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Le paysage expressionniste selon Chaïm Soutine

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 11 novembre 2022 - 14:00 (CET) - 14, boulevard Eindhoven - 14400 Bayeux

Provenant de la collection Bossuat, ce tableau a été peint vers 1922 par Chaïm Soutine dans le midi de la France. L’occasion pour le peintre d’exprimer ses tourments à travers la nature.

Chaïm Soutine (1893-1943), Paysage animé en Provence, vers 1922, huile sur toile... Le paysage expressionniste selon Chaïm Soutine
Chaïm Soutine (1893-1943), Paysage animé en Provence, vers 1922, huile sur toile signée, 60 73 cm (detail).
Estimation : 100 000/200 000 

Un homme est accoudé sur un petit muret ; il regarde le paysage, un petit village aux bâtisses juchées en haut d’une colline avec quelques arbres alentour. Un beau ciel bleu veille sur lui. Cet homme serait-il Chaïm Soutine lui-même ? Au printemps de l’année 1918, la guerre à peine terminée, le peintre quitte la capitale pour le sud de la France, sur les conseils du marchand Léopold Zborowski. Il rejoint à Vence d’autres artistes, tels Foujita et surtout Amedeo Modigliani, son grand ami, avec lequel il partage un atelier à la cité Falguière et de nombreuses soirées de beuverie. Soutine séjourne par la suite alternativement à Cagnes-sur-Mer et à Céret, jusqu’en 1923. Une période durant laquelle il peint quelque deux cents toiles, dont il détruit une partie en éternel insatisfait. Il s’est aussi toujours restreint à un petit nombre de thèmes dans son travail pictural. Ses natures mortes – ses bœufs suspendus sanglants en particulier – et ses portraits comptent parmi les plus connus, mais il s’attaque à la faveur de ces quatre années en Provence au paysage. Cette période lui permet de libérer sa peinture, mais aussi d’éclaircir sa palette grâce à la lumière et aux couleurs du Midi. Une peinture finalement séduisante, en tout cas plus qu’à l’accoutumée chez cet expressionniste, rattaché à l’école de Paris mais profondément singulier. On retrouve ici sa pâte épaisse, très travaillée, le motif de l’arbre protecteur venu de son enfance en Biélorussie, une ouverture toute nouvelle de la perspective et de l’espace, ainsi qu’une représentation très tourmentée des maisons qui semblent presque tourbillonner au cœur d'une composition sans lignes verticales ou horizontales strictes. Comment ne pas évoquer l’anecdote rapportée par son ami le peintre néerlandais Ludovic Bosch ? Un matin de l’année 1923, il voit Soutine à Cagnes-sur-Mer, assis sur le bord d’un chemin en contrebas du village avec sa boîte de couleurs et son chevalet ; l’après-midi du même jour, il le recroise au même endroit, son chevalet toujours fermé. Bosch lui demande ce qu’il attend et Soutine lui répond, laconique : « J’attends que le vent se lève » (catalogue de l’exposition Soutine à Chartres en 1989, par Maïthé Vallès-Bled). Voilà qui résonne comme en écho à ce tableau dans lequel on pourrait reconnaître les hauts de Cagnes… Travaillant toujours par série, Soutine a peint au moins trois autres vues de ce paysage. Jamais passée sur le marché, cette toile de belles dimensions présente en outre un bel état de conservation, avec son châssis et son cadre d’origine. Provenant de leur descendance, elle était l’une des œuvres favorites de Victor Bossuat (1873-1948) et de son épouse Marguerite. Originaire de la Nièvre, ce pharmacien était installé sur la butte Montmartre. Il fréquenta le cercle intellectuel de La Revue blanche et côtoya de nombreux artistes, guidé notamment par Félix Fénéon dans ses choix d’acquisition. Il laissa à sa mort en donation une partie de sa collection au musée de Nevers, dont des Modigliani, Soutine, Lhote et autres tableaux d’artistes de l’école de Paris, mais aussi de nabis et de néo-impressionnistes. L’autre moitié de sa collection était restée dans sa famille… et vient désormais animer les enchères.

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