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La Gazette Drouot Marché de l'art - Foires et salons

La Biennale Paris, une 30e édition bien assise

Le 19 juillet 2018, par La Gazette Drouot

Retour sous la verrière du Grand Palais avec trois maîtres mots : ambition, audace et renouveau, signant une volonté de participer une nouvelle fois au rayonnement de la place de Paris.

La Biennale Paris, une 30e édition bien assise
Louis Cresson (1706-1761), fauteuil en bois doré sculpté, vers 1740, 103 x 77 x 77 cm. Charles Hooreman.
Reçu maître le 28 janvier 1738, Louis Cresson, membre d’une éminente famille de menuisiers en sièges, s’installe sous l’enseigne «À l’image de Saint-Louis» et produit dans le style Régence, puis Louis XV. Il travaille notamment pour le prince de Condé et le duc d’Orléans. Le 20 juin 2008, la maison Ferri vendit à Drouot, pour 466 610 €, une suite de quatre fauteuils en bois naturel d’époque Régence, d’un modèle presque identique.

© Charles Hooreman, Paris

La Biennale Paris sera de retour à partir du 8 septembre prochain sous la verrière du Grand Palais et, pour la deuxième fois de son histoire, un an seulement après sa précédente édition. Ces douze derniers mois, rien ne lui aura été épargné ni n’aura été simple dans sa préparation, et l’on ne peut que dresser ce constat : rarement une manifestation artistique de cette ampleur aura rencontré autant de vents contraires. Une spécificité française, là encore ? Mais pourtant, elle tient bon, droite dans sa version annualisée, annonçant soixante-dix exposants, le parrainage de quinze personnalités reconnues du monde artistique réunies sous l’appellation de Commission Biennale, présidée par Christopher Forbes et comptant notamment Alain-Dominique Perrin dont l’interview franche et directe est à lire en page 24. Son vetting les récentes affaires ayant secoué le landernau des antiquaires le rendant toujours plus incontournable  est renforcé sous la direction de Frédéric Castaing et Michel Maket. Six femmes influentes, ambassadrices du savoir-vivre, porteront le dîner de gala, et elle s’offre même le luxe d’inviter un personnage haut en couleur, voire iconoclaste, Pierre-Jean Chalençon, à exposer la part intime de son immense collection dédiée à Napoléon Ier, sans oublier un couturier avant-gardiste et hors norme lui aussi, dont personne ne peut contester l’appétence pour l’art : Jean-Charles de Castelbajac (voir page 16). Alors, en marche la Biennale Paris ? Sans aucun doute. Suivant le mouvement alentour et n’en déplaise aux tenants de l’ordre établi, sa nouvelle équipe dirigeante, sous la présidence de Mathias Ary Jan, ose bousculer les codes, consciente des enjeux, de l’attente des collectionneurs et du public, et des critiques qui fourbissent déjà leurs plumes.
 

Bâton en bois, vermeil, bronze doré et soie, 1804. Collection Pierre-Jean Chalençon.Le dimanche 2 décembre 1804, Napoléon Bonaparte est sacré en la ca
Bâton en bois, vermeil, bronze doré et soie, 1804. Collection Pierre-Jean Chalençon.
Le dimanche 2 décembre 1804, Napoléon Bonaparte est sacré en la cathédrale Notre-Dame de Paris. À l’issue du couronnement, au cours de l’intronisation, le chef des hérauts d’armes, le capitaine Michel Duverdier, proclama : «Le très glorieux et très auguste Empereur Napoléon, Empereur des Français, est couronné et intronisé. Vive l’Empereur !», tout en brandissant ce bâton couronné et semé d’abeilles, assorti d’un glaive à poignée d’or enrichi de diamants.
© Th. Hennocque

Entre galeries historiques et nouvelles venues
L’exigence de qualité des œuvres élues place la barre toujours plus haut. Pour la franchir, la Biennale Paris pourra compter sur la présence indéfectible des fidèles de toujours, qui pour l’occasion ont constitué un vivier de pièces rares. À l’image d’une tête de bouddha des Qi du Nord ciselée au VIe siècle, mise en lumière par la galerie Jacques Barrère, ou d’une Composition abstraite encore sombre, de 1949, de la vedette du stand de la galerie Berès, Nicolas de Staël. La galerie Mermoz également, à l’origine de très importantes collections, européennes et américaines, d’art précolombien, qui dévoile un masque de jade représentant un souverain olmèque (Mexique, 900-600 av. J.-C.). Plus récente dans les allées, mais tout aussi assidue, la galerie Damien Boquet Art revient avec quelques merveilles, dont une toile de Berthe Morisot, le Portrait de Louise Riesener, animée d’une vie frémissante. Élargissant l’horizon de cette édition des 30 ans, un nouveau contingent de galeristes a décidé, pour la première fois, de tenter l’aventure. Commençons par la plus lointaine, Marianne Rosenberg, directrice de l’enseigne new-yorkaise Rosenberg & Co, qui observe que «la Biennale cadre parfaitement avec ce que nous recherchons, comme beaucoup de galeristes souhaitant un salon haut de gamme qui ne cible pas seulement l’art ultra-contemporain». Pour la petite-fille du célèbre marchand français exilé aux États Unis, «c’est aussi l’occasion de renouer les liens avec Paris, ville où mon grand-père Paul et mon grand-oncle Léonce Rosenberg avaient leur galerie». Fondée en 2015, la sienne poursuit ce chemin familial en exposant l’art moderne, du cubisme aux mouvements des années 1960, avec des œuvres d’artistes français  comme un rare dessin de 1885 du Douanier Rousseau, Quai d’Auteuil , mais aussi d’Américains moins connus de ce côté-ci de l’Atlantique, tel George L.K. Morris, avec une aquarelle de 1948. Pour sa part, Clara Scremini a déjà participé à bien d’autres salons, mais pas encore à la Biennale. Depuis plus de vingt ans dans sa galerie de la rue Quincampoix, elle fait découvrir au public et aux collectionneurs les arts du verre. Ici, elle a choisi de présenter des pièces exigeantes d’Ann Wolff, d’Eva Vlcková ou d’Emmanuel. D’autres encore, après avoir déserté la verrière du Grand Palais, y font leur retour pour ce millésime décisif. C’est le cas de Marc Maison, qui propose des pièces décoratives venues de l’Europe entière, et postérieures à 1850. L’un de ses morceaux phares pourrait bien être un tondo en émail d’André-Fernand Thesmar et Ferdinand Barbedienne, réalisé en 1874. Cette année d’ailleurs, l’accent sera volontiers mis sur la haute décoration, au moment où se déroulent l’incontournable salon Maison & Objet et la Paris Design Week, rendez-vous de tous les décorateurs internationaux. Le XXe siècle sera à la pointe aussi, avec les propositions des galeries Yves Gastou, Michel Giraud, Marcilhac, Jacques Lacoste et Mathivet, toutes ferventes zélatrices des grands maîtres des arts décoratifs.

 

3 questions à 
Jean-Charles de Castelbajac

Vous vous plaisez à citer l’histoire comme votre principale source d’inspiration ; est-ce ce qui vous a conduit à accepter cette mission de directeur artistique pour la Biennale ?
La Biennale est la cristallisation et la convergence de centaines de fragments historiques au travers des meubles, objets et tableaux présentés. C’est en cela que ma passion pour l’histoire peut inspirer mon imaginaire et permettre de créer un pont vers la modernité.

On aurait tendance à vous imaginer plus proche de la FIAC que de la Biennale dans vos choix. Quels sont vos coups de cœur dans cette édition ainsi que les artistes qui vous touchent ?
Je me sens appartenir aux deux. À la FIAC j’aimerais parler d’histoire, à la Biennale, mon art est à sa place pour appréhender les chefs-d’œuvre du passé avec les yeux du futur. Mon coup de cœur va à la collection de Pierre-Jean Chalençon, qui est comme un inventaire intime et sentimental de la vie d’un géant illustre. Je suis particulièrement sensible aux époques de transition, où les styles s’entrecroisent, comme la rencontre du XVIIIe et de l’Empire. Deux artistes me bouleversent aujourd’hui : Es Devlin, scénographe qui met en scène avec la lumière une remarquable vision du futur, et Claude Viallat, le plus grand coloriste du XXe siècle, fondateur du mouvement support/surface.

Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de votre intervention au Grand Palais ?
Mon intention créative est de m’emparer de la collection de Pierre-Jean Chalençon en l’encerclant d’un carrousel doté d’une multitude d’étendards recréant un arc-en-ciel, à l’effigie du premier cercle de l’Empereur. Cette installation est le reflet métaphorique d’une tente de miroirs recélant ces merveilles rares exposées au public. Je me suis imaginé convoqué par l’Empereur, me disant : «Castelbajac, je veux que vous créiez de nouveaux codes chromatiques afin que mon univers soit compris des générations du futur» !


Des trésors napoléoniens sous la verrière
Au centre de la Biennale édition 2018, à l’aplomb du dôme, se dressera un espace dédié à Napoléon Ier. Tenant à la fois de la tente de campagne et du pop-up muséal, le lieu expose quelques pépites de la collection du médiatique Pierre-Jean Chalençon, qui rappelle malicieusement que «le souverain n’avait pas eu droit à une exposition au Grand Palais depuis 1969» ! Grâce à lui, on pourra donc détailler ces items ayant appartenu à l’Empereur. Riche de quelque 1 200 souvenirs, son ensemble  l’un des plus importants en ce domaine aujourd’hui  a déjà connu le succès à l’étranger, de la Chine à la Russie. La sélection parisienne, elle, est en grande partie basée sur des objets très personnels du souverain : «Cela m’intéressait de montrer aussi des choses du quotidien, atypiques, plus discrètes», explique le collectionneur. Ainsi, aux côtés du Portrait de l’impératrice Marie Louise en grand costume et parure de son joaillier Nitot par François Gérard, dans un cadre en bois doré orné d’aigles, on découvrira, accompagnés d’un gobelet à vin en or et vermeil par Martin-Guillaume Biennais, des couverts aux armes impériales retrouvés dans la berline de Napoléon au soir de Waterloo. Il y a aussi l’assiette de campagne en argent de l’Empereur, ramassée par les Prussiens de Blücher en ce même 18 juin 1815 à la ferme de la Belle-Alliance, un verre à orangeade en cristal gravé au chiffre impérial et  peut-être le plus émouvant  ce foulard en madras que portait le souverain à Sainte-Hélène en raison de l’humidité de l’île…

 

Berthe Morisot (1841-1895), Portrait de Louise Riesener, 1881, huile sur toile, 73 x 60 cm. Damien Boquet Art.Louise (1860-1944) est la fille du peint
Berthe Morisot (1841-1895), Portrait de Louise Riesener, 1881, huile sur toile, 73 x 60 cm. Damien Boquet Art.
Louise (1860-1944) est la fille du peintre romantique Léon Riesener, un grand ami des impressionnistes. En 1857, il achète un moulin à Beuzeval, près de Houlgate. Les Morisot viendront y passer deux étés, qui donneront naissance à de solides liens d’amitié entre les deux familles. Berthe cherchera les conseils avisés du vieux maître et fera plusieurs portraits de sa fille ; le musée de l’Évêché-musée de l’Émail de Limoges en conserve un, de 1888.
© Damien Boquet Art, Paris


À suivre
D’autres nouveautés sont encore à évoquer : la nocturne du second week-end, correspondant à celui des Journées du patrimoine, une image plus dynamique, accentuée par une nouvelle signalétique, un nouveau site internet… et une ouverture à de plus jeunes galeries, car elles représentent le devenir du marché de l’art français. Et si la manifestation fait la part belle aux enseignes françaises, elle ne dédaigne pas d’ouvrir son horizon. Seront présentées les découvertes indo-portugaises du duo Álvaro Roquette - Pedro Aguiar Branco et celles consacrées à l’empire portugais de São Roque  deux entités installées à Lisbonne , les dessins et tableaux espagnols réunis par la madrilène Ana Chiclana, les trouvailles en antiquités classiques de la galerie Cahn A.G., sise à Bâle, ou encore les œuvres de designers italiens de la galerie milanaise Robertaebasta et celles du pop art britannique, mises à l’honneur par la londonienne Whitford Fine Art. De quoi allécher les collectionneurs, mais n’oublions pas que cette trentième édition concocte ses derniers ingrédients cet été… et donne rendez-vous en septembre pour les révéler.

 

La Biennale
En 7 temps forts

1962
Six ans après sa création, la Foire des antiquaires devient la Biennale. La même année, sous l’impulsion d’André Malraux, ministre de la Culture, elle trouve son lieu : le Grand Palais.
1970
Déjà assise, la Biennale voit des noms prestigieux fouler ses tapis, du couturier Hubert de Givenchy – bientôt un fidèle – à l’acteur américain Cary Grant.
1992
La dernière édition avant la fermeture du Grand Palais pour travaux marque les esprits grâce au décor de Pier-Luigi Pizzi à l’architecture d’inspiration italienne.
1996
La Biennale prend ses quartiers au Carrousel du Louvre pour la deuxième fois et organise son premier dîner de gala. Il sera donné au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.
2006
Pour sa 23e édition, la foire est de retour au Grand Palais, avec une scénographie de François-Joseph Graf, aux façades néoclassiques en trompe l’œil.
2012
Karl Lagerfeld signe la mise en scène de la XXVIe Biennale. Il s’agit de fêter dignement les 50 ans de la manifestation. Une montgolfière suspendue dans les airs éclaire la voûte.
2017
La Biennale devient annuelle et change de nom : ce sera désormais La Biennale Paris.

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