La peinture danoise au Petit Palais

Le 06 octobre 2020, par Frank Claustrat

Au musée du Petit Palais, à Paris, une exposition tente de faire la lumière sur "l’âge d’or" de la peinture danoise, entre 1801 et 1864.

Christen Købke (1810-1848), La Collection de plâtres de Charlottenborg, 1830, huile sur toile, 41 36 cm, Copenhague, collection Hirschsprung.
© Collection Hirschsprung

La première moitié du XIXe siècle voit s’ouvrir dans la vie culturelle du Danemark la période appelée l’«âge d’or». Un terme assez vague et tardif, emprunté à la littérature, que cette exposition montrée à Stockholm puis à Copenhague, avant d’être livrée ici – dans une version édulcorée – au Petit Palais, attribue avec une précision d’horloger à la peinture entre 1801 et 1864. Ou, plutôt, que les commissaires Peter Nørgaard Larsen et Annette Rosenvold Hvidt, du Statens Museum for Kunst de Copenhague, et Magnus Olausson et Carl-Johan Olsson, du Nationalmuseum de Stockholm, tentent de redéfinir ainsi. Au lieu d’expliquer les caractères de l’école danoise et l’impact des modes ainsi que leurs déclinaisons sur des peintres sensibles au classicisme, au romantisme et au réalisme, bref à une évolution des styles – laquelle n’est pas différente au Danemark que dans le reste de l’Europe –, l’exposition propose un parcours thématique plus ou moins passionnant, sur la base d’un constat énoncé en préambule de manière catégorique : le Danemark est, entre 1801 et 1864, un «pays très affaibli sur le plan politique, territorial et économique». Comment expliquer alors cette intense circulation des peintres de ce royaume, par plusieurs dizaines, dans toute l’Europe ou presque, en Grèce et en Turquie, en Afrique du Nord, voire dans certains cas dans ses propres colonies – îles Vierges, Petites Antilles, îles Féroé, Islande, Groenland, comptoirs en Inde, sur la côte de Coromandel ? Même amputée de la Norvège en 1814, puis des duchés de Schleswig, de Holstein et de Lauenbourg en 1864, son économie est-elle condamnée pour autant ? Bon gré mal gré, la bourgeoisie donne plutôt l’impression de veiller au grain et de s’enrichir, grâce au commerce international – même intermittent – et, faut-il le rappeler, triangulaire (Guinée-îles Vierges-Danemark). Des œuvres essentielles manquent ici pour témoigner de cette vérité-là : le Portrait des deux filles d’Otto Marstrand et de leur gouvernante antillaise, Justina, dans le parc de Frederiksberg (1857), de Wilhelm Marstrand, ou bien Le Maître de la chasse royale Von Zeuthen et sa femme (1839), de Martinus Rørbye, auraient été les bienvenus pour évoquer cette question de l’idéologie coloniale. Le choix des thèmes traités est plus lisse. L’accent est mis sur un parcours élégamment scénographié, le clou de l’exposition étant le Château de Frederiksborg vu de Jægerbakken, le soir (1835), de Christen Købke, avec sa douce lumière caractéristique des longues journées d’été. Entre deux tableaux plus rébarbatifs, on découvre Le Cauchemar (1846) de Ditlev Blunck, teinté d’érotisme, tout comme le Modèle se reposant (1839) de Constantin Hansen, un nu féminin décomplexé. Au temps de Christoffer Wilhelm Eckersberg, l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague offre un enseignement novateur sur d’autres points. Peindre la lumière naturelle sur le motif est par exemple recommandé. Dans Un groupe d’artistes danois à Rome (1837), portrait collectif où règne le silence, Constantin Hansen invente le prototype du «pleinairisme d’intérieur», qui échappe au néoclassicisme austère comme aux effusions sentimentales du romantisme. Tout le génie danois de l’« âge d’or » réside dans ce chef-d’œuvre, fait de mesure et de subtilité.

«L’âge d’or de la peinture danoise (1801-1864)»,
Petit Palais - musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris,
avenue Winston-Churchill, Paris 
VIIIe, tél. : 01 53 43 40 00.
Jusqu’au 3 janvier 2021.
www.petitpalais.paris.fr
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