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Le goût du roi au château de Versailles

Publié le , par Marie-Laure Castelnau

À l’occasion du tricentenaire de son sacre, une importante exposition au château de Versailles dresse un portrait inédit de Louis XV, de ses goûts et de son rôle sur la création artistique.

Jean-François de Troy (1679-1752), La Chasse du lion, 1735, Amiens, musée de Picardie... Le goût du roi au château de Versailles
Jean-François de Troy (1679-1752), La Chasse du lion, 1735, Amiens, musée de Picardie (détail).
© RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

Il est le seul roi né et mort à Versailles, ce qu’aucun événement n’avait jusque-là évoqué. Pour la première fois, le château consacre une exposition à Louis XV, trois cents ans après le retour de la cour à Versailles. « Car c’est ici qu’est la part d’ombre de ce roi bien/mal aimé, insaisissable entre les contraintes de son rôle public et les caprices de sa vie privée », explique Catherine Pégard, présidente de l’Établissement public. « Nous entraîner dans la vie même du roi », tel est le pari des commissaires, les conservateurs Yves Carlier et Hélène Delalex, afin de découvrir sa personnalité complexe. Au travers des chefs-d’œuvre qui l’entouraient, qu’il a commandés, touchés et admirés, le visiteur est plongé dans le quotidien du monarque, sous le regard de ceux qui ont partagé ses passions, réunis ici en une suite inédite de portraits. L’extraordinaire pendule de Claude-Siméon Passemant (voir l'article Les secrets de l’horloge de Claude-Siméon Passemant de la Gazette n° 22 du 3 juin, page 252), censée égrener les années jusqu’en 9999, ouvre le parcours. Et pour cause : elle est « un véritable portrait du souverain tourmenté qui préfigure la ruée vers le temps de notre humanité technique en manque de valeurs », commente l’essayiste et psychanalyste Julia Kristeva. Pour l’occasion, l'icône a fait l’objet d’une restauration complète de ses bronzes. Chef-d’œuvre de l’art rocaille, cette prouesse technique et artistique témoigne de l’aspiration du roi au beau et au savoir. Très pédagogique, l’exposition thématique présente un ensemble inédit de 400 œuvres d’art et objets, grâce aux prêts de collectionneurs et de musées prestigieux, notamment de la Wallace Collection (voir Gazette n° 35 du 7 octobre, page 220). La première partie révèle tout d’abord « l’homme privé » : l’enfance du roi, sa famille, ainsi que son éducation et quelques personnages clés, comme Madame de Pompadour et Madame du Barry, dont les portraits par Drouais, venus respectivement de la National Gallery de Londres et de la chambre de commerce et d’industrie de Versailles, sont pour la première fois confrontés. L’orfèvrerie invite aux soupers de cabinet, tandis que la couronne de Louis XV par Augustin Duflos et Claude et Laurent Rondé, créée spécialement pour le jeune Louis XV âgé de 12 ans, rappelle son sacre en octobre 1722. Le thème de l’amour est abordé notamment par trois cupidons de marbre, dont un signé de Jacques Saly, livré en 1753 à Madame de Pompadour qui ne s’en sépara jamais. Les passions du roi sont regroupées et illustrées dans une même section : son goût pour les bibliothèques qu’il fait aménager dans toutes ses résidences, mais aussi pour les sciences – l’astronomie, l’optique et l’horlogerie – et bien sûr la chasse. Prêt exceptionnel du musée de Picardie, l’intégralité de la série des « chasses exotiques » de Louis XV, réalisée pour la Petite Galerie, est présentée dans son accrochage historique pour la première fois depuis 1767. Louis XV vouait un attachement profond aux arts et la formidable production artistique de son temps est indissociable de son règne. Un volet entier est consacré à l’essor de la création à cette époque, considérée comme une période de perfection de l’art français, incarnée par le style rocaille. Spirales, arabesques, ornements inspirés de coquillages ou de végétaux envahissent lustres, vases et commodes. Dans une scénographie colorée et aérée, voici donc une belle évocation de l’avant-dernier souverain de l’Ancien Régime, « dans les pièces où il s’isolait pour travailler, pour aimer, pour se distraire ou pour pleurer », souligne Catherine Pégard.

« Louis XV, passions d’un roi »,
château de Versailles, tél. : 01 30 83 75 05.
Jusqu’au 19 février 2023.
www.chateauversailles.fr 
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