Le psautier d’Urfé, un manuscrit enluminé de bibliophile

Le 20 mai 2021, par Sophie Reyssat

Réalisé sous François Ier, ce manuscrit humaniste se pare d’enluminures remarquablement préservées, illustrant la vie de David. Une rareté.

Paris, vers 1520-1530. Psautier férial en français, manuscrit enluminé sur parchemin, avec sept grandes miniatures par l’artiste désigné comme «exécutant principal des Statuts de l’ordre de Saint-Michel », proche du «groupe Colaud», parfois comme «associé privilégié d’Étienne Colaud», 166 ff., complet, reliure du XIXe siècle, 10 16 cm.
Estimation : 200 000/250 000 

Ce psautier nous fait remonter le temps jusqu’au règne de François Ier, une époque où la dévotion privée transforme les ouvrages en objets d’art richement enluminés. Celui-ci est dit férial car il répartit les cent cinquante psaumes entre les différents jours de la semaine – les féries selon le terme consacré –, de manière à ce que leur intégralité puisse être récitée lors de celle-ci. Cet objet liturgique est le fondement de l’office. Les textes ont été copiés de la main régulière et attentive d’un calligraphe soigneux, en caractères romains inspirés de l’humanistique italienne. Cette appellation désigne une écriture également connue sous le nom de littera antiqua, trouvant son origine dans la pureté formelle de la minuscule caroline, adaptée par les humanistes du XVe siècle afin de retranscrire les textes antiques. Il s’agit de mettre le propos en valeur avec clarté et élégance. Des inscriptions du XVIe siècle permettent de lier ce manuscrit à une prestigieuse dynastie, les Urfé, célèbres pour leur amour des livres. Gouverneur royal et bailli du Forez, Claude d’Urfé (1501-1558) en a sans doute été le commanditaire, lui qui avait réuni de précieux ouvrages en son château de la Bâtie. Le père Louis Jacob en fait mention dans son Traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières (1644) : «[…] il dressa une splendide et riche bibliothèque dans ce chasteau, où il mit plus de 4 600 volumes, entre lesquels il y avoit deux cens manuscrits en velin, couverts de velours verd». Un inventaire ancien indique en outre la présence de trois psautiers dans cette collection. Complet de ses miniatures, celui-ci en renferme sept à pleine page, remarquablement conservées et dont les couleurs chatoyantes n’ont rien perdu de leur éclat. Plutôt que d’illustrer le contenu des psaumes comme on pourrait s’y attendre, elles mettent en lumière des épisodes de la vie de David, relatée dans les livres des Rois. Le choix d’un tel cycle iconographique, en vogue à l’époque romane avant de tomber en désuétude, témoigne de l’érudition biblique ayant présidé à la réalisation de cet ouvrage du XVIe siècle. L’enluminure est due à l’exécutant principal de celle des Statuts de l’ordre de Saint-Michel commandés par François Ier. Cet illustre anonyme a ainsi collaboré sans doute avec Étienne Colaud, lui-même enlumineur, mais aussi libraire, qui semble avoir coordonné la réalisation des ouvrages. L’enlumineur parisien de ce psautier a orné une douzaine de manuscrits entre 1518 et 1531, pour le plus grand bonheur des bibliophiles d’hier et d’aujourd’hui.

vendredi 04 juin 2021 - 14:00 - Live
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