Pablo Gargallo, versant classique

Le 05 juillet 2018, par Philippe Dufour

Rénovateur de l’art moderne avec ses sculptures en métal découpé, le créateur espagnol cultivait aussi une veine digne des meilleurs artistes de l’Antiquité. La preuve, éblouissante, par ce buste bientôt sous les feux de l’actualité.

Pablo Gargallo (1881-1934), Torse de gitan, buste en terre cuite sur socle en bois laqué noir, signé et daté 1923, h. 68 cm.
Estimation : 25 000/30 000 €

Maggy Rouff, femme de goût s’il en fut, ne s’y était pas trompée : ce Torse de gitan a longtemps orné ses appartements privés. Comme la créatrice de mode, beaucoup d’esthètes de l’entre-deux-guerres ont été séduits par le travail de Pablo Gargallo, installé à Paris dès 1924. Cependant, à l’opposé de ses recherches avant-gardistes sur le métal, l’artiste d’origine espagnole livre ici la vision très classique d’un corps juvénile. Semblable à un buste gréco-romain retrouvé au fond de la mer après des siècles, la sculpture acéphale, sans bras et jambes coupées, semble esquisser une danse antique. À l’origine, Gargallo avait modelé un torse en plâtre, inspiré par un adolescent d’origine gitane. Il le laisse inachevé ; puis, en 1923, il le reprend en terre cuite, en laisse quatre tirages, effectués et retouchés par ses soins  aucun d’entre eux n’étant posthume. Le modèle est répertorié dans le catalogue raisonné du plasticien, établi par sa fille, Pierrette Gargallo-Anguera (éd. de l’Amateur, 1998), sous le numéro 105, page 129. Notre exemplaire serait en toute vraisemblance le n° 2 de ces quatre épreuves existantes, alors situées dans une certaine «collection particulière, Paris». On y découvre aussi que, depuis sa création, la version en terre a eu fréquemment les honneurs de très nombreuses expositions, de Paris à Madrid, en passant par Zurich et Lisbonne. Admiré partout, ce buste a bénéficié encore d’un tirage en bronze, à sept exemplaires plus trois épreuves d’artiste.
Deux veines parallèles pour un seul art
En détaillant cet éphèbe quasi phidiesque  on songe notamment aux métopes du Parthénon , difficile d’imaginer que son auteur ait été également à l’origine d’une sculpture tout à fait différente. Jalon primordial dans l’évolution de l’art moderne au début du XXe siècle, Pablo Gargallo est plus connu du grand public pour avoir imaginé le premier  des sculptures elliptiques en métal découpé, où pleins et vides se répondent, reconstituant des volumes qui s’animent magnifiquement. Dès 1907, avec le Petit masque à la mèche en feuilles de cuivre, il invente un nouveau langage sculptural qu’il développera jusqu’à sa disparition, en 1934, usant d’un minimum de matériau pour une expressivité maximale. Chef-d’œuvre dans cette catégorie, le célèbre Masque de Greta Garbo aux cils, réalisé en fer en 1930 (Metropolitan Museum, New York), semble se résumer à un génial contour. D’autres le suivront dans cette voie, comme Julio González  le père de l’iconique Montserrat  et même son ami Pablo Picasso. Il est donc troublant de constater que, parallèlement à cette expression tout fait révolutionnaire, Gargallo conserve sa fascination pour la technique la plus classique, façonnant en marbre, en terre ou en bronze des pièces aux formes pleines, une veine à laquelle appartient notre Torse. Elle nourrit ainsi des œuvres qui prennent place dans le style monumental des années 1920 et 1930… En témoignent les impressionnants Cavaliers nus juchés sur des chevaux cabrés, commandés à l’artiste pour le stade olympique de Montjuïc, à l’occasion de l’Exposition universelle de Barcelone de 1929. 

vendredi 20 juillet 2018 - 17:00 - Live
Saint-Raphaël - 60, avenue Eugène-Félix - 83530
Var Enchères - Arnaud Yvos
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