La Bretagne, terre de l’art moderne et de la couleur

Le 07 avril 2017, par Claire Papon

De Claude Monet à Lucien Simon, le musée de Pont-Aven met à l’honneur les peintres qui s’installèrent dans ce coin de Cornouaille française.

Albert Clouard (1866-1952), La Cueillette des pommes, huile sur carton, 40 x 51 cm.
© Collection particulière

Pont-Aven, ses trois mille habitants, son port de pêche au fond de la ria, ses moulins, ses passerelles, ses demeures de caractère et… son musée. Rouvert il y a un an (voir l'article Musée de Pont-Aven, nouvelle saison de la Gazette no 33 du 30 septembre 2016), l’établissement a doublé sa surface d’exposition et accueilli plus de 120 000 visiteurs l’an dernier. Une belle performance pour ce musée qui, le 6 décembre dernier, a signé une convention de partenariat pour cinq ans avec le musée d’Orsay, bénéficiant ainsi de dépôts dans ses collections permanentes et de prêts d’œuvres aux expositions temporaires. On sait combien la petite cité du Finistère et ses environs furent prisés de nombreux artistes, dans le sillage de Paul Gauguin, Émile Bernard et Paul Sérusier, dans les années 1890. D’autres avant eux, toutefois, avaient posé leur chevalet et expérimenté de nouvelles techniques artistiques. Le musée leur consacre deux expositions. La première revient aux maîtres et à leurs disciples venus puiser leur inspiration dans cette nature sauvage et préservée, durant les décennies 1870-1920, la seconde (du 1er juillet au 31 décembre 2017) aux artistes émergents dans l’entre-deux-guerres  Mathurin Méheut, Pierre de Belay, Jean-Julien Lemordant… Soutien du musée d’Orsay oblige, ce sont 90 œuvres qui ont fait le voyage jusqu’en Bretagne, 36 issues de collections publiques, 53 de prêteurs privés. Véritable pas de côté à l’écart de l’école de Pont-Aven, cette première exposition fait la part belle au pleinairisme. On le serait à moins dans cette nature authentique à la lumière si singulière ! Eugène Boudin, Claude Monet, Paul Signac, Henri Rivière, Maxime Maufra, Jean Puy et Robert Delaunay : ils sont nombreux à venir y séjourner ou même s’y installer. Les couleurs et la beauté des paysages leur inspirent des compositions nouvelles, ou de nouvelles manières de peindre. Fidèle au surnom de «roi des ciels» que lui a donné Corot, Eugène Boudin s’attache à rendre la lumière du port de Camaret et Claude Monet, dans un rare format carré, Pluie à Belle-Ile, 1886, expérimente le principe des séries : l’amplitude des marées comme les caprices du temps sont prétexte à une quarantaine de toiles. C’est là qu’il rencontre l’Australien John Peter Russell (1858-1930). Trois œuvres vibrantes de couleurs et de lumière témoignent de sa vie dans la baie de Goulphar, où il accueillera ses amis Henri Matisse et Auguste Rodin. Un autre navigateur cède lui aussi au charme de la petite île du Morbihan, Jean Puy. Son Arrière-port du Palais à marée haute, 1902 présente un dessin simplifié et des couleurs fortes, prémices du fauvisme. La Fête au pays, Saint-Guénolé, de 1905, montre combien la vie moderne fut le fil conducteur de Robert Delaunay, avant que ses recherches sur la couleur et le mouvement ne l’amènent à devenir l’un des maîtres de l’abstraction.
Des artistes sous influence
Les grandes innovations des maîtres laissent des traces en Bretagne, inspirant suiveurs et artistes, de passage ou sédentaires qui, à leur tour, livrent des compositions personnelles. Ici, les couleurs pures empruntées aux fauvistes teintent les scènes de la vie quotidienne de Jeanne-Marie Barbey à Gourin, où elle vient rejoindre son frère durant la saison estivale, tandis que les touches cubistes transparaissent chez Conrad Kickert, Henri Le Fauconnier et Georges Sabbagh, tous trois familiers de Ploumanac’h. Difficile de ne pas penser à Paul Cézanne devant la magistrale composition de ce dernier, Synthèse à Ploumanac’h aux rochers déconstruits masquant la mer… Si Jean-Bertrand Pégot-Ogier a retenu la leçon de l’impressionnisme, Marcel Mettenhoven, sensible au japonisme, habille ses landes du Morbihan de délicates nuances de bleu et de vert. Artiste solitaire, Albert Clouard a choisi Perros-Guirec afin de travailler loin de l’agitation parisienne. Poète plus que peintre, cet ami de Paul Sérusier et Maurice Denis a livré des paysages enchanteurs, entre sacré et profane, comme cette Cueillette des pommes. Imposant par son format, sa touche nerveuse et ses couleurs presque expressionnistes, un pastel de l’Américain Charles Fromuth (1858-1937), Thoniers à voile à Concarneau contraste avec la douceur d’un paysage de Ferdinand Loyen du Puigaudeau, Le Vieux Figuier à Pénerf, les clairs-obscurs chers à ceux de la «Bande noire»   Lucien Simon, André Dauchez, Charles Cottet , les scènes intimistes à la touche proche de celle des néo-impressionnistes d’Henri Le Sidaner. Dans un style plus classique, Fernand Le Gout-Gérard, Henri-Jules Guinier et Achille Granchi-Taylor traduisent la vie difficile des pêcheurs et l’animation des marchés. Un séduisant voyage en peinture.

À VOIR
«La Modernité en Bretagne/1, de Claude Monet à Lucien Simon 1870-1920», musée de Pont-Aven,
place Julia, 29930 Pont-Aven, tél. : 02 98 06 14 43.
Catalogue Silvana Éditoriale, 168 pp, 29 €.
Jusqu’au 11 juin 2017.
www.museepontaven.fr
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