Le cuirassé «Lorraine», roi des bassins grâce au Nain bleu

Le 28 janvier 2021, par Philippe Dufour

Géant des mers et acteur du Premier conflit mondial, le Lorraine, croisera à portée de mains…dans sa version bateau-jouet. Une impressionnante réduction proposée par Le Nain bleu, et qui n’a rien à envier à l’original.

Bateau-jouet «Au Nain bleu», cuirassé Lorraine, vers 1923-1924, modèle navigant motorisé en métal et bois, plaque de constructeur gravée, 136 56 cm, support contemporain.
Estimation : 20 000/40 000 

Voici, revêtu d’une martiale livrée grise et rouge, l’un des fleurons de la marine française du début du XXe siècle… De fait, il s’agit de la fidèle reproduction du plus grand cuirassé de l’époque, baptisé Lorraine, un vaisseau mesurant 166 m de long, pour 27 de large et d’un tirant d’eau de 9,20 m. Ce navire de guerre au blindage en acier – sa coque oscille entre 18 et 27 cm d’épaisseur – a été construit par les Ateliers et Chantiers de la Loire, à Saint-Nazaire, et lancé le 20 avril 1913. Ses turbines développant 43 000 chevaux ont été prévues pour entraîner quatre hélices, qui lui permettent d’atteindre la vitesse, en pleine charge, de 21,5 nœuds (soit environ 40 km/heure). Quant à son armement le plus lourd, il se situe sur le pont supérieur : cinq tourelles, armées chacune de deux canons, chargées d’obus accusant 34 cm de diamètre. Au niveau inférieur, et sur les deux bords, l’artillerie secondaire compte également 22 canons en casemate. Le puissant cuirassé n’est pas le seul dans sa catégorie : il appartient à la classe «Bretagne», construite à partir de la loi-programme du 30 mars 1912, qui compte également deux autres «sister-ships», la Bretagne et la Provence. La Lorraine fera ses preuves lors de la Première Guerre mondiale : mise en service le 27 juillet 1916, elle opère essentiellement en mer Adriatique, à l’exception d’une traversée de l’Atlantique en 1917, pour transporter le maréchal Joffre en mission aux États-Unis.
Des bateaux-jouets signés «Au Nain bleu»
À l’issue du conflit, le bâtiment militaire devait connaître un regain de célébrité, en étant décliné sous la forme d’un bateau-jouet particulièrement luxueux. À l’origine de cette initiative, Georges Fauvet, le propriétaire du magasin parisien Au Nain bleu, dont les vitrines de la rue Saint-Honoré ont fait rêver des générations d’enfants. La plupart des reproductions de navires de marques allemandes, Märklin ou Bing, en vogue avant 1914, n’ayant désormais plus droit de cité, Fauvet «décida de faire fabriquer sa propre gamme de modèles en faisant intervenir les meilleurs ouvriers et artisans français», explique Philippe Neveu, consultant sur la vente. Parmi eux, on retrouve les plus remarquables bateaux de guerre, français tel le Jean Bart, mais aussi alliés (le Nelson pour le Royaume Uni, ou le California pour les États-Unis). Il va sans dire que ces réalisations, conçues pour la navigation, affichent la plus grande fidélité à l’original. Ainsi la Lorraine, fabriquée vers 1923-1924, est entièrement en métal, mis à part ponts et chaloupes en bois ; elle est dotée d’un moteur électrique qui la propulse et alimente aussi deux projecteurs, sans oublier tourelles, canons et mâts de charge articulés. Notre cuirassé de grandes dimensions (136 56 cm) s’avère être l’un des plus remarquables jamais créés, et à ce titre, appartient à un petit groupe qualifié aujourd’hui de «bateaux-jouets d’exception». Peu étonnant alors, qu’au moment de sa sortie, son prix de vente ait atteint les 7 000 F (environ 7 500 €), une somme alors inimaginable pour un jeu d’enfant… mais un record, cependant, qui pourrait être bientôt battu à Rennes !

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