Les « oxymores » énigmatiques d’Enki Bilal

Le 04 juin 2020, par Philippe Dufour

Ce profil masculin d’Enki Bilal évoque toute la complexité de son univers de science-fiction. Il surgit au milieu des dessins et écrits d’autres ténors de l’art moderne ou contemporain, à l’occasion d’une prochaine vente Aristophil.

Enki Bilal (né en 1951), Oxymore Skin 1, acrylique de couleur et pastel gras sur toile, signé et daté « 2012 » en bas à droite, resigné, titré et redaté au dos, 95 75 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Oxymore : figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoires. » C’est ainsi que le dictionnaire Larousse définit ce terme, qui peut intriguer à la lecture du titre choisi par Enki Bilal pour définir sa toile. Justement, Oxymore Skin 1, donne à voir un visage humain à la coloration partiellement bleue, une beauté statuesque mais comme altérée par des plaies vives… L’alliance n’est pas si surprenante chez lui, puisque récurrente dans l’œuvre entière du célèbre auteur, dessinateur de bandes dessinées, également peintre et cinéaste. Le métissage, l’hybridation, voire la transformation semblent être les maîtres mots de son travail ; et ce, depuis les images en 1986 de La Femme piège (où intervient le dieu Anubis à tête de faucon), jusqu’à son album Animal’z de 2009, peuplé lui aussi d’êtres mi-humains, mi-animaux, ou encore robotisés. Quant à notre toile – l’une des vedettes du prochain opus Aristophil –, elle appartient à une série peinte en 2012, comportant quinze tableaux à l’acrylique avec des ajouts de pastels gras sur de grands formats. Les figures de cet ensemble, baptisé Oxymore donc, rappellent le concept antinomique du « chessboxing », forgé par l’artiste et où s’affrontent à la fois champions d’échecs et de boxe… La même année, ces pièces devaient faire l’objet d’une exposition itinérante de Pékin à New York, en passant par Berlin. Dernière étape après cette tournée triomphale : la vacation organisée par Artcurial à Paris le 29 octobre, restée dans les annales pour des scores totalisant 1 450 061 €, ce qui consolidait avec éclat la place désormais acquise par Enki Bilal sur le marché de l’art. Auparavant, trois ventes l’avaient fait apprécier des collectionneurs, à commencer par la première, menée par la même maison le 24 mars 2007, et déjà couronnée de succès. C’est en 1994 qu’Enki Bilal franchit la frontière, séparant l’univers de la bande dessinée de celui de l’art contemporain. Le galeriste parisien Christian Desbois lui propose alors de l’exposer dans ses murs, et le dessinateur se lance à corps perdu dans ce projet, d’où naîtront onze toiles et des dessins sur calque rehaussés. Ces œuvres donneront ensuite le jour à un ouvrage intitulé Bleu sang, vendu à plus de 50 000 exemplaires. Depuis, Enki Bilal n’aura jamais cessé d’élaborer une œuvre forte, franchissant en 2015 une nouvelle étape avec sa participation à la Biennale d’art contemporain de Venise. À la Fondazione Giorgio Cini, le plasticien avait imaginé Inbox, une installation mystérieuse où des toiles apparaissent par intermittence dans une boîte noire…

mardi 16 juin 2020 - 14:00 - Live
Salle 3 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Drouot Estimations , Les Collections Aristophil
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