Le Voyage à Nantes

Le 01 septembre 2020, par Christophe Averty
Vincent Olinet (né en 1981), Pas encore mon histoire, bassin Saint-Félix, Le voyage à Nantes 2020.
© Martin Argyroglo / LVAN, Adagp

Regarder et sentir la ville est une découverte constante. Depuis neuf ans, le «Voyage à Nantes» ne cesse d’étendre son réseau de lignes vertes tracées au sol, indiquant la présence d’œuvres d’art contemporaines, éphémères ou pérennes. Cette année, le parcours présente vingt-deux nouvelles installations monumentales. Autant d’événements dans la cité et ses proches faubourgs que de regards portés sur elle par les artistes. «La créativité est le sel de la ville, lance Jean Blaise, son directeur. C’est une piste cyclable temporaire conçue par un designer. C’est la conception d’une avenue confiée à un chorégraphe plasticien, une première en France !» Ainsi, bien qu’aucune thématique ne soit imposée aux plasticiens, leurs fulgurances s’immiscent dans les plis de la cité. Monumental et puissant, le Rideau, de Stéphane Thidet – qui a mis en eau la Conciergerie à Paris –, transforme la façade de l’Opéra en cascade, tel un théâtre hors ses murs (place Graslin). Entre espièglerie et contemplation, l’acidulé lit à baldaquin de Vincent Olinet, flottant sur le bassin du canal Saint-Félix (provisoirement retiré à l’heure où nous bouclons ces pages), emprunte à l’onirisme baroque de Jacques Demy, évoquant une évanescente Peau d’Âne au fleuve dormant. Plus loin, quai des Antilles, deux bottes géantes pour pied droit, signées Lilian Bourgeat, distillent une perception hypertrophiée du quotidien et un rapport ambigu à la nature, sur une terre de tenues maraîchères. Dans un dialogue inattendu, Idir, au déhanchement ostensible, tourné par Carole Douillard et Babette Mangolte dans des lieux emblématiques d’Alger (projeté dans la chapelle de l’Oratoire), et Étoiles du matin de Vincent Mauger, décomposant armes et armures (parvis du musée d’Arts), évoquent l’identité, les contraintes morales et le poids de l’histoire sur les mœurs. Ainsi, au-delà de son foisonnement événementiel, le Voyage à Nantes tient d’un laboratoire pour repenser la ville et valoriser son patrimoine par une création tant humaniste qu’ergonomique. Un regard méditatif et actif sur les enjeux de l’urbanité.
 

Nantes (44), tél. : 08 92 46 40 44
Jusqu’au 27 septembre 2020.
www.levoyageanantes.fr
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