L’apothéose de la Sagesse et de la Vertu

Le 01 mars 2018, par Philippe Dufour

Sur le modèle des touchantes compositions en vogue sous Louis XVI, Pierre Alexandre Wille expose au Salon de 1777 le couronnement d’une rosière. Une brillante scène de genre entre peinture de l'ancien régime et influence de Rousseau.

Pierre Alexandre Wille (1748-1821), La Fête de bonnes gens ou la récompense de la Sagesse et de la Vertu (détail), huile sur toile, 102,5 x 130 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

Rosière : «jeune fille vertueuse à laquelle, dans certaines localités, on décernait solennellement une couronne de roses accompagnée d’une récompense». La définition du Larousse trouve sans aucun doute l’une de ses meilleures illustrations dans ce tableau, peint en 1776 par Pierre Alexandre Wille. À la manière d’un opéra de l’époque, La Fête de bonnes gens ou la récompense de la Sagesse et de la Vertu met en scène le couronnement d’une jeune villageoise, d’allure virginale dans sa robe, blanche comme il se doit. Intimidée, elle s’apprête à recevoir de la main du seigneur du château la fameuse coiffure de roses qu’un ruban bleu va bientôt compléter. Au-dessus, une nuée d’angelots supporte les effigies des rois Henri IV et Louis XVI, comme d’heureux augures. Tout l’intérêt de la composition réside dans sa division, révélatrice, en deux groupes sociaux qui s’observent : à gauche la noblesse, avec les dames assises et vêtues à la dernière mode, et à droite les habitants du lieu, endimanchés. Le trait d’union entre les deux mondes est donc l’adolescente, accompagnée de sa mère et de son père, lequel recevra lui aussi une couronne, mais de feuilles de chêne. Brandie par des gardes municipaux, une bannière fait référence à Salency. C’est dans ce village de Picardie, aujourd’hui situé dans l’Oise, qu’est née la tradition de la fête de la rosière, qui, selon la légende, remonterait au Ve siècle, impulsée par saint Médard, évêque de Noyon. Elle avait tout pour séduire, en cette fin de XVIIIe siècle où, sous l’influence d’un Jean-Jacque Rousseau, l’on exaltait la vie simple et les vertus morales.
Wille fils, spécialiste des scènes de genre
Jean-Baptiste Greuze s’est aussi emparé du thème, qui fut gravé par Moreau le Jeune pour un frontispice. Parmi les élèves les plus brillants du peintre : Pierre Alexandre Wille. Fils du graveur Jean Georges Wille, il reçoit les leçons paternelles, qui feront de lui un dessinateur accompli. Mais c’est Greuze, ami de la famille, qui va lui communiquer, outre sa gamme de couleurs, sa passion pour la scène de genre édifiante. Malgré une influence indéniable qu’attestent ici certains visages et attitudes et qui lui a parfois été reprochée , Wille développe une manière très personnelle, sensible en particulier dans ses portraits intimistes ou mondains. Le 25 juin 1774, le jeune homme est agréé par l’Académie royale de peinture et, dès lors, expose ses œuvres au Salon, dont il deviendra un familier jusqu’en 1787, tout en participant au Salon de la correspondance, créé par Pahin de La Blancherie en 1779. La Fête de bonnes gens sera ainsi présenté au Salon de 1777, sous le numéro 169, en pendant de L’Aumône, aujourd’hui au musée des beauxarts d’Angers. La toile pourrait donc mettre en compétition institutions et collectionneurs ; d’autant plus qu’à une exécution fort élégante s’ajoute un parcours imparable : depuis son acquisition par Charles Marette de Lagarenne en 1812, la toile est restée dans la même famille.

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