facebook
Gazette Drouot logo print

La Gazette Drouot Art et patrimoine - Art de vivre

Frida Kahlo à nouveau sur les écrans

Le 02 décembre 2021, par Camille Larbey

La «Fridamania» ne faiblit pas. Portrait complet et riche en archives, ce documentaire consacre l’icône mexicaine comme légataire d’un patrimoine indigène et populaire.

Frida Kahlo à nouveau sur les écrans
Les tenues traditionnelles des femmes tehuana permettaient à Frida Kahlo d’être à l’aise dans ses vêtements malgré ses handicaps, tout en réaffirmant son identité d’artiste mexicaine.
© BARTS AND NEXO DIGITAL 2019

Cette fin d’année sera marquée par le retour de Frida Kahlo (1907-1954) sur le devant de la scène. D’abord au travers de l’exposition «Viva la Frida !», au Drents Museum d’Assen aux Pays-Bas, présentant ses tableaux, ses dessins ainsi que de nombreux effets personnels. Ensuite, avec son autoportrait Diego y yo (1949), récemment adjugé à 34,9 M$, devenant ainsi l’œuvre latino-américaine la plus chère de l’histoire vendue aux enchères : un record détenu jusqu’alors par son mari Diego Rivera avec Los Rivales (1939), parti en 2018 pour 9,76 M$. Enfin, grâce au documentaire Frida. Viva la Vida, qui restitue l’intensité de son parcours hors norme.
Mexicaine avant tout
D’emblée, le film scinde son sujet en deux éléments qui ne cesseront de se tenir la main, à l’instar du célèbre tableau Les Deux Fridas (1939) : la femme au corps brisé, qui puisera dans la douleur quelques-uns de ses motifs picturaux, et l’artiste révolutionnaire embrassant les enjeux politiques de son temps. Découpé en chapitres retraçant les grandes étapes de sa vie – l’accident, la rencontre avec Rivera, les fausses couches, le séjour à Detroit, l’accueil de Trotski et Breton, etc. –, le film laisse la parole aux experts et muséologues invités à éclairer son œuvre. Carlos Phillips Olmedo notamment, du musée Diego Rivera Anahuacalli (Coyoacán, Mexique), revient en détail sur les influences précolombiennes que l’on retrouve dans de nombreuses toiles, comme Ma nourrice et moi (1937) et L’Étreinte amoureuse de l’univers, la terre, moi, Diego et Monsieur Xólotl (1949). Dans son atelier, le peintre votif Alfredo Vilchis rappelle de son côté à quel point le rituel des ex-voto fut pour elle important. Le documentaire ne tait pas les contradictions de l’artiste et peut même s’y attarder : Hilda Trujilo, directrice de la Casa Azul – sa maison-musée – à Mexico, réfute sa dimension féministe, alors même qu'elle est aujourd’hui célébrée comme un symbole de la libération de ses sœurs. Par ses séquences de fêtes indigènes, de défilés de femmes tehuana en robe traditionnelle, et les plans aériens de la pyramide du Soleil de Teotihuacán ou de Mexico illuminé par les jacarandas en fleur, Frida. Viva la Vida enracine Frida Kahlo dans un Mexique immémorial et populaire. Plus qu’une icône de l’émancipation féminine ou une artiste remarquablement douée, elle est l’incarnation d’un pays innervé de dolorisme et de résilience, de piété et de passion, de courage et de violence. Preuve de cette fusion entre la peintre et son pays : la Casa Azul est l’un des trois musées les plus visités du Mexique.

 

© BARTS AND NEXO DIGITAL 2019
© BARTS AND NEXO DIGITAL 2019


Forme pop
Si les documentaires sur l’artiste mexicaine sont nombreux, celui-ci montre pour la première fois des photographies et des objets lui ayant appartenu, conservés à la Casa Azul et rarement montrés au public. Graciela Iturbide, qui a photographié sa salle de bains en 2004 — au moment de sa réouverture, cinquante ans après que Diego Rivera en eut condamné l’accès —, commente plusieurs originaux. Le film se démarque surtout par son parti pris pop et coloré. Des images d’archives tirées de dessins animés en noir et blanc, d’actualités et de publicités de l’époque ou de vieux documentaires dynamisent la forme. Le commentaire est assuré par l’actrice et réalisatrice Asia Argento – dont l’œuvre est également marquée par l’incandescence et incarnant elle-même une certaine idée de la résistance –, filmée sur fond rouge ou bleu dans de lents travellings avant. Un dispositif créant le même effet de frontalité que les autoportraits de l’artiste. Soucieux d’offrir un objet esthétisant au possible, le réalisateur Giovanni Troilo, mieux connu pour son travail de photographe, interrompt la narration le temps de séquences à l’onirisme béat, montrant une jeune femme en robe blanche, censée figurer Kahlo, baguenauder dans des décors grandioses. Le résultat frise malheureusement le ridicule et ressemble à du mauvais Terrence Malick. Mais cette volonté générale de sous-tendre le documentaire par de nombreux mouvements d’appareil reste une belle idée : les élans de la caméra viennent conjurer un corps diminué, cloué au lit, corseté de fer et de plâtre. Si tragique soit le destin de Frida Kahlo, et malgré quelques fautes de goût, l’enthousiasme de cette célébration n’en demeure pas moins communicatif.

à voir
Frida. Viva la Vida (93 min),
de Giovanni Troilo, avec Asia Argento,
Gabriela Iturbide, Florencia Maria Hart… Actuellement en salle.

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne