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Les victoires de Jean de La Fontaine, une histoire de fables…

Le 28 octobre 2021, par Bertrand Galimard Flavigny

Jean de la Fontaine aurait aujourd’hui 400 ans… Et incontestablement, ses fables, universellement connues, ont marqué la littérature française.

Les victoires de Jean de La Fontaine, une histoire de fables…
Jean de La Fontaine (1621-1695), Contes et Nouvelles en vers, Amsterdam, Henri Desbordes, 1685 ; deux tomes en un volume in-12, relié à l’époque en maroquin rouge, orné de filets dorés sur les plats, dos à nerfs ornés de motifs dorés à la grotesque, dentelle intérieure et tranches dorées, titre-frontispice et 58 figures dessinées et gravées à l’eau-forte par Romain de Hooghe. Lundi 12 avril 2021, Drouot-Richelieu, Audap & Associés OVV. M Galantaris.
Adjugé : 8 772 

À l’instar du Petit Père des peuples, qui lança ironiquement : «Le pape, combien de divisions ?» Nous pourrions demander : «La Fontaine, combien de fables ?» La comparaison n’est pas innocente, Jean de La Fontaine, dont nous commémorons le 400e anniversaire de la naissance, a remporté plus de victoires sur la morale avec 243 (ou 248) fables et quelque 50 contes qu’avec des combattants armés d’idéologies. Ce poète-philosophe nourri de Platon et de Montaigne fut, et est encore, le peintre sans complaisance de la société. Son anniversaire conforte certes sa renommée et son succès, mais devrait le sortir du folklore enfantin dans lequel le temps l’a plongé. Ne devrions-nous pas, abandonner dans les écoles, le renard, la cigogne, le corbeau et la cigale, au profit du lion, du rat et de la grenouille ? Mieux encore, ne pourrions-nous pas lire chaque matin une fable et la méditer en écoutant les bulletins d’informations ? On a dit que Louis XIV, et Colbert encore moins, n’aimaient pas La Fontaine, car il était au service de l’intendant Fouquet. Il convient de se souvenir que les auteurs se devaient d’être protégés afin de pouvoir subsister. La Fontaine ne pouvait – il ne le fut pas – être accusé de complicité dans l’affaire Fouquet, davantage politique que financière. La bigoterie envahissante du Roi-Soleil à l’issue de son mariage avec Mme de Maintenon en est davantage la cause. Ce mariage eut lieu en 1683, alors que La Fontaine avait déjà publié trois livres de fables et achevé les quatre recueils de contes.
Inspiré de Boccace

C’est par ces derniers qu’il débuta après quelques comédies, odes et éloges, avec notamment Les Amours de Psiché et de Cupidon. [Suivi de :] Adonis. Poème (Paris, Claude Barbin, 1669, in-8°). Ce texte inspiré d’Apulée, rédigé à la fois en vers et en prose, dans lequel l’auteur mêle la galanterie et la plaisanterie, a quelque peu surpris le monde littéraire lors de sa sortie. Un exemplaire d’une édition originale, reliée à l’époque en maroquin rouge, orné, a été vendu 3 539 €, à Drouot, le 16 décembre 2020 par l’OVV Pierre Bergé & associés, assistée par la librairie Clavreuil lors de la dispersion de la bibliothèque de Pierre Bergé. Le privilège de cette édition fut accordé le 2 mai 1668 à Claude Barbin, qui le céda pour moitié à Denis Thierry. Les exemplaires comportent ainsi indifféremment l’adresse de l’un ou de l’autre libraire. Trois ans avant le premier livre de fables parut le premier des quatre recueils des Contes et Nouvelles en vers qui se succédèrent en 1665 et 1666. Les critiques littéraires précisent que leurs canevas licencieux sont tirés notamment de Boccace et des Cent nouvelles nouvelles. Il est apparemment malaisé de réunir les quatre recueils en édition originale. Tout aussi rare mais pas impossible est celle de la première édition collective (Amsterdam, Henri Desbordes, 1685 ; 2 tomes en un volume in-12). L’ouvrage est orné d’un titre-frontispice et de 58 figures dessinée et gravées à l’eau-forte par Romain de Hooghe. Un exemplaire relié à l’époque en maroquin rouge, provenant des bibliothèques du marquis de Ganay, de lord Gosford, d’Édouard Rahir et de sir Robert Abdy, a été vendu 8 772 € à Drouot, le 12 avril 2021, par l’OVV Audap & Associés assistée par Christian Galantaris. De cet ouvrage, les bibliophiles apprécient l’édition dite «des fermiers-généraux» (Amsterdam [Paris, David jeune], 1762. 2 volumes in-8°, ornée d’un portrait gravé d’après Rigault, de 39 planches gravées pour le volume I ; d’un portrait gravé d’après Vispré, et de 41 planches gravées pour le volume II). Un exemplaire relié à l’époque en maroquin vert pomme, les plats ornés d’une large dentelle, a été adjugé 22 748 €, à Drouot, le 16 décembre 2020, lors de la dispersion de la bibliothèque de Pierre Bergé.
Fidèle à Ésope
Les rééditions des Contes et Nouvelles sont moins nombreuses que celles des Fables, innombrables. La composition de ces dernières nous est mal connue, mais elles marquent une date capitale dans l’histoire du genre. «Dès l’Antiquité, l’apologue était passé de la prose grecque au vers latin […], il appartient à La Fontaine de l’avoir annexé véritablement à la poésie», notent les manuels. Dans ces textes, le fabuliste se montre fidèle à l’esprit de ses modèles, Ésope et Phèdre, qu’il se contente d’égayer par des traits nouveaux ou familiers. La première édition des Fables choisies mises en vers (Paris, Denys Thierry, 1668, in-4°) est illustrée de 118 vignettes gravées sur cuivre, signées François Chauveau, et de bandeaux, lettrines et culs-de-lampe gravés sur bois. Elle est dédiée au [Grand] Dauphin – dont les armes ornent la page de titre – et contient, outre l’épître dédicatoire, la préface et la Vie d’Ésope le Phrygien ainsi qu’un épilogue. Le dernier exemplaire de cette édition originale que nous avons croisé, dans une reliure d’époque en veau granité, dos orné, tranches mouchetées de rouge, a été adjugé 72 390 € le 14 octobre 2019, à Drouot, par l’OVV Binoche et Giquello. La même maison de ventes avait dispersé un exemplaire de la première édition collective, la seule imprimée et corrigée sous la direction de l’auteur. Celle-ci, Fables choisies, mises en vers, parut en 1668-1694 (Denys Thierry, 1668, volume 1 ; Barbin, 1668, volume 2 ; Thierry et Barbin, 1678, volumes 3 et 4 ; Barbin, 1694, volume 5, in-12), reliée par Lortic en maroquin fauve, dans le goût du XVII
e siècle, a obtenu 16 000 €. Elle provient de la bibliothèque Édouard Moura avec son ex-libris.

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