Quand Château Mouton-Rothschild conjugue le monde du vin et de l’art

Le 24 juin 2021, par Constance Foussard

Légende parmi les légendes, le château Mouton-Rothschild fait figure d’exception dans l’univers du vin. Son histoire et son lien étroit avec l’art l’ont conduit au rang des icônes en quelques décennies seulement.

Une bouteille de château-mouton-rothschild 1959, vendue sur iDealwine.com et dont l’étiquette a été conçue par le sculpteur américain Richard Lippold.

Évoquer le château mouton-rothschild reviendrait à remonter en 1855, date à laquelle Napoléon  III, à l’occasion de l’Exposition universelle, avait réclamé la constitution d’un classement immuable des meilleures  propriétés viticoles bordelaises. Immuable ? Pas tout à fait, puisque, en 1973, mouton-rothschild est passé de deuxième grand cru classé à premier, tutoyant depuis les illustres châteaux lafitte-rothschild, latour, margaux et haut-brion, et révisant alors sa devise pour : «Premier je suis, second je fus, Mouton ne change». Un traitement de faveur ? Certainement pas. En reprenant en 1922 cette propriété acquise en 1853 par son grand-père, le baron Nathaniel de Rothschild, Philippe de Rothschild insuffla un esprit novateur. Sous son impulsion, la mise en bouteille des vins s’effectue sur site. Une méthode inspirant rapidement les propriétés alentour, qui cessent alors de vendre leur vin en barrique aux négociants. Passionné d’art, Philippe de Rothschild surprend en dévoilant en 1924 une étiquette conçue par Jean Carlu, un artiste influencé par le cubisme. Il faut attendre 1945 pour qu’il instaure définitivement ce qui est, aujourd’hui encore, une tradition très attendue. En cette année mémorable, il fait appel à Philippe Jullian qui orne l’étiquette du «V» de la victoire. Un signe célèbre à l’époque puisque employé à maintes reprises par Winston Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale, en signe d’adhésion. Au fil du temps, des artistes réputés ont offert leur créativité, sublimant le vin, ce produit né de l’union de la nature, de l’homme et du temps. Parmi eux, Georges Braque (1955, le plaisir de boire du bon vin), Salvador Dalí (1958, représentation du fameux mouton), Chagall (1970, travail autour du raisin, fruit vivant), Picasso (1973, bacchanale), Francis Bacon (1990, inspiré par le thème de l’ivresse), Niki de Saint Phalle (1997, allégorie autour des plaisirs de la table), Jeff Koons (2010, Vénus au vaisseau), sans oublier le dessin de Balthus, censuré aux États-Unis (1993), qui a donné lieu à une double étiquette, avec ou sans la femme jugée (trop) dénudée pour les chastes palais américains. À la suite du baron Philippe de Rothschild, sa fille Philippine (disparue en 2014) et, aujourd’hui, ses petits-enfants Camille Sereys de Rothschild, Philippe Sereys de Rothschild et Julien de Beaumarchais de Rothschild poursuivent son œuvre. Grâce à eux sont magnifiés les 90 hectares de vignes de cabernet-sauvignon (81 %), de merlot (15 %), de cabernet-franc (3 %) et de petit verdot (1 %) évoluant sur des sols maigres et pauvres de graves de Pauillac, ainsi qu’un élevage en barriques de chêne neuves qui confère au vin cette complexité aromatique et ce potentiel de garde si recherchés. Grâce à eux, ce mariage intime entre l’art et le vin est préservé. Passionnés et experts, ils permettent au grand public de contempler les œuvres originales dans les salles «L’art et l’étiquette», contiguës au cuvier et stylisées avec des colonnes imaginées par Guy de Rougemont. Aujourd’hui, l’attrait pour les vins de Pauillac et de ce premier grand cru classé est indéniable. Chaque millésime suscite la convoitise des collectionneurs et des amateurs avertis et notamment les années 1945, 1959, 1982 et 1986, récompensées d’un 100/100 par l’éminent critique Robert Parker.

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