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Joseph Chinard, une redécouverte en version grand format

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 25 mars 2023 - 14:30 (CET) - 8, rue de Castries - 69002 Lyon

Cette redécouverte d’un élément du monument de Clermont-Ferrand en hommage au général Desaix apporte une nouvelle lumière sur ce projet inachevé de propagande napoléonienne, tout en éclairant un pan méconnu de la carrière du sculpteur lyonnais.

Joseph Chinard (1756-1813), Trophée d’armes : la Renommée au milieu des armes, haut-relief... Joseph Chinard, une redécouverte en version grand format
Joseph Chinard (1756-1813), Trophée d’armes : la Renommée au milieu des armes, haut-relief en marbre de Carrare réalisé pour le piédestal du monument du général Desaix (1768-1800) à Clermont-Ferrand, vers 1806-1808, marqué aux chiffres de l’empereur Napoléon et du général Desaix dans les deux boucliers posés sur les bras de la Renommée, 155 264 55 cm.
Estimation : 120 000/150 000 €

Lorsque les ouvriers du cimetière de Fourvière à Lyon se prenaient en photo à la fin du XIXe siècle devant cet imposant groupe, ils ne se doutaient pas qu’ils se tenaient aux côtés d’un élément inconnu du monument clermontois du général Louis-Charles-Antoine Desaix (1768-1800), d’origine auvergnate. Il faut dire que même les plus éminents historiens de l’art ont longtemps pensé que seul le relief principal de ce projet, représentant la Mort du général Desaix, avait été terminé et livré (musée d’art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand). En fait, le Trophée d’armes a été gardé par Chinard dans son atelier lyonnais jusqu’à sa mort, puis par son épouse jusqu’en 1839. Il entre alors en possession du sculpteur et marbrier lyonnais Antoine Dubreuil. De la mort de ce dernier, en 1899, jusqu’à ce jour, il a orné les collections de la Société des marbriers et sculpteurs réunis, dont Dubreuil était sociétaire. Cette redécouverte éclaire d’un nouveau jour la fameuse commande officielle auprès de l’architecte Joseph Laurent et du sculpteur Joseph Chinard. On ne voit aujourd’hui dans le centre-ville de Clermont-Ferrand qu’un obélisque, appelé « la Pyramide » ; en pierre de Volvic, il est surmonté d’une urne, destinée à l’origine à recevoir le cœur du général, et entouré d’un bassin. Il était prévu qu’il soit encadré par quatre trophées monumentaux. Mais le sculpteur lyonnais connut bien des difficultés dans la réalisation de ce projet pour des raisons tant techniques que financières, auxquelles il convient d’ajouter de nombreuses indécisions. Si, dans le premier contrat, daté du 14 septembre 1801, la commande ne comprend que quatre têtes de lion en fer et un médaillon en marbre représentant le général Desaix, dans le deuxième et dès le mois d’octobre, à la demande de Chinard, sont ajoutés quatre têtes de gueulard et surtout quatre trophées militaires monumentaux en stuc décrivant l’Apothéose de Desaix, la Mort du général, une Victoire ajustant des armures à la gloire des armées françaises et notre Renommée au milieu des armes. Mais les années passent, et la réalisation des œuvres tarde, de même que les paiements réclamés par l’artiste. La Victoire ajustant des armures est achevée fin 1803, pourtant Chinard propose encore des modifications : la statue doit être remplacée par un Faisceau consulaire et, surtout, le marbre de Carrare est choisi pour matériau, une pierre que le sculpteur apprécie tout particulièrement ; il a longtemps séjourné en Italie, afin de se former notamment à l’art antique, et passé quatre années en Toscane, à Carrare, entre 1804 et 1808. Durant ce séjour, le 15 avril 1807, il adresse un dessin de ce nouveau projet au maire de Clermont-Ferrand (conservé à la bibliothèque de la ville), en même temps qu’il annonce l’envoi de deux groupes sculptés, dont le nôtre et La Mort du général, décrivant Desaix tombant de cheval. Seul ce dernier arrivera à bon port, en octobre (musée d’art Roger-Quilliot). On le sait maintenant, bien que l’ensemble des trophées ait été réalisé entre 1806 et 1808, ils restèrent longtemps bloqués à Carrare, puis à Arles, avant d’arriver à Lyon en 1811. Mais alors, Chinard, n’ayant pas perçu tout son dû, conserve les œuvres. La commande ne sera ainsi toujours pas livrée à sa mort, en juin 1813. À la disparition de sa veuve, L’Apothéose de Desaix est acquise par le critique d’art parisien Alexandre Nathanson, pour être revendue en 1928, tandis que Le Faisceau consulaire et cette Renommée passent dans la collection d’Antoine Dubreuil.


Un sculpteur de monuments
Installé à Lyon, Joseph Chinard est un artiste très actif dans tout le pays, notamment durant la période du Consulat et de l’Empire, ayant pour protecteur le couple Récamier qui l’invite régulièrement à Paris. C’est d’ailleurs cette réputation qui incite Bonaparte à s’adresser à lui fin juin 1800, quelques jours seulement après la mort à Marengo en héros de son général favori, son fidèle compagnon depuis la campagne d’Égypte, à l’âge de 31 ans. Sur le chemin du retour d’Italie, effectuant une halte à Lyon afin de lancer la rénovation de la place Bellecour, le consul en profite pour commander à Chinard un buste du général, la première œuvre d’une longue série de monuments commémoratifs en son honneur, de la fontaine de la place Dauphine à Paris au tombeau du col du Grand-Saint-Bernard. Le sculpteur travaille à partir du masque mortuaire du défunt et termine en 1809 le portrait, l’un de ses plus vibrants (château de Versailles). Cette première commande appela sans doute celle de Clermont, le préfet du Puy-de-Dôme et le maire de la ville ayant eu connaissance de la confiance placée en lui par Bonaparte. Ainsi Chinard participe activement à cette propagande artistique voulue par Napoléon et menée par Vivant Denon. « Nous connaissons l’œuvre de Joseph Chinard au travers de ses figurines, de ses projets en terre cuite pour la Révolution, de ses nombreux portraits ou de ses médailles, mais jusque-là on n’avait que peu de témoignages de ses grands monuments », explique l’expert Alexandre Lacroix. Ce trophée s’inscrit pleinement dans le corpus de l’artiste des années 1800-1810. On y retrouve son goût récurrent pour les allégories, mais aussi pour les symboles qu’il aimait accumuler dans des groupes parfois complexes. Dans un projet pour Lyon, en 1801, en l’honneur de Bonaparte, il n’hésite pas à associer la statue pédestre de ce dernier et les emblèmes de la Victoire, de la Paix, des Arts et du Commerce (maquettes conservées au château de Malmaison). Il met habilement au service de la politique contemporaine un répertoire antique qu’il maîtrise à la perfection. On ne peut que partager l’avis d’Alexandre Lacroix : « Stylistiquement, il mêle dans ce trophée la figure de la Victoire au drapé mouillé, qui épouse son corps sensuel, à des armes et trophées plus virils posés autour d’elle. Le contraste est à la fois déroutant et plaisant »…

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