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Les sculpteurs du travail

Publié le , par Christophe Averty

Modernité et progrès obligent, le thème du travail s’invite dans la statuaire de la IIIe République. Paysans, forgerons, mineurs, ouvriers deviennent, entre 1880 et 1920, les icônes héroïques de l’effort et du mérite, délaissant les élans grandiloquents du second Empire. Ainsi, partant des représentations allégoriques de...

Alfred Boucher (1850-1934), À la Terre, vers 1890, marbre, 68,9 x 59 x 36 cm. © Musée... Les sculpteurs du travail
Alfred Boucher (1850-1934), À la Terre, vers 1890, marbre, 68,9 59 36 cm.
© Musée Camille-Claudel, Nogent-sur-Seine/photo : Yves Bourel 

Modernité et progrès obligent, le thème du travail s’invite dans la statuaire de la IIIe République. Paysans, forgerons, mineurs, ouvriers deviennent, entre 1880 et 1920, les icônes héroïques de l’effort et du mérite, délaissant les élans grandiloquents du second Empire. Ainsi, partant des représentations allégoriques de Jean-Baptiste Carpeaux (L’Agriculture) ou d’Auguste Bartholdi (Les grands soutiens du Monde), le parcours de l’exposition glisse progressivement dans les visions réalistes de Jules Dalou (Semeur sur piédestal), de Constantin Meunier (Le Marteleur) et de leurs nombreux émules souvent tombés dans l’oubli. Érigées sur des socles de bois clair évoquant l’atelier des artistes, les figures, dont on regrettera de ne pouvoir parfois faire le tour, rivalisent de vérisme. L’heure est à l’expression de la « vraie » vie, au naturalisme de corps en action, autant de prétextes à une virtuosité affichée au cœur des places publiques, où l’humble a détrôné le roi. Désormais, les commandes officielles – des expositions universelles aux mairies – entendent louer la vertu du travail telle une nouvelle devise à hisser à leurs frontons. Révélant les paradoxes d’un art qui à la fois glorifie le labeur et en souligne les piètres conditions, cette présentation de 150 sculptures, souvent plus narratives que figuratives, offre un regard critique sur une société en quête de symboles nouveaux, et sur les dérives pharaoniques des maîtres de l’époque (telles les esquisses d’Auguste Rodin pour une improbable Tour du travail). À l’inverse, face à l’exercice imposé par la commande publique, certains, tels Victor Prouvé (Le Forgeron) ou Paul Roger-Bloche (La Faim), libèrent leur ton et leur style et s’affranchissent des contraintes. Dès lors, Le Grisou, de Constantin Meunier, qui figure une femme retrouvant son fils parmi les morts, semble épouser l’âpreté de Zola et l’emphase de Verdi. Née de la révolution industrielle, cette vision romantique et sociale du travail, en serait-elle, finalement, la négation ?

Musée Camille-Claudel,
10, rue Gustave-Flaubert, Nogent-sur-Seine (10), tél. 
: 03 25 25 51 70
Jusqu’au 12 septembre 2021.
www.museecamilleclaudel.fr
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