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La photographe Judith Roy au BAL

Publié le , par Virginie Huet

De format modeste, des portraits d’hommes, d’arbres et de lieux recouvrent les murs du BAL, dont les teintes discrètes s’accordent à celles tantôt brunes, blondes, mauves ou rousses d’une centaine de tirages par contact virés à l’or. Présentées l’hiver dernier à la Fondation Mapfre à Madrid, ces épreuves, avec leurs maries-louises...

Judith Joy Ross (née en 1946), Sans titre, Eurana Park, Weatherly, Pennsylvania,... La photographe Judith Roy au BAL
Judith Joy Ross (née en 1946), Sans titre, Eurana Park, Weatherly, Pennsylvania, 19,37 24,45 cm.
© Judith Joy Ross, courtesy Galerie Thomas Zander, Cologne

De format modeste, des portraits d’hommes, d’arbres et de lieux recouvrent les murs du BAL, dont les teintes discrètes s’accordent à celles tantôt brunes, blondes, mauves ou rousses d’une centaine de tirages par contact virés à l’or. Présentées l’hiver dernier à la Fondation Mapfre à Madrid, ces épreuves, avec leurs maries-louises blanches et leurs cadres noirs, semblent dater d’une autre époque. Classique, la manière de Judith Joy Ross, 76 ans, native d’une cité minière du nord-est de la Pennsylvanie, n’a pas bougé depuis «Eurana Park» (1982-1985), série tendre réalisée sur une aire de loisirs à Weatherly, où des adolescents aux corps gauches patientent en maillot de bain. Qu’attendent-ils ? Tout, rien, et Judith Joy Ross, qui panse alors les plaies d’une perte immense – son père, emporté par un cancer au printemps 1981 –, le voit bien, dans l’objectif de sa chambre 20 25, encombrante mais pratique pour détendre ses jeunes modèles d’un jour. Depuis, elle ne manque pas une occasion de «connaître quelque chose de quelqu’un» : ici, un visiteur du Mémorial des anciens combattants du Vietnam à Washington, là, un élu du Congrès croisé dans les couloirs du Capitole. Plus loin, sur les terres amérindiennes des Nanticoke, dans un diner où elle avait plus jeune ses habitudes, elle s’attarde sur les restes d’un petit-déjeuner, un barbu esseulé au comptoir, un porte-manteau vide. Au sous-sol, le sentiment d’indignation qui la meut se fait plus vif. Y voisinent des réservistes appelés au front durant la guerre du Golfe, des immigrés africains à Paris, des jeunes traînant en bande dans les rues d’Easton, les élèves et leurs enseignants d’écoles publiques de Hazelton, des citoyens scrutant Manhattan depuis la réserve naturelle de Eagle Rock, au lendemain des attentats du 11-Septembre… Devant ces foules anonymes, Judith Joy Ross, que le conservateur du MoMA John Szarkowski tenait pour la digne héritière d’August Sander, se demande à juste titre de qui sa photographie est l’histoire. D’une Amérique désunie, peuplée de visages graves.

Le BAL, 6, impasse de la Défense, Paris XVIIIe, tél. : 01 44 70 75 50,
Jusqu’au 18 septembre 2022.
www.le-bal.fr
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