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Jean-Léon Gérôme ou la nudité volée

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 27 septembre 2022 - 14:00 (CEST) - 8-10, rue Miséricorde - 44000 Nantes

Classé parmi les peintres académiques de la seconde moitié du XIXe siècle, Jean-Léon Gérôme se montrait pourtant volontiers provocateur – le thème du nu lui en fournissant l’occasion idéale. 

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), L’Épouse du roi Candaule, 1857, toile circulaire, signée... Jean-Léon Gérôme ou la nudité volée
Jean-Léon Gérôme (1824-1904), L’Épouse du roi Candaule, 1857, toile circulaire, signée et datée, diam. 54,5 cm. 
Estimation : 6 000/8 000 

Jean-Léon Gérôme réalisa deux ans avant ce tableau une autre composition consacrée au roi Candaule, très différente, bien plus grande et d’un format paysage, exposée au Salon de 1859 et aujourd’hui conservée au musée de Ponce, à Porto Rico. Dans cette œuvre d’un format alors plutôt réservé aux sujets nobles, évoquant le trou d’une serrure et donc un voyeurisme non dissimulé – tant chez le spectateur que pour le personnage du fond –, le peintre concentre son tableau, plus intimiste, sur le personnage de Nyssia allongée, nue sur sa couche. À l’arrière-plan apparaît discrètement, derrière le rideau entrouvert, Gygès admirant le corps de la jeune femme. Racontée par Hérodote, cette histoire inspirera par la suite Jean de La Fontaine, au XVIIe siècle, puis Théophile Gautier, dans une nouvelle datée 1844. Fier de la beauté de son épouse, le roi Candaule décide de laisser son lieutenant Gygès l’admirer en cachette. Mais la pudique Nyssia l’apprend et décide de se venger ; elle fomente l’assassinat de son mari avec pour associé le lieutenant lui-même. Gygès l’épousera, et il deviendra roi. Ultime provocation du peintre : la feuille de vigne est simplement déposée sur le lit, ne cachant nullement la nudité de ce corps comme dans les œuvres antiques. Le nu est un sujet fréquent chez Gérôme, notamment dans ses scènes néo-grecques ou orientalistes, comme la Mise aux enchères d’une esclave à Rome, de 1886, conservée au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, ou encore Phryné devant l’aréopage de 1861 (Kunsthalle de Hambourg). Si le peintre se veut le plus réaliste possible et fidèle à l’histoire, il donne naissance à de magistrales compositions romancées, voire théâtralisées, offrant une sensualité et un érotisme évidents à ses personnages féminins. Mais dans notre toile, il va encore plus loin dans la provocation, celle que l’on retrouve dans d’autres nus célèbres, comme ceux – nombreux – de Jean Dominique Ingres, parmi lesquels la Dormeuse de Naples aujourd’hui perdue, ou la Nymphe endormie près d’une source peinte par Chassériau en 1850. Un esprit finalement rebelle ?

mardi 27 septembre 2022 - 14:00 (CEST) - Live
8-10, rue Miséricorde - 44000 Nantes
Ivoire - Couton - Veyrac - Jamault
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