Précieux surimono

Le 16 juin 2020, par Anne Doridou-Heim
 

De l’estampe japonaise, on connaît surtout les ukiyo-e, ces « images d’un monde flottant » rendues célèbres par Hiroshige et Hokusai. Beaucoup moins les surimono. La présentation récente à l’hôtel de Caumont-Centre d’art d’Aix-en-Provence d’une partie de la collection Georges Leskowicz (voir Gazette n° 2) a permis de les remettre en lumière. Le présent ouvrage, réalisé à partir des 165 surimono – littéralement « chose imprimée »  – de cet ensemble unique en Europe, invite à aller plus loin et à pénétrer intimement leur univers. Si les premières relèvent d’un art populaire, les secondes sont des estampes rares et raffinées destinées à des cercles restreints et privés d’initiés, tirées en tout petit nombre et réalisées sur un papier de luxe, à l’aide de techniques d’impression précieuses et l’emploi de pigments métalliques comme la poudre d’or. Apparues à la fin du XVIIIe siècle, durant l’ère Edo (1603-1868), leur production se poursuit jusqu’en 1840. Amateur d’estampes, Edmond de Goncourt affirmera que rien ne leur est « similaire dans la gravure d’aucun peuple de la terre ». Cette première publication en langue française consacrée au sujet rend hommage à ce support délicat. Le papier, la qualité des impressions et la finesse du rendu ont été minutieusement étudiés et restitués. Mais aussi belles soient-elles, ces images ne vivent pas toutes seules : elles sont nées pour accompagner des poèmes en prose truffés de références littéraires et de mots d’esprit, ici traduits par Yumiko Takagi, chercheuse attachée à l’Université Daito Bunka de Tokyo. Qualité des images, finesse de l’impression et richesse de l’accompagnement textuel font de ces œuvres – reproduites dans leur format d’origine – de véritables trésors des arts du Japon. Elles invitent à un voyage dans une époque disparue, au temps finalement pas si lointain où découvrir le Japon était encore interdit aux étrangers.

Geneviève Aitken, avec la collaboration de Toshiko Kawakane,
Surimono. Trésors de l’estampe japonaise,
éditions In 
Fine, 2019, 264 pages, 180 ill., 49 €.
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