Raphaël sans éclat

Le 17 mars 2020, par Baptiste Roelly

Chantilly célèbre le 500e anniversaire de la mort de Raphaël. Si l’intention est louable, la quarantaine de dessins exposés laisse un peu sur sa faim : un artiste de la trempe de Raphaël aurait sans doute mérité mieux.

Raphaël, Étude pour la Belle Jardinière, plume et encre brune, traces de stylet et de pierre noire, musée Condé.
© RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly)/Thierry Ollivier

Les musées français susceptibles de célébrer le 500e anniversaire de la mort de Raphaël en 2020 n’étaient pas légion. Le Louvre a déclaré forfait pour mieux rendre le même hommage à Léonard l’année dernière, avec succès puisque l’exposition en question est devenue la plus courue de son histoire. En contrepartie des prêts obtenus, le musée s’engageait à rendre la pareille à l’Italie et envoie ainsi sept œuvres à la rétrospective Raphaël qui a ouvert à Rome, le 5 mars. Détenant la plus importante collection d’œuvres de l’artiste en France après le Louvre, le musée Condé reprend le flambeau des commémorations et montre une quarantaine de dessins dont seuls neuf sont du maître. Ses proches, élèves et suiveurs se partagent le reste d’une sélection trop inégale et lacunaire pour rendre une image fidèle de Raphaël dessinateur. Les années de formation de Raphaël ouvrent le parcours avec une section dont le titre, « La genèse du génie », traduit mal le travail acharné auquel il se livre déjà. D’abord formé par son père, le jeune Urbinate rejoint rapidement Pérouse et l’atelier animé par le Pérugin. Trois feuilles prudemment attribuées à son atelier évoquent le style que Raphaël y assimila, si bien que même Vasari avouera confondre les œuvres qu’il réalise alors avec celles de son mentor. La période florentine de l’artiste est ensuite évoquée, notamment par des études pour les douces madones qui font déjà sa renommée. Deux études variant le thème de la Vierge à l’Enfant et empruntées au Palais des beaux-arts de Lille font regretter que les peintures conservées à Chantilly ne puissent pas être présentées dans l’exposition. L’une de ces feuilles comporte en effet une première pensée pour la Madone de Lorette, seulement voilà : le duc d’Aumale a voulu que son accrochage soit immuable. Les Trois Grâces, comme les Madones d’Orléans et de Lorette, attendent donc leurs admirateurs dans la galerie des peintures, d’où elles privent l’exposition d’un éclat que Raphaël aurait mérité. La section florentine pèche en outre par un travers qui se retrouve dans les trois dernières salles du parcours, consacrées à la période romaine du maître et aux artistes qui travaillent alors dans son atelier. Les dessins de Raphaël y sont indistinctement mêlés à ceux de ses suiveurs et à des copies plus tardives, sans que l’accrochage parvienne à établir une hiérarchie entre les feuilles présentées. Les œuvres de l’Urbinate, parfois très abîmées par le temps, s’en trouvent noyées dans une masse dont elles peinent à émerger. En 1983, la France célébrait en grande pompe l’anniversaire de la naissance de Raphaël par plusieurs expositions, dont deux au Grand Palais. Un fragment de sa première œuvre documentée avait tout juste été redécouvert. Des restaurations récentes révélaient un Raphaël « coloriste » jusqu’alors insoupçonné, et l’on venait de comprendre que certaines peintures considérées comme des copies étaient en fait de la main du maître. Rien de tel en 2020 : l’exposition de Chantilly ne se justifie que par l’anniversaire qu’elle célèbre. Les feuilles qu’elle montre sont déjà connues, son propos est emprunté à des travaux préexistants et l’accrochage des œuvres lui-même ne fait rien apparaître d’inédit. Dommage.

« Raphaël à Chantilly. Le maître et ses élèves »,
musée Condé, château de Chantilly, tél. 
: 03 44 27 31 80.
Jusqu’au 5 juillet 2020.
www.domainedechantilly.com/fr 
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