Olivier Aaron

Le 23 janvier 2019, par Carole Blumenfeld
 

Fraîchement diplômé d’une licence d’histoire de l’art et de Sciences-Po Paris, Olivier Aaron fait un premier stage au Metropolitan Museum of Art à New York, en 1971, où il travaille sur la collection Wrightsman sous la direction d’Everett Fahy. Celui-ci, plus jeune directeur de département dans l’histoire du musée, s’entoure d’un groupe de chercheurs qui feront par la suite les beaux jours des musées, de l’université et du marché : James Thompson, George Wanklyn, Elizabeth Llewellyn, Alan Salz ou encore Katherine Baetjer. La conservatrice émérite du Metropolitan Museum tient d’ailleurs à rappeler le rôle essentiel joué par Olivier Aaron au sein de cette communauté, restée extrêmement soudée. Alan Salz, directeur de la galerie Aaron à New York, se souvient que «ses connaissances exceptionnelles, son amour de la musique et son sens de l’humour nous impressionnèrent alors tous beaucoup». Dans la foulée, il est invité à suivre à Londres John Pope-Hennessy au Victoria and Albert Museum pour un deuxième stage. De retour en France, il rejoint, comme son frère Hervé, la galerie de leur père Didier Aaron, et y organise une exposition dédiée à Hubert Robert qui marque les esprits. Puis il se lance dans une grande aventure aux côtés de trois autres «œils», Jérôme Fourrier, Gabriel Terrades et Pascal Zuber : la galerie De Staël, qui sera jusqu’à la disparition de Jérôme Fourrier l’un des hauts lieux du marché de l’art parisien. Pour Pascal Zuber, «une rencontre avec Olivier ne laisse pas indifférent.
 

Fils de Didier Aaron et frère d’Hervé Aaron, qui a présidé le Syndicat national des antiquaires et le Salon du dessin, il était l’une des grandes personnalités du marché parisien. Olivier Aaron est décédé le 25 novembre dernier.


Son caractère un tant soit peu effacé laissait apparaître un esprit raffiné, doublé d’un œil inquisiteur donnant par sa plume une nouvelle approche de l’histoire du dessin du XVIIIe siècle français». Dans son premier ouvrage, Dessins insolites du XVIIIe français publié en 1985, il s’imaginait en vieux gentilhomme collectionneur, «d’une famille ancienne qui avait participé à l’entrevue de Montereau avec Jean sans Peur, duc de Bourgogne», désirant expliquer à son fils ses choix, ses goûts, afin que celui-ci puisse comprendre dans quel esprit il avait formé sa collection de dessins. Le filleul d’Olivier Aaron, Nicolas Manuel, à qui l’ouvrage était dédié, reconnaît d’ailleurs que «dire aujourd’hui que j’ai compris toutes les subtilités de ses collections serait bien trop présomptueux, mais peut-être en effet qu’à force de contempler l’éclectisme de ses goûts, j’en arrive à discerner sa personnalité aussi insolite que les œuvres dont il s’entourait, monnaies anciennes, dessins d’architecture ou souvenirs historiques»… Un autre de ses filleuls, Maximilien Ambroselli, insiste sur son sens de la pédagogie : «Plus qu’un œil d’exception, c’était un homme d’une immense générosité, doté d’un sens inouï du partage.» Justement, à partir du début des années 1990, Olivier Aaron décide de se consacrer au catalogue raisonné de Jean-Baptiste Marie Pierre, qu’il avait découvert au Metropolitan Museum of Art et qu’il chérissait avec passion. Il publie en 1993, dans les Cahiers du dessin français, un volume dédié à ses dessins, puis enfin, en 2009 aux éditions Arthena et avec Nicolas Lesur, Jean-Baptiste Marie Pierre, 1714-1789. Premier peintre du roi. Alexandre Giquello, président de Drouot Patrimoine, a souhaité «rendre l’hommage qu’il mérite à cette grande personnalité de Drouot et du marché de l’art en général, qui aura marqué profondément plusieurs générations, dont la mienne, par sa formidable érudition, sa grande bienveillance et sa sensibilité à fleur de peau».

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