L’univers en poche

Le 14 avril 2017, par Philippe Dufour

Emblématique de l’esprit savant qui animait la cour pragoise de l’empereur Rodolphe II, ce compendium dû au talent d’Erasmus Habermel sera bientôt à votre portée. Mode d’emploi.

Erasmus Habermel (vers 1538-1606), compendium, ou nécessaire astronomique, en laiton doré à compartiments, signé E. Habermel à la base du cadran lunaire, Prague, vers 1590, 1,7 x 6,8 x 6,9 cm.
Estimation 20 000/30 000 €

L’objet mystérieux se présente sous la forme d’un boîtier en laiton doré, gravé sur le plat supérieur d’une mappemonde parcourue de méridiens. Si on l’ouvre, plusieurs compartiments apparaissent, recélant d’autres cadrans et alignements de chiffres. De quoi s’agit-il exactement ? D’un «compendium». Traduisez : un nécessaire astronomique en réduction, qui regroupe plusieurs fonctions permettant d’effectuer des calculs complexes.
À la mode du temps
C’est à la Renaissance, que cet outil multiusage connaît un fort engouement de la part des princes et hauts personnages entichés d’une science désormais expliquée à tous. Le premier d’entre eux n’est autre que l’empereur Rodolphe II de Habsbourg (1552-1612). Après son élection au trône de Bohême, le 7 septembre 1572, il s’installe à Prague, attirant dans sa capitale artistes et artisans de très grande valeur. Parmi eux, Erasmus Habermel, l’auteur, vers 1590, de notre «compendium». Si on ne connaît de l’homme ni le lieu ni la date de naissance précise, plusieurs indices donnent Nuremberg comme sa ville de formation. Mais on sait avec certitude qu’il est à Prague en 1573, l’une de ses réalisations portant mention de la capitale et de l’année. Il y possède d’ailleurs un atelier fournissant quantité d’instruments : astrolabes, sphères armillaires, cadrans solaires et bien sûr ces fameux «compendiums», qui conjuguent, à la mode du temps, astronomie et astrologie. En 1593  consécration ultime , Habermel est nommé fabricant d’instruments scientifiques de Rodolphe, collectionneur boulimique et toutes catégories. Aujourd’hui, de son abondante production subsistent cent cinquante pièces, dont une vingtaine a été réalisée pour Franciscus de Padoue, l’un des nombreux alchimistes et astrologues qui entourent l’empereur mystique et dépressif. Habermel disparaît en 1606. Sa fonction sera reprise par l’augsbourgeois Hans Christof Schissler, nommé horloger de la cour en 1610, autre grand créateur de ce type d’objets sophistiqués.
La petite musique des sphères
Ces nécessaires astronomiques obéissent à des règles très précises quant à leur composition, chaque compartiment ou plat gravé donnant une mesure complémentaire. Commençons par la plus usitée : l’heure, donnée par un cadran solaire. Incluse dans une fenêtre, une indispensable boussole permet l’orientation correcte du boîtier ; on peut ensuite relever le style-axe pliant, qui envoie une indication sur la couronne du cadran, elle-même divisée de quatre à douze heures, et de une à huit heures. Tout aussi apprécié, à une époque où beaucoup de disciplines en particulier la médecine et l’agriculture  obéissent aux humeurs de l’astre nocturne : le cadran lunaire. Avec sa volvelle spécifique, ce disque tourne sur une échelle donnant la date et l’heure, tandis que la phase de la lune, quart, demi ou pleine, s’encadre dans la petite fenêtre au centre. C’est sur ce plat qu’apparaît, suivant une habitude observée sur d’autres modèles, la signature de l’artiste. Mais le compendium contient également une table des planètes alors répertoriées, une autre table dévolue aux heures égales et inégales, sans oublier l’indispensable rose des vents… Tout un programme !

samedi 22 avril 2017 - 14:30
Olivet - Domaine de la Fontaine, 1379, rue de la Reine-Blanche - 45160
Philocale
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