L’album retrouvé de l’empereur Qianlong

Le 10 juin 2016, par Philippe Dufour

Trésors de Chine. Après un exceptionnel rouleau d’origine impériale, resté dans toutes les mémoires, Toulouse renoue avec les chefs-d’œuvre de l’art chinois, en présentant le volume 4 du Zhigongtu.

Chine, dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795), Zhigongtu volume 4, encre et couleur sur soie, album composé de 26 doubles-pages, chaque page : 39 x 34,2 cm.
Estimation : 1,5/2 M€.


Il y a quatre ans, presque jour pour jour, à Drouot, la maison Christophe Joron-Derem créait l’événement en présentant un album impérial de l’époque Qianlong (1736-1795). Il portait le numéro 5, rarissime volume d’une série qui en comptait probablement huit à douze. Ce qui laissait rêveur et supposer que d’autres merveilles du genre pourraient bien réapparaître un jour ou l’autre. C’est chose faite à Toulouse, où l’un des survivants dûment identifié sera livré à l’appétit des acheteurs internationaux, le 18 juin sous le marteau de Marc Labarbe... Un habitué des trésors de la Chine ancienne, puisqu’il enregistrait, le 26 mars 2011, le beau record de 22 M€ avec le rouleau de  La Grande Revue IV, ayant également appartenu à Qianlong. Cette fois, il s’agit d’un manuscrit illustré, s’intitulant Zhigongtu, ce que l’on peut traduire par «Porteurs de tribut». Le luxueux ouvrage se compose de vingt-six doubles-pages. Les deux premières, en papier à fond jaune parsemé de paillettes d’or, présentent les trois indispensables cachets impériaux : le Wufuwudaitang guxi tianzi bao, ou «Grand sceau d’un Fils du Ciel ayant atteint une longévité rare de tous temps, à la salle des Cinq bonheurs pour cinq générations», le Bazheng maonian zhi bao («Grand sceau des Huit indices pour le choix d’un successeur par un octogénaire»), qui permet d’affirmer que l’ouvrage a bien été réalisé autour de 1790 pour les quatre-vingts ans de l’empereur Qianlong, et, enfin, le Yuanmingyuan bao, ou «Jardin de la Clarté parfaite», situé dans l’enceinte du palais d’Été.
Des confins du Guangdong et du Guangxi
Après ce très solennel préambule, deux doubles-pages plus anciennes, datées de 1760, comportent des poèmes calligraphiés de Qiu Tixiu, ministre du protocole, et de Yu Minzhong, secrétaire de l’empereur. S’avance ensuite un fascinant cortège de personnages, peints à l’encre sur soie, qui défile au long de vingt doubles-pages ; sur chacune d’elles, un couple est représenté, un femme et un homme en vis-à-vis, issus de vingt ethnies minoritaires, essentiellement des confins du Guangdong et du Guangxi actuels. Deux textes, l’un en mandchou, à gauche, l’autre en chinois mandarin, à droite, en décrivent leurs habitants, certainement fort exotiques pour la cour impériale.
Des ouvrages géopolitiques
Ils donnent aussi de précieuses indications sur leurs relations historiques avec l’empire des Qing. Car ces planches n’étaient pas qu’un objet de pure délectation esthétique : la haute administration et l’empereur lui-même les consultaient avant d’effectuer toute inspection dans les provinces lointaines. Elles appartiennent en tout cas à un vaste ensemble d’ouvrages «géopolitiques», cataloguant les nations du monde et les peuples vassaux, aujourd’hui conservés au Musée du palais, à Pékin. Notre album, même amputé de treize double-pages et des deux habituelles couvertures en bois précieux, est attendu entre 1,5 et 2 M€. Il suffit de rappeler qu’à Paris, le volume 5, certes bien complet, s’était envolé à 6,3 M€...

samedi 18 juin 2016 - 11:00
Toulouse - Hôtel des ventes Saint-Aubin, 3, boulevard Michelet - 31000
Marc Labarbe
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