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Les «Barbus Müller» d’Antoine Rabany, un pied de nez à l’histoire de l’art

Publié le , par Sophie Reyssat
Vente le 14 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - Salle 4 - Hôtel Drouot - 75009

Un cultivateur auvergnat, Antoine Rabany, a sculpté ces têtes primitives qui ont défrayé la chronique pendant une centaine d’années. Cet exemplaire est le dernier en date répertorié par le spécialiste Bruno Montpied.

Antoine Rabany dit le Zouave (1844-1919), sculpture dite «Barbu-Müller» représentant... Les «Barbus Müller» d’Antoine Rabany, un pied de nez à l’histoire de l’art
Antoine Rabany dit le Zouave (1844-1919), sculpture dite «Barbu-Müller» représentant une tête d’homme moustachu aux yeux exorbités, roche volcanique, Auvergne, Puy-de-Dôme, Chambon-sur-Lac, fin XIXe-début XXe siècle, 33 21,5 17 cm. Estimation : 30 000/40 000 €

Objets archéologiques, de culture celte et de provenance vendéenne, mais où certains voient une étrange parenté stylistique avec les effigies de l’île de Pâques… Le corpus de pierre auquel appartient ce visage au regard hypnotique a été une énigme pendant près de cent dix ans. La première mention de telles œuvres chez des marchands d’art remonterait en effet à 1908. Chacune de leurs apparitions interroge, poussant l’archéologue Albert Lejay à les photographier et à en acheter une en 1912, et suscitant le désir chez plusieurs collectionneurs dans les années 1930, parmi lesquels Joseph Müller, Henri-Pierre Roché et Charles Ratton. Amateur d’art populaire de toutes origines, de la Bretagne au pays dogon, François Anicet Canavy est quant à lui entré en possession de cette tête moustachue. Décorateur pour Van Cleef & Arpels, également dessinateur et peintre à ses heures, il a été encouragé dans cette voie par Jean Dubuffet, auquel il avait montré quelques œuvres. On doit à celui-ci l’apellation des visages anonymes : les «Barbus Müller», en référence au collectionneur précité, grand amateur d’arts premiers et fondateur du musée Barbier-Mueller de Genève, qui rassemble onze de ces portraits de pierre. Rarement barbues en vérité, mais ayant toutes des formes rondes et des traits marqués, ces curiosités sont retenues par Dubuffet pour sa propre collection dès 1945 et photographiées pour une publication en 1947, conjointement à une exposition au «Foyer de l’art brut», place Vendôme. Désormais célèbres, ces totems n’en restent pas moins mystérieux, les deux guerres mondiales ayant contribué à effacer le peu d’indices les concernant. Une photographie ressurgie en 2017 va changer la donne. Montrant le site d’origine des sculptures, elle est acquise par un spécialiste de l’art brut, Bruno Montpied, et permet ainsi d’en retracer l’histoire, relatée trois ans plus tard dans une exposition au musée genevois : Antoine Rabany en est le véritable père. Cet Auvergnat de Chambon-sur-Lac, devenu cultivateur après s’être retiré de la vie militaire – d’où le surnom de Zouave –, les a taillées en autodidacte. Croyant qu’il réalisait des faux, l’archéologue Léon Coutil l’avait rencontré en 1908. Il écrit à son sujet : «Il se donne beaucoup de mal pour les exécuter, ignorant absolument le modelage et la technique du travail sur pierre dure». L’hiver, il façonnait ainsi trois à quatre exemplaires, qu’il vendait entre 5 et 10 francs or. Bruno Montpied en a répertorié quarante-six, celui-ci apparaissant sur deux clichés stéréoscopiques sur verre du jardin de l’artiste.
 

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