois Charles Bailly parle, lui, de sa «meilleure foire en cinq années de participation».
Transeuropéenne
«80 % des collectionneurs rencontrés sont belges, et surtout flamands. La Brafa n’a peut-être pas l’audience internationale d’Art Brussels, mais elle touche le public local beaucoup plus en profondeur que la foire d’art contemporain», remarque Rodolphe Janssen, qui participe aussi régulièrement à la FIAC. Sur la Brafa, ce marchand d’art contemporain basé à Ixelles a cédé un grand monochrome de Bram Bogart pour 106 000 €, plusieurs tableaux et céramiques de Gert & Uwe Tobias (entre 10 000 et 40 000 €) ainsi qu’un ensemble de cinq natures mortes de Sanam Khatibi (10 000 € pièce) et deux œuvres de Thomas Lerooy, à 32 000 et 45 000 €. «Le public de la Brafa a le temps de s’informer, et c’est très agréable. Il est fortuné et peut dépenser plus d’un million d’euros pour une pièce importante. Ce n’est pas tout à fait le même que celui d’Art Brussels, par exemple», abonde Valérie Bach, de la Patinoire royale, enseigne contemporaine elle aussi installée dans la capitale belge, qui proposait des pièces de Gisela Colon, Alice Anderson, Roger Vilder, Pol Bury, Jo Delahaut. Celles-ci ont, pour la plupart, trouvé preneurs, en dur ou en option. La diversité des visiteurs, qu’ils soient attirés par les antiquités, l’art contemporain, les arts premiers ou la peinture hollandaise du XVIIIe siècle, fait aujourd’hui la force de la foire bruxelloise. «Je qualifierais le public d’excellent, mais malheureusement trop local, c’est-à-dire en très grande majorité belge et français», relève Serge Schoffel, basé à Bruxelles. Ce dernier reconnaît cependant avoir vendu environ 80 % des objets de son exposition thématique sur les arts anciens des Aborigènes australiens, ainsi que de nombreuses pièces des autres continents. «La Brafa paraît être aujourd’hui la meilleure foire nationale ou transnationale européenne, avec une dynamique toujours à la hausse, estime Alain Richarme, de l’enseigne parisienne Univers du Bronze (UDB). La Tefaf la devance encore peut-être un peu, bien qu’elle soit inégale d’une année sur l’autre, et Masterpiece aussi en raison de l’importance de Londres comme capitale des affaires et de la finance, mais la Brafa est la plus stable, celle où le turnover des marchands est le plus faible, et ça, c’est particulièrement important !» «La foire est toujours dominée par les galeries françaises et belges et il serait bon que des enseignes allemandes, suisses, américaines et étrangères se joignent au mouvement. Cela en vaut certainement la peine», assure quant à lui Peter Femfert, responsable de la Die Galerie, à Francfort-sur-le-Main, spécialisée dans l’art surréaliste et l’expressionnisme américain. «Ici, les visiteurs sont bien préparés et d’un haut niveau intellectuel. C’est un plaisir de discuter avec eux.» Pour Joseph Coplin, d’Antiquarium Ltd, une enseigne ayant pignon sur Madison Avenue, «on trouve ici un merveilleux mélange de collectionneurs, de professionnels, d’universitaires, de conservateurs et un public particulièrement attentif. C’est très stimulant». «Nous avons exposé des œuvres Renaissance et baroques, et, en discutant avec les visiteurs, il était clair qu’ils avaient une très bonne connaissance générale de ces périodes artistiques», confirme Carlo Milano, de Callisto Fine Arts (Londres). Leonardo Vigorelli, de l’enseigne milanaise spécialisée en arts premiers Dalton Somaré, parle, lui, d’un «éclectisme sophistiqué».
Ascendance contemporaine
Certains exposants, comme Alessandro Chiale, dont la galerie, Chiale Fine Art, rayonne en Italie et en Belgique, regrette l’ascendant pris par l’art contemporain au sein de la foire : «La presse n’en a que pour cette catégorie et, si cela continue ainsi, je ne recommanderai peut-être plus de participer au salon.» À l’inverse, Olivier Meessen, de Meessen De Clercq, se félicite de la variété des publics et milite pour lancer des passerelles entre les collectionneurs : «L’art contemporain demeure une curiosité pour beaucoup et reste une approche du réel encore méconnue, voire incomprise. Il y a donc parfois un travail pédagogique à faire, les rencontres en étant d’autant plus belles», analyse le galeriste, qui contrebalançait une exposition résolument contemporaine avec des œuvres de Chagall. Parmi les quelques bémols recueillis auprès des exposants, Simon Studer considère que les organisateurs devraient «se montrer plus pointus au niveau de la qualité de l’art moderne» suggèrant aussi de réduire le nombre de nocturnes, «éprouvantes pour les galeristes». «Les dates de la Tefaf ont été avancées cette année, ce qui rend plus difficile notre participation aux deux salons», déplore la galeriste Antonia Eberwein, établie à Paris et spécialisée dans les antiquités égyptiennes. «J’ai cependant été informée que cela devrait revenir à la normale dès l’année prochaine.» En attendant, la foire de Maastricht se tiendra du 7 au 15 mars. À très vite 

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