John Craven, la beauté terrible à la galerie Berthet-Aittouarès

Le 19 janvier 2021, par Sophie Bernard

Le festival Photo Saint-Germain résiste ! Le parcours, habituellement programmé à l’automne et reporté en janvier, anime ce début d’année morose, marqué par la fermeture des musées. Pour sa troisième exposition consacrée à John Craven, la galerie Berthet-Aittouarès a vu les choses en grand en proposant à Nathalie Amaé, Audrey Bazin, Matthieu Foss, Valérie Fougeirol et Judith Peyrat, formant Savage Collective, de réaliser le commissariat de l’exposition. Avec pour objectif : « étudier et remettre ce personnage singulier sur le devant de la scène », explique Odile Aittouarès-Inzerillo. Figure du monde de l’art en son temps, John Craven, de son vrai nom Louis Conte, a été écrivain, galeriste, journaliste, et bien sûr photographe. Avec la quarantaine de vintages noir et blanc des années 1950, on découvre ce qui au départ était une commande portant sur le pétrole, donc un travail alimentaire. Par ses partis pris formels, John Craven en fait un sujet d’analyse de son époque. Comme l’indique le titre de l’exposition, il est à la fois fasciné et effrayé par « la beauté terrible » des raffineries. Cette ambivalence s’exprime dans une esthétique évoquant Metropolis de Fritz Lang. Les vues d’ensembles nocturnes transforment les architectures en monstres d’acier tentaculaires, où l’homme est souvent réduit à l’état de silhouette. De leurs côtés, les gros plans dessinent des visages de créatures inquiétantes. Le tout accentué par des noirs profonds qui se laissent admirer sur les tirages réalisés par le photographe lui-même. John Craven était-il visionnaire ? En tout cas, ce monde du pétrole – et du plastique –, symbole de modernité et de progrès, s’est avéré nocif, voire mortel.

Galerie Berthet-Aittouarès,
14, rue de Seine, Paris 
VIe, tél. : 01 43 26 53 09.
Jusqu’au 7 février 2021.
galerie-ba.com
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