Les chaises du château d’Abondant rejoignent le Louvre

Le 23 janvier 2019, par Carole Blumenfeld

Belle prise pour la Société des Amis du Louvre. L’acquisition auprès de la galerie Steinitz de six chaises de Michel Cresson permet de compléter l’un des plus importants ensembles décoratifs du milieu du XVIIIe siècle.

Michel Cresson (maître en 1740), suite de six chaises, provenant du grand salon du château d’Abondant, bois mouluré, sculpté et peint, estampille au revers de l’assise de chaque chaise.
© STEINITZ


Il y a des acquisitions qui s’inscrivent naturellement dans l’histoire des collections. Celle-ci en est un exemple éloquent. Le décor du grand salon du château d’Abondant, dans l’Eure-et-Loir, réalisé entre 1747 et 1750, pour Louis II du Bouchet de Sourches, est entré au Louvre en 1789, composé des boiseries réalisées par François-Simon Houlié, de la cheminée en marbre de Sarrancolin sculptée par Louis Trouard, des dessus-de-porte peints par Jacques de Sève ainsi que du lustre en cristal, de quatre consoles, deux canapés, deux bergères et deux fauteuils à la reine.
Séjour de l’aristocratie
Bruno Pons y consacre une quinzaine de pages dans Les Grands Décors français, et débute son analyse par quelques phrases qui ont sans doute joué pour beaucoup dans cette nouvelle acquisition : «Le grand salon du château d’Abondant ne peut rivaliser avec le salon de l’hôtel Bernard. Il ne provient pas d’un hôtel parisien, ni du château d’un financier comme La Norville ou d’une maison de plaisance. Abondant est avant tout le séjour de l’aristocratie dans ses terres, au milieu de ses bois, un domaine giboyeux éloigné de la cour, parfois terre d’exil, mais non sans compagnie. Le salon est plus simple, mais ses qualités insignes ne sont pas là. Après avoir été démonté et remonté trois fois, le grand salon a conservé une partie de son mobilier d’origine. En cela il est unique.» Autre argument souligné par le spécialiste : le «plaisir rare de pouvoir confronter directement» un inventaire ancien, dressé en 1751, «au rassemblement des objets, à l’ensemble…»
Valeur historique
La suite de six chaises présentée lors de la dernière Biennale Paris par Benjamin Steinitz  qui a d’ailleurs participé à l’effort consenti par la Société des amis du Louvre , apparaît dans l’inventaire de 1751 bien sûr, mais aussi dans celui de 1783, ainsi que sur plusieurs photographies anciennes du décor, remonté à Paris par les descendants du marquis de Sourches. Or, c’est précisément grâce à ces chaises portant l’estampille de Michel Cresson, et connues des spécialistes, que le mobilier entré au Louvre en 1989 a été attribué à l’ébéniste Au-delà de la communauté scientifique, qui devrait se réjouir de cette acquisition, cette bonne nouvelle devrait aussi ravir le public. Le Louvre présente en effet une véritable «period room», et les chaises permettront, un peu plus encore, de se projeter dans l’existence qui s’écoulait paisiblement à Abondant  dont les protagonistes furent mis en scène par Drouais dans le tableau monumental conservé au château de Versailles, le Portrait du marquis de Sourches et sa famille. La belle-fille du marquis, la marquise de Tourzel, fut donc la dernière gouvernante des enfants royaux, qu’elle accompagna à Varennes et finalement à la prison du Temple. Comme le suggère Bruno Pons, Abondant fut donc indirectement lié au mémorial de la monarchie défunte, ce qui contribua certainement à conserver le salon.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne