Le sacre de Toutankhamon

Le 16 avril 2019, par Philippe Dufour

«Toutankhamon, le trésor du pharaon», Grande Halle de la Villette, 211, av. Jean-Jaurès, Paris XIXe, tél. : 0 892 390 100, www.expo-toutankhamon.fr Jusqu’au 15 septembre 2019.

Statue de «Ka» à l’effigie du roi montant la garde, XVIIIe dynastie, règne de Toutankhamon, 1336-1326 av. J.-C., bois, gesso, résine noire, feuille d’or, bronze, calcite blanche et obsidienne, 190 56 cm, Grand Musée égyptien.
© Vincent Nageotte

Difficile d’échapper au regard hypnotique de Toutankhamon, à ses yeux soulignés de khôl fixant les passants sur les murs du métro parisien et des kiosques à journaux… Quinze jours après son ouverture, l’exposition consacrée au jeune pharaon fait le plein : 350 000 billets seraient déjà vendus. Va-t-on battre le record enregistré en 1967 par la manifestation parisienne, «Toutankhamon et son temps», soit 1,2 million d’entrées ? Certes, le fameux masque en or, qui avait alors aimanté les foules, n’a pas pu, cette fois, faire le voyage. Et sur les cinq mille pièces retrouvées dans la tombe la plus célèbre de l’Antiquité, on n’en verra qu’une petite partie, soit 150 chefs-d’œuvre, qui ne devraient guère bouger après leur retour en Égypte en 2024. À cette date, ils rejoindront définitivement le Grand Musée égyptien de Gizeh  dont l’ouverture est prévue en 2020 , avec toutes les collections transférées depuis le vénérable musée de la place el-Tahrir, au Caire. Une bonne raison de céder à nouveau à une «toutankhamon-mania», née dans les années 1960, d’autant qu’une part  minime  des recettes est destinée au financement du nouveau musée. C’est l’une des clauses passées entre le ministère des Antiquités égyptiennes et le groupe de marketing événementiel américain IMG, qui présentent conjointement l’exposition, dans le cadre d’une «tournée» mondiale de dix métropoles, étalée sur cinq ans. À Paris, le musée du Louvre a apporté sa caution scientifique, notamment en prêtant Le dieu Amon protégeant Toutankhamon, l’une des rares statues officielles du souverain ayant survécu aux destructions de ses images, après sa mort. Ce montage inhabituel expliquera, sans doute, des tarifs élevés, et une scénographie théâtrale aux effets visuels et sonores appuyés. Son parti pris immersif n’en demeure pas moins intéressant : entraîner le visiteur dans le périple que le Ba, ou l’âme, de Toutankhamon va effectuer vers la vie éternelle. Dans les salles plongées dans une pénombre sépulcrale, seules sont éclairées les vitrines où resplendissent les objets choisis pour accompagner le pharaon de 17 ans dans l’au-delà. Et d’abord les accessoires qui l’entouraient au cours de sa brève existence terrestre, à l’image de ce siège d’enfant, en ébène et ivoire, des arcs munis de leurs flèches, des lourds colliers en or qui le paraient, incrustés de scarabées en lapis-lazuli ; ou de ces gants en lin brodé de soie, dont l’un n’a pas été déplié depuis bientôt 3 550 ans. Le voyage souterrain comportait des dangers détaillés dans Le Livre des morts, en particulier le passage de douze portes, étapes qui divisent ici de manière symbolique les espaces. Des accessoires funéraires au pouvoir magique étaient donc déposés dans sa tombe pour le protéger, telle l’impressionnante statue du Ka, gardien noir et or, et les statuettes le représentant juché sur une panthère ou sur une barque solaire. Quant à la survie de son âme, c’est un ensemble d’objets précieux qui l’assurait, liés à la préservation de son corps. Ils entourent ici les doigtiers, les sandales et les bandelettes d’or, trouvées sur la momie. L’un d’entre eux, le vase «canope» en forme de sarcophage  et destiné à abriter les viscères embaumés , présente le visage idéalisé du pharaon adolescent, qui a gagné son pari : revivre sous nos yeux, malgré ceux qui avaient cherché à effacer jusqu’à son nom.
 

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