La Lune, du rêve au voyage

Le 02 mai 2019, par Anne Foster
Abraham Janssens (1575-1632), L’Inconstance, vers 1617, huile sur toile, 106,5 82 cm, Copenhague Statens Museum of Kunst, Danemark.
© SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

Dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, le monde entier assistait en direct aux premiers pas d’un homme sur la Lune, retransmis sur les écrans de télévision. Le voyage réel mettait-il fin à ceux imaginaires que l’humanité entretenait depuis l’Antiquité avec l’astre nocturne ? Cet exploit scientifique est célébré au Grand Palais dans une exposition dont le parti pris est d’associer passé et présent, principalement à travers le regard des artistes. Les deux commissaires, Alexia Fabre directrice du Mac Val et Philippe Malgouyres conservateur en chef au département des objets d’art et des sculptures du Louvre , ont conçu un parcours qui, à partir de cette date historique, nous emmène à travers des thèmes comme l’observation, l’étude des trois visages de la Lune hérités de la mythologie grecque, sa personnification dans l’Antiquité, mais aussi dans l’imaginaire d’autres cultures et comme source d’inspiration, mêlant arts ancien et contemporain. La vision volontairement «kaléidoscopique» des commissaires n’aide cependant pas toujours à la compréhension de leur propos… Le voyage a toujours entretenu l’inventivité des écrivains : en témoignent l’Histoire comique contenant les États et Empires de la Lune (1657) de Cyrano de Bergerac, pamphlet moral ou politique, ou les albums d’Hergé Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954), serrant au plus près la réalité scientifique. Les films de Méliès, les Shadoks et une fusée rose pailletée pour aller sur Vénus de Sylvie Fleury (First Spaceship on Venus) entretiennent le rêve aux côtés des photos du sol foulé et du sublime lever de Terre prises par les astronautes. Ces images font naître chez Ange Leccia Lunes (série «Arrangements» 2019), où les globes lumineux créent un horizon lunaire. Admiré depuis la nuit des temps, l’astre est, à partir du début du XVIIe siècle, observé scientifiquement grâce aux lunettes astronomiques et aux télescopes permettant d’en découvrir les surfaces mouvementées. Quelques siècles plus tard, Man Ray nous fait encore rêver devant Le Monde (1931), allumé comme une simple lampe par un interrupteur. Métaphore moderne, cette photo fait écho aux allégories antiques annoncées par la Triple Hécate (Sidon, vers 380), sculptée dans un marbre d’une lumineuse transparence. Dans la mythologie grecque, le satellite de la Terre est personnifié par trois déesses formant une triade : Hécate, représentant la nouvelle lune, Séléné, la pleine lune, et Artémis, le croissant lunaire. Ses formes changeantes l’associent à L’Inconstance (vers 1617) d’Abraham Janssens, où une jeune femme tient un croissant de lune et un homard, symboles empruntés à l’iconologie de Cesare Ripa. La mécanique astrale se matérialise dans les engrenages d’une horloge astronomique, réalisée à Paris en 1699 sous la direction de Charles Perrault, devient aléatoire avec François Morellet et son tableau lumineux de 1997, Lunatique Neonly no 3. Des stries blanches ornent plus loin un masque rond kwezi des Lubas orientaux (République démocratique du Congo). Parcourant la voûte céleste, diffusant une lumière blanc argenté irréelle, la Lune éveille la création dans Évocation d’une forme humaine, lunaire, spectrale (1950), plâtre poncé et ciré de Jean Arp. Un dernier regard se pose sur l’Endymion endormi (1819) d’Antonio Canova, à jamais caressé par la lumière de son amante Séléné.

«La Lune. Du voyage réel aux voyages imaginaires», Grand Palais,
square Jean-Perrin, Paris 
VIIIe, tél. : 01 44 13 17 17.
Jusqu’au 22 juillet 2019.
www.grandpalais.fr/fr/evenement/la-lune
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