La Brafa 2017 réchauffe les collectionneurs

Le 06 janvier 2017, par Alexandre Crochet

Exception culturelle belge, la vénérable manifestation bruxelloise accueille une fois encore la fine fleur des marchands belges, français et européens. Une véritable corne d’abondance, de l’archéologie à l’art contemporain.

Mannequin grandeur nature, bois, fin XVIIIe siècle. Présenté par Herwig Simons à la Brafa 2017.

Au cœur de l’hiver, quand le petit monde de l’art s’est assoupi un moment, la Brafa donne le signal du réveil. Un réveil en couleurs et en mouvement. Cette année, en effet, la foire bruxelloise rend hommage à l’artiste d’origine argentine Julio Le Parc. Après une exposition à la galerie d’Emmanuel Perrotin, à New York, cet automne, le maestro de l’art cinétique, cofondateur du GRAV (Groupe de recherche d’art visuel) dans les années 1960, avec notamment François Morellet, est à l’honneur au Pérez Art Museum de Miami, jusqu’au 19 mars prochain. Ici, quatre œuvres sont disséminées dans les allées au sein d’une scénographie spécifique, dont une énorme sphère rouge et un immense mobile vu à la rétrospective du Palais de Tokyo en 2013. De quoi stimuler les nombreux visiteurs de la Brafa  58 000 l’an dernier  et aiguiser leur appétit. Même les plus gourmands trouveront leur bonheur dans cette foire spacieuse, qui prend place dans le site (chauffé) de Tour & Taxis  les anciens entrepôts des douanes , situé en lisière du centre-ville. À partir du 21 janvier, jour de l’ouverture officielle, les amateurs pourront arpenter près de 132 stands réunis pour cette 62e édition. Exposants et visiteurs se montrent fidèles à ce rendez-vous installé de longue date, bénéficiant d’un créneau sans concurrence dans l’agenda des événements de sa spécialité, l’art et les antiquités. D’aucuns la classent parmi les meilleures foires européennes. Certains veulent même y voir une «petite Tefaf», une façon de dire qu’elle s’en approche sans l’égaler. Une partie des exposants participent d’ailleurs aussi à la foire de Maastricht.
 

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Deux petits léopards l’un derrière l’autre, vers 1912-1913, bronze à patine noire nuancée de brun, fonte Hébrard, h. 37
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Deux petits léopards l’un derrière l’autre, vers 1912-1913, bronze à patine noire nuancée de brun, fonte Hébrard, h. 37,5 cm. Présenté par la galerie de la Béraudière.

Esprit franco-belge et ouverture sur le monde
En réalité, la Brafa échappe aux comparaisons. Élégante, accueillante, chaleureuse, elle possède son caractère propre. Souvent très cultivés, les visiteurs s’attardent volontiers pour échanger avec les marchands. Culturellement, c’est une foire belge, bien plus proche de cœur de la France que ne l’est la Tefaf, dominée par l’esprit néerlandais. Elle se partage principalement entre galeries du plat pays et de l’Hexagone, complétées par des enseignes venues de Suisse, d’Angleterre, d’Allemagne, sans oublier une du Canada et une autre de Hongrie... «La Brafa est une foire franco-belge qui plaît par sa diversité, mais aussi par sa grande fourchette de prix qui va de 5 000 € à 5 M€», confie le marchand de Gand Francis Maere, l’un des deux vice-présidents de la manifestation avec son confrère Didier Claes. Aux côtés d’œuvres des impressionnistes, symbolistes et expressionnistes belges tels Constantin Permeke, Emile Claus ou Rik Wouters, il proposera sur son stand un focus sur l’artiste Eugène Dodeigne, disparu en 2015. «L’un des grands sculpteurs du XXe siècle», selon Francis Maere, ce Belge de naissance a eu droit à deux expositions au musée Rodin, à Paris, et ses œuvres ornent les parcs de sculptures de Middelheim, à Anvers, ou du Kröller-Müller, aux Pays-Bas.

 

Alexander Calder (1898-1976), Ball game, 1974, gouache sur papier, 110 x 74 cm. Présenté par Harold t’Kint de Roodenbeke. © 2017 CALDER FOUNDATION NEW
Alexander Calder (1898-1976), Ball game, 1974, gouache sur papier, 110 x 74 cm. Présenté par Harold t’Kint de Roodenbeke.
© 2017 CALDER FOUNDATION NEW-YORK / ADAGP, PARIS

Offre et public variés
L’une des forces de la Brafa, qui la distingue notamment de la Biennale de Paris (ex-Biennale des Antiquaires) ou de la Tefaf, c’est justement de miser aussi sur des œuvres accessibles. Un véritable numéro d’équilibriste entre une offre de très haut niveau, et des objets «coups de cœur», pas réservés aux seules grosses fortunes. «Nous devons être capables de pouvoir combler les attentes des collectionneurs confirmés, aux connaissances et aux exigences très précises, et en même temps, de susciter chez un amateur d’art le désir de collectionner ou d’acquérir une œuvre. L’offre que nous présentons s’adresse à ces différents publics», résume Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa et marchand réputé d’art moderne à Bruxelles. Cette combinaison peu fréquente explique en partie que les amateurs viennent parfois de loin pour butiner dans les allées. Si les Belges, réputés acheteurs et collectionneurs, les Français de France et de Bruxelles fréquentent en nombre la foire, Francis Maere explique avoir également vu, l’an dernier, des clients allemands, hollandais et même russes. Au collectionneur d’aujourd’hui, éclectique et plus papillonneur qu’autrefois, la Brafa offre un melting-pot choisi. Cette année, douze galeries font leur entrée, dont Anne Autegarden pour les arts décoratifs du XXe siècle, de Bruxelles, Brenske pour les icônes, de Munich, Bernard de Grunne, important marchand d’art tribal de la capitale belge, ou Rodolphe Janssen, installé dans la même ville, pour l’art contemporain. Un tel échantillon reflète la variété d’une manifestation qui rassemble aussi bien de l’archéologie égyptienne que de la bande dessinée, avec deux galeries, Huberty & Breyne et l’enseigne luxembourgeoise Belgian Fine Comic Strip, nouvelle cette année. En tout, près de vingt spécialités, un paradis pour le collectionneur comme pour les décorateurs !

 

Dirck Jacobsz (1497-1576), triptyque de l’Adoration, 1531, huile sur panneau, 47 x 64 cm.Présenté par Jan Muller Antiques.
Dirck Jacobsz (1497-1576), triptyque de l’Adoration, 1531, huile sur panneau, 47 x 64 cm.
Présenté par Jan Muller Antiques.

Les arts premiers à l’honneur
Grâce à la participation des meilleures galeries belges  dont celle de Didier Claes   mais aussi de leurs confrères français les plus réputés, dont Bernard Dulon, sans parler du Québécois Jacques Germain, en tout près de dix marchands, la Brafa est la foire pluridisciplinaire dotée de la plus forte concentration pour les arts premiers. Dans ce domaine, Bernard de Grunne apporte notamment deux masques pende du Congo entre 30 000 et 50 000 € la pièce. L’archéologie arrive presque à égalité avec là aussi environ dix galeries, dont Chenel, Harmakhis ou Cybele, selon que l’on tient compte ou pas des professionnels intégrant d’autres spécialités. Le Parisien David Ghezelbash montre, entre autres, un bas-relief de tête de pharaon de la période ptolémaïque pour 65 000 €. Là où d’autres foires l’ont reléguée à la portion congrue, la Haute Époque, soit le Moyen Âge et la Renaissance, y trouve toute sa place à travers les beaux-arts, les arts décoratifs, la peinture de retables ou la statuaire. Jan Muller Antiques, de Gand, présentera ainsi un triptyque de l’Adoration par Dirck Jacobsz du XVIe siècle venant d’une collection privée belge. Les arts asiatiques font également l’objet d’une digne représentation, avec des galeries de poids telles les Parisiens Jacques Barrère, spécialiste de la Chine et du Japon, Christophe Hioco, pour l’Inde, et Jean-Christophe Charbonnier pour les armures du Japon. Les amoureux des arts décoratifs classiques du XVIIIe siècle, en particulier français, ne manqueront pas les stands de Perrin et de Benjamin Steinitz, fidèle à la foire. Pour poursuivre, dans des temps plus modernes cette fois, il faudra notamment s’arrêter, en l’absence cette année des Marcilhac, sur celui de la galerie Mathivet pour l’art déco avec des pièces de Paul Dupré-Lafon ou Jean Dunand.

 

République démocratique du Congo. Masque, culture pende, bois, h. 28.5 cm. Présenté par Bernard de Grunne.
République démocratique du Congo. Masque, culture pende, bois, h. 28.5 cm. Présenté par Bernard de Grunne.

De Bugatti à Basquiat
Mais s’il y a des domaines qui peuvent faire la fierté de la Brafa, ce sont bien la peinture et la sculpture des XIXe et XXe siècles, très présentes, comme sur le stand de Mathias Ary-Jan. Ce spécialiste de la peinture orientaliste, qui aime beaucoup «cette foire dont la qualité grimpe d’année en année», ne se cantonne pas à ce sujet et a composé un éventail très féminin d’œuvres de Domergue, Gustave De Jonghe ou Léon de Smet. Parmi les œuvres les plus chères figureront à coup sûr un groupe sculpté de deux léopards de Rembrandt Bugatti, artiste qui a bénéficié d’une grande visibilité cet automne dans les ventes à Paris : le prix de cette fonte Hébrard présentée par la galerie de la Béraudière approche du million d’euros. Bailly (Genève) montrera un tableau de Nicolas de Staël, Les Martigues, pour lequel on imagine un prix coquet. Enfin, la galerie belge Boon met en avant une œuvre sur papier de Basquiat sur le thème de la chaise électrique et de l’inventeur Thomas Edison, pour plus de 300 000 €. Une paille comparée aux 57 M$ obtenus en mai dernier à New York par une grande toile de l’artiste américain !

À SAVOIR
Brafa, Tour & Taxis, avenue du Port 86C, Bruxelles.
Du 21 au 29 janvier 2017.
www.brafa.be
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