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La floraison perpétuelle de l’Atmos Cherry Blossom

Publié le , par Sophie Reyssat

Emblème de la maison Jaeger-LeCoultre depuis les années 1930, l’Atmos est une merveille de technicité autant qu’un objet d’art. Preuve en est avec la version aux fleurs de cerisier.

Atmos Régulateur «Cherry Blossom», calibre Jaeger-LeCoultre 582, régulateur avec... La floraison perpétuelle de l’Atmos Cherry Blossom
Atmos Régulateur «Cherry Blossom», calibre Jaeger-LeCoultre 582, régulateur avec affichage des heures et des minutes, indication vingt-quatre heures, mois, indication perpétuelle des phases de la Lune, cadran et panneaux en émail grand feu, cabinet en verre, 46,8 18,3 25,5 cm.

Rares sont les ventes spécialisées en horlogerie sans pendule Atmos. Et pour cause. Commercialisée à partir des années 1930 par la maison suisse Jaeger-LeCoultre, elle a su traverser presque cent ans d’existence sans prendre une ride, et ce grâce à son mécanisme perpétuel, inventé par l’ingénieur Jean-Léon Reutter en 1928. Sa ligne a quant à elle évolué, tout en restant fidèle à l’élégante sobriété art déco ayant présidé à sa naissance et qui a fait d’elle un objet d’art intemporel. La dernière-née, l’Atmos Régulateur «Cherry Blossom», a été présentée au public à Venise à l’occasion d’Homo Faber 2022 (du 10 avril au 1er mai), qui mettait, pour cette 2e édition, le Japon et ses trésors nationaux vivants à l’honneur. Emblème par excellence du pays du Soleil-Levant, une branche de cerisier en pleine floraison se déploie sur les panneaux de cette Atmos, dont elle traverse le cadran. L’éclosion des sakura est célébrée depuis l’époque de Heian (794-1185), à laquelle remonte la tradition du hanami, soit littéralement la «contemplation des fleurs». La conscience de leur impermanence invite à en admirer la beauté éphémère, à l’image de celles du cerisier, dont les pétales couvriront bientôt le sol. Ils s’envolent d’ailleurs déjà sur le décor de cet objet, lequel semble arrêter le temps en rendant cette étape éternelle, figée dans le délicat émail grand feu. Jaeger-LeCoultre est coutumière de l’emploi de matériaux recherchés pour transformer son bijou de précision en véritable objet d’art. La maison a ainsi choisi des bois précieux pour célébrer le changement de millénaire sur une version inspirée des œuvres d’Alfons Mucha (1999), mais aussi la marqueterie de paille pour offrir notamment à l'une, d’un bleu profond et rendant hommage à l’astronomie (2015), de subtils effets de lumière. Cette fois, près de deux cents heures de travail ont été consacrées à l’émaillage des panneaux de la «Cherry Blossom», les plus grands (19,6 10,5 cm) jamais réalisés par la manufacture, plus habituée aux boîtiers de montre et aux cadrans. Une personne s’y est entièrement dévolue au sein de l’Atelier des Métiers Rares, dédié à la gravure, à l’émaillage, au sertissage et au guillochage. Et pour relever ce défi, près d’une année de recherches et d’essais a été nécessaire pour trouver les techniques et les matériaux adéquats. L’une des plus grandes difficultés a été l’obtention d’un fond noir d’une profondeur et d’une homogénéité parfaites, réalisé grâce à la technique de l’émaillage à sec, consistant à saupoudrer l’émail noir sur la plaque de cuivre, protégée par une couche translucide. Travail de miniaturiste, l’ornementation a ensuite été peinte à la main, avec des émaux colorés par des oxydes métalliques. Au total, les panneaux ont été enfournés à une dizaine de reprises, chaque couche d’émail nécessitant une cuisson à 800 °C. Pour éviter la déformation du métal, il est impératif de limiter ces opérations, pouvant occasionner bulles, craquelures, défauts dus à des poussières, et risquant de ruiner le travail précédemment accompli si elles ne sont pas parfaitement maîtrisées. Un nouveau four a d’ailleurs dû être utilisé, afin de garantir une chauffe uniforme. Le raffinement du résultat est à la hauteur de la difficulté de l’entreprise.

En éternel mouvement
Entre les panneaux, abrité par un cabinet de verre, se dévoile le mécanisme de l’horloge, assemblé à la main. Son mouvement est le Calibre Jaeger-LeCoultre 582, qui se distingue par son affichage de style régulateur. Le grand anneau est celui des minutes, le petit celui des heures, et la pièce est assortie d’un calendrier mensuel ainsi que de l’indication des phases de la Lune. Sa précision est telle qu’il faudra attendre 3 821 ans avant que n’apparaisse un jour de décalage. La première Atmos «à phases de Lune» a été mise au point à la fin des années 1990. Très appréciée des amateurs, cette complication a représenté une gageure pour les ingénieurs de la manufacture, qui ont dû créer d’autres calibres pour la pendule, son mouvement perpétuel déployant trop peu d’énergie pour ajouter des fonctions à son rôle initial d’horloge. Observer ce mécanisme, qui se contente pour fonctionner d’exploiter d’infimes changements de la température, en toute autonomie et à l’infini, a en effet quelque chose de magique. Le processus est aussi simple que génial : les fluctuations thermiques font varier le volume d’un gaz contenu dans une capsule, provoquant le mouvement d’une membrane. Celle-ci transmet cette énergie mécanique au ressort avec lequel elle est en contact, permettant ainsi de le remonter pour qu’il entraîne le mouvement du balancier : un différentiel d’un simple degré de température offre à l’Atmos une réserve de marche de quarante-huit heures. Pour rendre ce principe viable, Jean-Léon Reutter et Jacques-David LeCoultre avaient travaillé de concert à l’amélioration du prototype de 1928 et du premier modèle commercialisé en 1930, l’Atmos I. Étanchéité du mécanisme, stabilité du gaz et choix adéquat des composants permettent de lancer la production en série de l’Atmos II, en 1939, et d’assurer son éclatant succès. Emblème de la maison au même titre que la Reverso pour les montres, ce garde-temps est aussi devenu celui de la Confédération suisse, qui en a fait son cadeau officiel en 1950 : de quoi surnommer l’Atmos la «pendule du président». Héritière d’une longue lignée depuis le modèle présenté sous son dôme de verre, en 1930, la «Cherry Blossom» devrait elle aussi faire date.

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