Mitchell/Riopelle, duo à Landerneau

Le 31 janvier 2019, par Valentin Grivet

«Mitchell/Riopelle, un couple dans la démesure», fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, Les Capucins, 71, rue de la Fontaine-Blanche, Landerneau, tél. : 02 29 62 47 78, www.fonds-culturel-leclerc.fr - Jusqu’au 22 avril.

Joan Mitchell (1925-1992), Tilleul, 1978, huile sur toile, 259,7 x 159,5 cm (détail), collection particulière, Paris.
© Estate of Joan Mitchell

Si les confrontations d’artistes sont fréquentes, celle-ci a un double mérite : révéler deux figures de l’expressionnisme abstrait, en pro-posant une relecture de leurs œuvres respectives à la lumière de leur vie de couple tourmentée, courant sur vingt-cinq années. Joan Mitchell (1925-1992) est de Chicago et Jean-Paul Riopelle (1923-2002), de Montréal. Le parcours, qui mêle une soixantaine de leurs œuvres, s’ouvre sur la période précédant leur rencontre à Paris, pendant l’été 1955. En introduction, la mise en regard d’un premier ensemble de peintures sans titre de l’Américaine avec Le Perroquet vert (1949) et le spectaculaire Hommage à Robert le Diabolique du Canadien une toile de 1953 caractéristique des tableaux «mosaïques» produits par le peintre à cette époque montre à quel point, sans se connaître, tous deux semblent déjà guidés par les mêmes préoccupations : la peinture en all over, l’importance du geste, le sens de la couleur. Conçu par l’historien de l’art Michel Martin, spécialiste de l’expression canadienne de la seconde moitié du XXe siècle, l’accrochage est ensuite chronologique, déployé en de larges espaces ouverts, de part et d’autre d’un long couloir où sont réunis éléments biographiques et photographies d’archives. Scandé en grands chapitres («La rencontre et ses effets», «Résonances et dissonances», «Vers la rupture»…), il met en évidence la manière dont tous deux vont vivre leur relation sentimentale et artistique à Paris (entre 1959 et 1967), dans leurs ateliers de Vétheuil et de Saint-Cyr-en-Arthies (de 1968 à 1974) et jusqu’au Canada, où Riopelle retournera s’installer en 1974, laissant Mitchell à sa solitude. Ils ont longtemps vécu ensemble, mais travaillé chacun de leur côté. Si l’on sent, à plusieurs reprises, que le premier tente de se rapprocher du style de la seconde, il n’existe aucune œuvre qui leur soit commune. Riopelle est et restera un expressionniste matiériste, adepte d’une peinture épaisse, travaillée au couteau, à la spatule, parfois jusqu’à l’empâtement. Le geste est maîtrisé, et les compositions savamment construites. Mitchell est davantage dans la légèreté, le mouvement, l’élan, partant souvent d’une forme concentrique. Moins saturés que ceux de son compagnon, ses tableaux jouent davantage avec le blanc de la toile, qui fait vibrer des compositions aux harmonies audacieuses. Conçu par le Musée national des beaux-arts du Québec en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de l’Ontario et le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture , l’accrochage privilégie les très grands formats, en présentant des œuvres rarement vues, du gigantesque Point de rencontre du Canadien commandé en 1963 pour l’aéroport de Toronto à quelques-uns des plus beaux quadriptyques de l’Américaine (Quatuor II for Betsy Jolas, de 1976, marqué par les Nymphéas de Claude Monet). Si cette très belle exposition trouve le bon équilibre entre les œuvres de l’un et de l’autre, et met en lumière de la façon la plus objective le cheminement des deux artistes, la confrontation tourne indubitablement à l’avantage de Joan Mitchell. Jean-Paul Riopelle est certes un peintre honnête, et ses toiles bien qu’inégales ont une certaine puissance. Il leur manque cependant ce qui habite chacune des œuvres de sa compagne : la poésie et la grâce.

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