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Jordaens, la théâtralité nordique

Publié le , par Agathe Albi-Gervy
Vente le 24 novembre 2022 - 14:00 (CET) - Salle 15 - Hôtel Drouot - 75009

Cette aquarelle de Jacob Jordaens, qui prépare la Déposition conservée au musée de Hambourg, pourrait correspondre à une feuille mentionnée dans l’immense collection Crozat.

Jacob Jordaens (1593-1678), La Déposition, vers 1650, aquarelle et rehauts de gouache... Jordaens, la théâtralité nordique
Jacob Jordaens (1593-1678), La Déposition, vers 1650, aquarelle et rehauts de gouache sur traits de crayon noir, 35 26 cm. 
Estimation : 30 000/40 000 

Au dynamisme de la composition, centrée sur une pyramide qui n’est pas sans évoquer la Pietà de Michel-Ange, répond celui du trait, vif et court, qui se fait fines hachures pour marquer les ombres, et plus appuyé pour souligner les contours. Les drapés cassants et sculpturaux mettent quant à eux en valeur l’emphase des gestes. Dans cette théâtralité plane l’ombre de la Contre-Réforme, soutenue par les souverains des Pays-Bas espagnols qui ont fait d’Anvers, fief de Jacob Jordaens, le fer de lance du catholicisme du fait de sa position géographique – rappelons que la ville a été arrachée au Nord protestant en 1585. Cette aquarelle, pleinement baroque, prépare la Déposition conservée au Kunsthalle de Hambourg, peinte par Jordaens vers 1650 : deux mètres de toile incarnant la souffrance, en particulier à travers les figures de la Vierge, la bouche tordue de douleur, Marie-Madeleine, les joues rougies de pleurs, et Joseph d’Arimathie, affaissé sur l’échelle, en prise au désespoir. Dans le tableau de Hambourg, l’émotion est accentuée par le cadrage resserré sur les protagonistes, sans mention des anges ni de la croix : une modification imaginée par Jordaens après l’exécution de la présente aquarelle, qui a été recadrée au crayon noir pour former la composition de la future peinture. Une autre Déposition de Jordaens présente une composition resserrée de la sorte : conservé au musée du Prado, à Madrid, il s’agit d’un tableau daté par les conservateurs d’environ 1650-1660, mais dont on ne peut affirmer s’il fut peint avant ou après celui de Hambourg. L’éclairage, tout comme les positions et expressions de certains personnages, diffèrent cependant. L’église du Béguinage d’Anvers renferme elle aussi une Déposition de Jordaens, dans une version, là encore, légèrement différente. C’est donc bien la toile de Hambourg que la présente aquarelle prépare. Il existe également d’autres dessins préparatoires à des Dépositions de Jordaens, par exemple à la National Gallery d’Irlande ou à la Fondation Custodia, mais ils ne présentent pas autant de similitudes avec le tableau final. Cette aquarelle présente un autre intérêt : il pourrait s’agir, selon le cabinet de Bayser, du dessin signalé dans la Description sommaire des desseins […] du cabinet de feu M. Crozat par Pierre-Jean Mariette (1694-1774), publiée en 1741, à la suite du décès de l’illustre collectionneur Pierre Crozat (1665 ?-1740). Il correspondrait au lot 857 : « Douze [dessins de Jordaens], parmi lesquels sont encore plusieurs dessins colorés, et entre autres, une Descente de Croix. »

Dessins
jeudi 24 novembre 2022 - 14:00 (CET) - Live
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