Giacometti et l’Égypte antique à l'Institut Giacometti

Le 14 septembre 2021, par Virginie Huet
Alberto Giacometti (1901-1966), Le Chat, 1951.
© Succession Alberto Giacometti (fondation Giacometti + ADAGP 2021)

L’art égyptien n’est pas toujours monumental : il sait aussi se faire discret. En témoignent les prêts d’exception consentis par le Louvre à l’occasion de ce regard croisé : aucun roi, ni même un dieu ne semble à l’étroit dans l’espace ramassé de cet hôtel particulier, coquette adresse art déco de l’Institut Giacometti. Ils semblent même tout à fait à leur place, tant les analogies abondent. C’est que le sculpteur grison n’aura cessé de les copier. À preuve, les livres, moulages et photographies émaillant son atelier de la rue Hippolyte-Maindron, reconstitué au rez-de-chaussée, ou les croquis inédits au crayon et au stylo-bille réunis, entre deux répliques en plâtre d’une lampe en albâtre retrouvée dans la tombe de Toutankhamon. Pour assouvir sa passion, née en 1920 au Musée archéologique national de Florence, Giacometti épluche Die Plastik der Ägypter de l’égyptologue Hedwig Fechheimer. Surtout, il écume les salles égyptiennes du Louvre : « Même si j’allais en Égypte, je ne crois pas que j’éprouverais plus de sensations », soutient-il au philosophe Isaku Yanaihara, en 1956. À force, ses silhouettes filiformes adoptent le hiératisme dépouillé de ces représentations figées en état de « marche apparente », ce faux pas qui a pour lui « quelque chose de vif et de mort simultanément », quand elles ne prennent pas la pose du scribe accroupi. Les rapprochements s’opèrent à l’étage : sa Figurine au grand socle voisine avec la statuette de la Dame Hénen, son Buste mince sur socle avec un relief en calcaire de la XVIIIe dynastie – sa favorite – profilant Akhenaton. Ce n’est pas le répertoire de formes mais « l’attitude globale de l’Égypte face au réel » qui aimante Giacometti, lui qui aura, sa vie durant, traqué le visage vrai, la tête ressemblante, ce « noyau de violence » dont il s’acharne à extraire « la réalité vivante ». Comme dans ce portrait de momie hypnotique, calqué sur un original de l’époque romaine peint à la détrempe sur un morceau de bois. Funéraire, votif, l’art égyptien lui montre la voie, entre reflet fidèle et vue de l’esprit. Illustration à la sortie, où un cercueil de chat de la Basse Époque veille près de son félin squelettique.

Institut Giacometti,
5, rue Victor-Schoelcher, Paris XIVe,  
jusqu’au 10 octobre 2021.
www.fondation-giacometti.fr
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