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La magie indo-moghole a opéré

Publié le , par Anne Doridou-Heim

L’alignement des planètes était parfait autour de ce chef-d’œuvre de la peinture dont le résultat, un record d’adjudication pour l’art moghol en France, est des plus justifiés.

Inde, art moghol, 1630-1631. Illustration de la vie de Shâh Jahân entrant dans son... La magie indo-moghole a opéré
Inde, art moghol, 1630-1631. Illustration de la vie de Shâh Jahân entrant dans son palais de Burhanpur, probablement destinée au Windsor Padshahnamah, gouache et encre signée Abid et située à Burhanpur, 47,5 32,3 cm.
Adjugé : 702 000 

La seule question qui se posait encore, à quelques minutes de sa mise en vente, était le prix qu’atteindrait cette illustration de la vie de Shâh Jahân (1628-1658) entrant dans son palais de Burhanpur, exécutée à la gouache et à l’encre entre 1630 et 1631. La réponse tardait à venir tant les enchérisseurs étaient nombreux, deux d’entre eux ne voulant rien lâcher avant que l’un ne cède finalement et que le marteau ne tombe à 702 000 € au profit d’un mécène étranger. Ce dernier a souhaité l’offrir à une grande collection publique, le musée Rietberg de Zurich, et ce, il faut le signaler, contre un collectionneur privé français. Il s’agit ici, ainsi que l’expliquait un article lui étant consacré dans nos pages du 22 novembre (voir l'article Splendeur indo-moghole de la Gazette no 40, page 23), d’une peinture inédite destinée au Windsor Padshahnamah (la biographie officielle de l’empereur), provenant de l’album dit «de Saint-Pétersbourg». Anne-Sophie Joncoux-Pilorget, la spécialiste responsable du département de la maison de ventes, insiste encore sur la réunion de cinq critères essentiels qui ont joué un rôle dans la désirabilité de cette œuvre. Elle cite tour à tour son état de conservation, sa provenance, le nom du calligraphe, Emad al-Hassani (le maître de cet art sous les Safavides), la présence de la signature d’Abid, frère de Nadir al-Zaman al-Mashhadi (car souvent, les peintures indiennes ne sont qu’attribuées), et enfin le sujet, royal. La vente s’est conclue sur un produit global de 1 812 528 € car, pour bien entourer ce bijou, le programme avait été soigneuse-ment choisi. Les peintures orientalistes qui ouvraient le rideau ont séduit, 39 000 € revenant par exemple à la Vue de Gebel el-Tarif en Égypte (49,1 60,8 cm) de Jacques Majorelle (1886-1962) et 75 400 € à L’Heureuse Famille (100 78 cm) de José Cruz Herrera (1890-1972). Constat identique avec les pièces d’art d’Orient : deux carreaux d’Iznik datés vers 1560, issus d’un monument commandé par Soliman le Magnifique et signé de l’architecte Sinan, sont partis à respectivement 65 000 (37 20 cm) et 18 200 € (18,5 22 cm), prouvant une nouvelle fois la forte demande pour ce type de céramiques lorsque leur origine est attestée. Enfin, le flacon de pèlerin au nom de Fakhreddin Pasha, dernier gouverneur ottoman de Médine (1915-1919), exécuté en 1916 en bois incrusté d’ivoire, d’ébène et d’écaille de tortue, était emporté à 32 500 € contre une institution muséale française.

lundi 02 décembre 2019 - 13:30 (CET) - Live
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