Otto Freundlich. La révélation de l’abstraction

Le 17 mars 2020, par Anne Doridou-Heim
Otto Freundlich (1878-1943), Composition, 1919, pastel sur papier, 68 52 cm, musée de Pontoise, donation Freundlich.
© Musée de Pontoise

C’est une trajectoire singulière qui s’installe pour six mois sur la butte Montmartre : celle d’un peintre d’origine allemande, arrivé à Paris en 1908 pour s’y confronter aux avant-gardes, profondément cultivé et humaniste. Otto Freundlich n’est pas le plus connu de ces pionniers qui ont d’abord théorisé l’abstraction, avant de courir à son triomphe. Au sien, l’histoire a préféré les noms de Mondrian, Klee, Kandinsky, Kupka et Malevitch. Il tient pourtant toute sa place dans cette conquête. C’est ce que cette présentation, pionnière elle aussi – voilà plus de cinquante ans qu’aucune exposition ne lui avait été dédiée –, organisée avec le musée de Pontoise dépositaire de son fonds d’atelier, s’attache à démontrer avec intelligence. Le parcours suit un fil rouge chronologique, ou plutôt un œil, dernier signe tracé par Freundlich avant que l’abstraction ne gagne complètement ses œuvres. C’est au Bateau-Lavoir qu’il trouve un premier atelier en 1908, là aussi qu’il rencontre et échange avec Picasso, Braque et Apollinaire, avant de réaliser son premier tableau non figuratif, en 1911. Voilà pour l’ancrage local fondateur. À Chartres, devant les vitraux traversés par la lumière et dans le silence, il apprend la décomposition qui sera la base de toute sa construction artistique. Son évolution formelle est en mouvement, elle ne cessera jamais. En avançant dans ses pas, le visiteur la comprend période après période, signes après signes, évoluant entre lignes, demi-ogives – sa signature picturale – et couleurs vives, le tout fusionnant en une syntaxe unique, dynamique et immédiatement reconnaissable. Autant de pastels et huiles qui éclatent ici sous les simples titres de Composition ou Rosace. Complétée de vitraux, mosaïques, documents graphiques d’époque et de sculptures – monumentale pour Ascension, un bronze installé dans le jardin –, l’exposition délivre un témoignage essentiel pour comprendre le rôle d’un précurseur.

Musée de Montmartre Jardins Renoir,
12, rue Cortot, Paris 
XVIIIe, tél. : 01 49 25 89 39.
Jusqu’au 6 septembre 2020.
www.museedemontmartre.fr