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Le Salon du dessin fête ses 30 printemps à Paris

Publié le , par Alexandre Crochet

Référence internationale incontournable, le Salon du dessin revient au complet place de la Bourse à Paris, formant un alléchant mille feuilles pour tous les goûts.

Le Salon du dessin fête ses 30 printemps à Paris
Luca Cambiaso (1527-1585), Deux figures animées en mouvement, plume, encre brune, lavis brun, traces de pierre noire, 12,5 10,2 cm. Brady & Co.
Courtesy M. Brady & Co., New York

C’est une chouette de Minerve, symbole de la connaissance et de l’érudition, qui orne cette année le catalogue et l’affiche du Salon du dessin, qui fait son grand retour au complet au palais Brongniart. Cette œuvre de Nicolas Robert (1614-1685) fut l’un des coups de cœur de Pierre Rosenberg, l’ancien président du Louvre qui a donné sa collection au profit du futur musée du Grand Siècle de Saint-Cloud, projet soutenu par Patrick Devedjian, alors patron des Hauts-de-Seine et trop tôt disparu du Covid. Si l’oiseau de nuit ne fait pas partie de la donation, un florilège en est dévoilé dans le cadre du salon, qui témoigne d’une intense passion pour les belles feuilles connues ou méconnues du XVIIe siècle, mais aussi jusqu’au XXe. Attribut d’Athéna, l’animal aux grands yeux ronds pourrait aussi être celui de l’éminent conservateur apôtre de Poussin. « Pour collectionner, il faut au moins l’une de ces trois choses : de l’argent, du temps et des connaissances. Peu de gens disposent des trois ! », confie-t-il. Si les connaissances, voire l’érudition, caractérisent une partie notable des visiteurs du Salon du dessin, conservateurs et spécialistes en tête, la manifestation attire par la variété des époques, des sujets, mais aussi des prix, un public plus vaste, mû par la curiosité et le goût. Une fois n’est pas coutume, elle ne se tient pas en mars à quelques jours de la Tefaf Maastricht, collectionneurs et conservateurs couplant souvent les deux, mais en mai, l’édition 2022 de la Tefaf se déroulant exceptionnellement fin juin. « Seize marchands participent aux deux, mais surtout avec des tableaux à Maastricht », explique Louis de Bayser, président du salon parisien. Les exposants de cette édition sont sur le pied de guerre dans l’attente des Américains. « Ce ne sont pas les visiteurs les plus nombreux mais les plus importants, souligne Louis de Bayser. Beaucoup de représentants, notamment du Getty à Los Angeles, du MET de New York ou du musée de Boston, ont annoncé leur venue. Certaines institutions n’ont rien acheté depuis deux ans ! » Gage de son aura, l'événement accueille aussi la remise du prestigieux prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel & Florence Guerlain, avec une présentation des nommés – Olga Chernysheva, Chloe Piene et Gert & Uwe Tobias.
 

Edgar Degas (1834-1917), Mademoiselle Salle, 1886, pastel sur papier, 50,9 x 51 cm. Helène Bailly. Courtesy galerie Helène Bailly
Edgar Degas (1834-1917), Mademoiselle Salle, 1886, pastel sur papier, 50,9 51 cm. Helène Bailly.
Courtesy galerie Helène Bailly

Une semaine incontournable
Si Paris joue un rôle majeur pour attirer les conservateurs et collectionneurs étrangers, le Salon du dessin, qui célèbre sa 30e édition, a su devenir un rendez-vous incontournable et sans équivalent dans le monde. Il est le cœur d’une semaine dédiée aux arts graphiques fédérant de nombreuses institutions, mais aussi les maisons de ventes avec en point d’orgue la dispersion à Paris, et non pas à New York, d’un dessin de Michel-Ange chez Christie’s le 18 mai. Si le nombre d’exposants, trente-neuf, reste immuable, le salon en accueille cette année cinq nouveaux, dont trois italiens. Il s’agit des galeries Enrico Frascione, axée sur les œuvres anciennes et modernes, de Romano Fine Arts, de Florence elle aussi et qui prise notamment le XIX e, enfin d’Apolloni Laocoon, basée à Rome et à Londres et spécialiste du néoclassicisme. À cela s’ajoutent le marchand en ligne Ambroise Duchemin, fils du galeriste parisien Hubert Duchemin – qui apporte notamment un dessin de Spilliaert illustrant une scène de La Princesse Maleine de Maurice Maeterlinck, mais aussi Kupka avec un Bord de mer à Trégastel inattendu, Bourdelle ou Ingres –, et le duo féminin de Louis & Sack, centré sur l’art japonais d’après-guerre.
 

Nicolas Robert (1614-1685), Ibis rouge - Eudocimus ruber, aquarelle et gouache sur vélin, bordure or, 30,5 x 21,2 cm (détail). De Bayser.
Nicolas Robert (1614-1685), Ibis rouge - Eudocimus ruber, aquarelle et gouache sur vélin, bordure or, 30,5 21,2 cm (détail). De Bayser.
Courtesy galerie de Bayser

Les dessin anciens toujours vaillants
Si ces dernières années les feuilles modernes, voire contemporaines, ont gagné du terrain avec la raréfaction des dessins anciens — souvent entrés dans des collections ou des musées et dont les prix ont grimpé —, ces derniers restent très présents au salon. « Je dirais qu'un peu moins de la moitié des œuvres présentées sur les stands relèvent du moderne et du contemporain », estime Louis de Bayser. Le dessin ancien n’a pas dit son dernier mot. Parmi les pépites de cette édition figure une Étude d’un jeune homme vêtu d’un drapé, superbe œuvre de la Renaissance de Luca Signorelli, artiste soutenu par les Médicis. Proposée par Jean-Luc Baroni & Marty de Cambiaire, elle provient de l’ancienne collection Vita-Antaldi, notamment riche en dessins de Raphaël, et son prix tourne autour du million d’euros. Dans un tout autre genre, il faudra débourser plus ou moins la même somme pour trois études de têtes au pastel par Degas, chez Hélène Bailly. Celle-ci présentera aussi une sélection de feuilles du XXe siècle, comprenant les signatures d’Alexander Calder, de Bernard Buffet, Max Ernst ou encore Tom Wesselmann. Pour sa part, Michel Descours mise sur le Flower Power avec une quinzaine d’œuvres du Lyonnais Antoine Berjon (1754-1843), grand spécialiste des natures mortes dont le travail est au Louvre. Antoine Laurentin nous plonge dans les luxuriants philodendrons de Sam Szafran avec un portrait de sa femme Lilette en 2005. Stéphane Ongpin exposera un paysage de Cézanne représentant son motif le plus célèbre, la montagne Sainte-Victoire. Mais en ancien, l’une des créations les plus singulières de ce cru 2022 sera sans nul doute les Deux figures animées en mouvement de Luca Cambiaso, maître de l’école génoise du XVIe siècle, apportée de New York par la galerie W.M. Brady & Co : deux personnages – en train de danser ? – dont l’artiste essaie de restituer le mouvement, et dont il a curieusement remplacé les têtes par des cubes… Datant du XVIIe siècle, un superbe ibis rouge de Nicolas Robert à l’aquarelle ravira les amateurs chez de Bayser. Réputé notamment pour savoir dénicher des œuvres fort singulières, Talabardon & Gautier accrochera entre autres une scène d’Ulysse aux enfers de 1785 par le Suisse Johann Heinrich Lips, montrant le héros à son avantage. Sans compter bien évidemment toutes les œuvres gardées secrètes jusqu’à la dernière minute par les exposants ! Enfin, le Salon du dessin trace de nouvelles perspectives cette année en consacrant ses Rencontres, les 18 et 19 mai, à l’art des jardins et à la botanique. Une exposition sera en outre consacrée aux dessins d’Achille Duchêne, grand concepteur au XXe siècle de jardins privés inspirés de la tradition française, avec des œuvres prêtées par le musée des Arts décoratifs. Une visite guidée du parc de Bagatelle est aussi prévue… Une autre façon, aurait dit Voltaire, d’aller cultiver son jardin.
 

Luca Signorelli (1441-1523), Étude d’un jeune homme vêtu d’un drapé, vu de dos ; étude subsidiaire d’une jeune femme endormie, le visage a
Luca Signorelli (1441-1523), Étude d’un jeune homme vêtu d’un drapé, vu de dos ; étude subsidiaire d’une jeune femme endormie, le visage appuyé sur sa main, craie noire et blanche, 38 21,5 cm. Jean-Luc Baroni & Marty de Cambiaire.
Courtesy Jean-Luc Baroni & Marty de Cambiaire
La collection de Pierre Rosenberg à l’honneur au Salon du dessin
En 2020, Pierre Rosenberg a consenti une donation de sa colossale collection au futur musée du Grand Siècle qui prendra place à Saint-Cloud dans d’anciennes casernes, et dont elle sera le joyau. Invitée d’honneur du Salon du dessin, l’institution dévoile une quarantaine de feuilles sur les trois mille cinq cents réunies par le président-directeur honoraire du Louvre. Aux côtés de grandes signatures du XVIIe siècle qu’il chérit – Le Brun et surtout Simon Vouet ou son élève Michel Dorigny pour l’art français, mais aussi le Guerchin – figurent des incursions dans le XIXe siècle, avec notamment Ingres, ou les prémices du siècle suivant incarnées entre autres par le Suédois Gunnar Hallström. Une ampleur qui en dit long sur l’insatiable appétit de ce familier de Drouot à l’éternelle écharpe rouge. « Il existe la race des collectionneurs sélectifs, comme Louis-Antoine Prat pour les dessins français, et celle des boulimiques dont je suis, qui achètent trop et trop vite », confie-t-il avec modestie. « J’ai commencé très tôt, à une époque où les prix des dessins n’étaient pas forts comme aujourd’hui, ce qui m’a permis de mener à bien une collection. J’ai énormément acheté à Drouot, mais aussi aux Puces, où j’allais le samedi matin », poursuit-il. Pour le XVIIe siècle, la collection s’est développée selon deux axes, « trouver de beaux dessins de grands noms et d’autre part, avec une démarche d’historien de l’art, rechercher des artistes méconnus pour reconstituer leur œuvre graphique ». Pour le XIXe et le XXe, il s’est «plus laissé entraîner vers des artistes qui [lui] plaisaient, avec une attitude de collectionneur, en quête de ceux qui malgré leur talent étaient peu ou pas représentés dans les musées français : des Allemands, des Italiens, des Scandinaves qui aujourd’hui commencent à être à la mode, dont Johan Tobias Sergel ou Fortunato Duranti, et qui sont désormais au musée du Grand Siècle ». « Il n’est pas trop tard pour débuter une collection sans se ruiner. Il reste des périodes négligées, à l’instar des petits maîtres de l’entre-deux-guerres », conclut ce fou de Poussin, dont il achève les quatre tomes du catalogue raisonné des peintures, après celui des dessins.
Nicolas Robert (1614-1685), Chouette effraie, aquarelle sur vélin, 39,5 x 30 cm. Collection M. et Mme Pierre Rosenberg. © Photo : Suzanne
Nicolas Robert (1614-1685), Chouette effraie, aquarelle sur vélin, 39,5 x 30 cm. Collection M. et Mme Pierre Rosenberg.
© Photo : Suzanne Nagy

à savoir
Salon du dessin
Du 18 au 23 mai 2022,
palais Brongniart, place de la Bourse, Paris IIe
www.salondudessin.com
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