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Hackert à l’heure française

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 17 juin 2018 - 14:30 (CEST) - 63, rue du Faubourg-Saint-Martin - 60300 Senlis

En quête de paysages lumineux, l’artiste allemand a beaucoup voyagé pour finalement s’installer en Italie, dont il tombe amoureux. Mais auparavant, en 1767, le voici à Paris, où il réalise cette scène lacustre, bientôt dévoilée à Senlis.

Jacob Philipp Hackert (1737-1807), Paysage avec ruines, 1767, huile sur toile, signé... Hackert à l’heure française
Jacob Philipp Hackert (1737-1807), Paysage avec ruines, 1767, huile sur toile, signé en bas vers le centre «Jacq..Phil.Hackert, F/1767.à Paris», 50 x 61 cm (détail).
Estimation 35 000/50 000 €

C’est un thème classique, composé d’un paysage de ruines et de villageois se livrant au bord d’un lac à leurs occupations… ou à un repos bien mérité et bavard. Pour une fois, ces vieilles murailles ne semblent pas appartenir à l’Antiquité gréco-romaine, mais dater de l’époque médiévale. Est-ce parce que l’œuvre a été peinte en France, et plus précisément à Paris, comme l’indique l’inscription tracée en bas du tableau ? On y lit aussi le nom de son auteur : Jacob Philipp Hackert. Fort recherché en son temps, ce peintre a vu le jour à Prenzlau, petite ville du Brandebourg, au sein d’une famille d’artistes. Fils de Philipp, portraitiste, il est l’aîné  et le plus célèbre  d’une fratrie de cinq garçons, tous destinés à la peinture. Son goût pour le paysage, qui deviendra sa spécialité, lui a peut-être été insufflé lors de son apprentissage chez un oncle à Berlin, un spécialiste des décors de théâtre ; à partir de 1754, il choisit d’ailleurs cette discipline à l’Académie de la cité prussienne. Mais en ce milieu du XVIIIe siècle, pour découvrir les maîtres en la matière, ceux dont raffolent les cours d’Europe, une seule capitale : Paris. Hackert y séjourne entre 1765 et 1768, découvrant l’art brillant d’un Claude Joseph Vernet, qu’il commencera par copier. Il se fait aussi connaître par des gouaches représentant des ruines et des paysages, puis fait venir son jeune frère Johann Gottlieb, et fréquente le beau monde. L’évêque du Mans l’invite ainsi à plusieurs reprises dans sa résidence de la Chapelle-d’Ivry, en Normandie.

Je suis allé à Tivoli avec M. Hackert, qui a une maîtrise incroyable pour copier la nature et façonner le dessin. J’ai beaucoup appris de lui ces quelques jours.» Johann Wolfgang von Goethe

Un homme du Nord sous le ciel d’Italie
Malgré ses succès foudroyants, ce n’est pas en France que l’artiste devait faire carrière, mais bien de l’autre côté des Alpes, où il s’installe en 1768, ce qui lui vaudra pour la postérité le surnom de «Hackert d’Italie». Cependant, sa peinture n’a que peu de rapport avec l’école italienne ; elle s’inscrit tout de même dans un courant nordique marqué par le réalisme et la précision, à l’image de son compatriote Christoph Heinrich Kniep, lui aussi installé à Rome. Un style net aux couleurs franches, donc, particulièrement frappant dans un panorama du Jardin anglais de Caserte, exposé dans ce même palais royal. L’observation minutieuse de la nature, qui n’exclut pas une grande poésie, va caractériser son évolution ; déjà en 1778, il est l’auteur d’une Vue des environs de Carpentras  aujourd’hui seulement connue par la gravure , dont le véritable sujet est le mont Ventoux, fait rare pour l’époque. Quoi qu’il en soit, dans la péninsule aussi, Jacob-Philipp Hackert connaîtra une véritable renommée. D’abord dans la Ville éternelle, foyer artistique majeur où se pressent collectionneurs et aristocrates, tel lord Exeter, qui lui achètent un grand nombre de vedute de Rome et de ses environs. Puis le voici à Naples, où il est nommé en 1786 peintre de la cour par le roi Ferdinand IV. Hackert y rencontre Goethe, qui deviendra dès lors un fidèle ami. À tel point qu’après la mort du peintre, en 1807, le génie de la littérature d’outre-Rhin rédigera sa biographie, en guise d’hommage.

tableaux et dessins anciens, mobilier et objets d'art, bijoux, montres, sculptures, bronzes, design, céramiques
dimanche 17 juin 2018 - 14:30 (CEST)
63, rue du Faubourg-Saint-Martin - 60300 Senlis
Actéon - Hôtel des ventes de Senlis
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