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Lancement réussi pour Art Düsseldorf

Publié le , par Alexandre Crochet

La première édition de cette nouvelle foire s’est tenue avec succès mi-novembre dans la capitale de la Rhénanie-du-Nord - Westphalie, attirant principalement des acheteurs allemands actifs et curieux.

Lancement réussi pour Art Düsseldorf
Stand de Beck & Eggeling International Fine Art à Art Düsseldorf 2017.
photo SEBASTIAN DRÜEN


Centre incontournable de la création artistique allemande depuis le XIXe siècle, Düsseldorf fait désormais aussi partie du paysage des foires d’art contemporain. Du 16 au 19 novembre, Andreas Lohaus et Walter Gehlen ont lancé dans cette ville de 600 000 habitants la première édition d’Art Düsseldorf, à l’Areal Böhler, site industriel reconverti en espace dédié à ce type de manifestations, situé à une dizaine de minutes du centre. De 2003 à 2016, en octobre, le tandem s’est occupé de la foire Art.Fair, fondée à Cologne, distante d’une cinquantaine de kilomètres. Ils se sont décidés à quitter une cité pour l’autre quand un lieu pérenne et «en dur» s’est avéré disponible. Mais aussi quand une association avec le groupe MCH, organisateur d’Art Basel, s’est concrétisée, l’entité suisse devenant propriétaire, pour l’heure, à hauteur de 25,1 %. Pour autant, il ne s’agit pas d’un simple transfert. «C’est presque le même timing, mais ce n’est plus le même emplacement ni la même liste de galeries. C’est un autre concept», précise Walter Gehlen. Selon lui, il y avait depuis longtemps un potentiel, mais le lieu idoine manquait. Une autre foire avait bien tenté de prendre racine à Düsseldorf voici une dizaine d’années, mais faute d’un toit et du soutien sur le long terme de son propriétaire une compagnie d’édition elle avait fait long feu. Pourquoi créer une foire ici alors que les amateurs peuvent déjà se rendre sur Art Cologne au printemps ? «Il y a à Düsseldorf et alentour un vivier exceptionnel de collectionneurs, aucun doute là-dessus, explique un bon connaisseur de la région. C’est aussi le berceau du post-war allemand, Polke et Beuys ont grandi non loin». Markus Lupertz ou Tony Cragg ont dirigé l’école des beaux-arts de la ville, dont la réputation n’est plus à faire et où ont défilé comme élèves revenus parfois y enseigner des artistes qui ont gagné ensuite une réputation mondiale, tels Andreas Gursky, Jörg Immendorf, Günther Uecker ou encore Thomas Schütte. Si le directeur d’Art Cologne, Daniel Hug, s’est agacé de l’arrivée d’Art Düsseldorf au point d’y voir une forme de «colonialisme» de la part du puissant groupe suisse MCH, lequel développe ces derniers temps une politique de foires régionales, la manifestation ne joue pas pour l’instant ? dans la même catégorie. Reine du marché en Allemagne, Art Cologne avec ses quelque deux cents exposants internationaux, dont de nombreux poids lourds doit-elle vraiment redouter ce nouvel événement et ses quatre-vingts galeries ? «Nous sommes une foire régionale avec un petit nombre d’enseignes de haut niveau, rétorque Walter Gehlen. Si des collectionneurs américains ou australiens sont venus au dîner de vernissage, il ne faut pas se méprendre : notre cible reste les Européens les plus proches, et les habitants de cette région dynamique, qui réunit un bouquet très dense de quarante villes.» La riche région Rhin-Ruhr comptant plus de dix millions d’habitants…
Appétit des visiteurs
La foire a accueilli des visiteurs de marque, dont les artistes Thomas Ruff ou Andreas Gursky, et, parmi les collectionneurs, la Suisse Monique Burger (Burger Collection, Hong Kong), l’Allemand Gil Bronner (Sammlung Philara, Düsseldorf), ou le Français Alain Servais… Dans l’ensemble toutefois, la fréquentation est restée germanique. Cette cohorte d’acheteurs fortunés aurait-elle encore de l’appétit après Frieze et la Fiac ? Visiblement, oui. De nombreuses transactions ont été réalisées. Une grande partie des achats ont porté sur des pièces à moins de 50 000 €. Venue de Cologne avec une installation et des œuvres encadrées des mots découpés dans les journaux de Klaus Fritze, la galerie Brigitte Schenk a dû effectuer un réaccrochage, ayant vendu comme des petits pains ces collages conceptuels à quelques milliers d’euros. L’un des poids lourds, Marlborough Contemporary, établi à Londres et New York, avait divisé son stand entre figuratif et conceptuel, avec notamment un rocher creusé de l’intérieur par le jeune Julius Van Bismarck, artiste qu’on retrouvait ailleurs sur la foire, avec par exemple A Horse Race for Christmas, photographie vendue 6 000 € chez Dittrich & Schlechtriem.
De belles propositions
Comment faire mouche pour cette première ? Grâce à l’humour de l’Allemand Juergen Teller, vedette du stand de la provocatrice Parisienne Suzanne Tarasieve, qui a attiré «beaucoup de télés allemandes» et juge la foire «de bon niveau et bien préparée». Ou grâce à une proposition entièrement féminine pour la galerie Édouard Malingue, basée en Asie, et qui a vendu entre autres une petite peinture de Wang Zhibao à moins de 10 000 €. «Les gens ici ne nous connaissent pas plus que nos artistes, donc il y a donc une grande curiosité», note Jennifer Caroline Ellis sur le stand. Après avoir exposé à Art Cologne en 2016, la galerie Templon a choisi Düsseldorf entre autres pour des questions de calendrier. Elle misait ici sur Vasarely, «une star en Allemagne qui aura droit à une exposition muséale l’an prochain à Cologne», rappelle Daniel Templon. La galerie parisienne a cédé une photographie de Gregory Crewdson pour 68 000 $ et trois œuvres de Chihahu Shiota entre 30 000 et 50 000 $ chacune «à de nouveaux clients allemands». Venue avec un florilège de ses artistes, la galerie Kammel Mennour s’est délestée, notamment, d’œuvres de Latifa Ekakhch ou de Mohammed Bourouissa. Ici et là, plusieurs transactions importantes ont eu lieu, à l’instar d’un collage de Robert Rauschenberg à 150 000 € chez Bastian de Berlin, ou d’Energy de Fabrizio Plessi, chez Beck & Eggeling, deux enseignes de Düsseldorf. Notons le stand exceptionnel dédié à Roberto Matta chez Die Galerie. Lors de notre passage, cette enseigne de Francfort avait reçu un vif intérêt pour ses toiles monumentales des années 1950 mais aussi pour une rare peinture de 1945 au prix conséquent de 2,5 M€ hors taxes, «jamais passée en ventes publiques», confie le directeur Peter Femfert, qui a voulu «faire de l’effet» pour ce lancement. Pour tous ces heureux exposants, l’or du Rhin n’est pas qu’une légende…

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